‹ L'étudiant micrographeChapitre 17 sur 67 · DE L’ÉCLAIRAGE · texte numérisé non relu

DE L’ÉCLAIRAGE

ou les détails d’un objet dont on connaît l’ensemble, on est forcé d’employer des grossissements plus énergiques. Mais l’intensité de la lumière est toujours en raison inverse de la puissance amplifiante; la quantité de lumière indispensable pour éclairer les objets sous un grossissement de 200 fois ne sera pas suffisante pour les mêmes objets soumis à un grossissement de 1000 fois ou plus.

» Il est évident que, dans une telle occurrence, on aura souvent besoin de la lumière la plus vive, c’est-à-dire des rayons solaires. Si les auteurs ont repoussé ce genre de lumière, c’est qu’ils n’avaient pas réfléchi qu’il est toujours possible de modérer la lumière la plus intense, de manière à lui conserver cependant une énergie suffisante pour rendre distincts les plus petits corps.

j> La lumière solaire pourra remplacer tous les procédés d’éclairage destinés à augmenter la clarté, lorsqu’on fait usage des plus fortes lentilles; mais ses rayons éclatants fatiguent bientôt l’organe de la vue, et de pareilles observations ne tarderaient pas à en arrêter la puissance. Au moyen d’une pièce garnie de verres colorés, qui se visse à volonté au-dessus des lentilles, nous avons obtenu les plus beaux effets des rayons solaires. L’expérience apprendra combien il était peu rationnel de se priver d’un moyen d’investigation aussi important.

» On peut visser plusieurs de ces verres colorés audessus des lentilles, et tempérer ou augmenter l’éclairage en variant leur nombre ou leur coloration. » (Cdi. Chevalier, Manuel du micrographe.)

Dans certaines formes de microscopes, et particulièrement avec le microscope universel, on peut employer la lumière directe. Ce moyen, peu employé, peut cependant être utile.

Pour la lumière directe, on dirige vers la croisée l’ex-

Irémité objective de l'instrument et la platine; les rayons lumineux tombent alors directement sur l’objet. Si l’on se sert de la lampe, il faut l’approcher de la platine autant qu’il sera possible. On peut l’employer pour examiner des objets renfermés dans les boîtes en verre et toutes les fois qu’il n’est pas besoin d’une très-vive lumière.

Si on voulait augmenter son intensité, il faudrait recourir à l’éclairage par réfraction, et remplacer le miroir concave par une loupe ou un système de lentilles qui réfracterait les rayons et les réunirait sur l’objet. Les verres colorés dont nous avons déjà parlé peuvent encore trouver ici des applications.

Mais l’éclairage par réflexion est le plus habituellement, employé; c’est surtout à celte méthode que s’appliquent loulesles modifications, toutes les inventions plus ou moins avantageuses qu’on a proposées à différentes époques.

Maintenant que nous connaissons les moyens à employer pour éclairer convenablement les objets microscopiques transparents, citons quelques appareils spéciaux proposés pour l’éclairage des objets transparents. Parmi ces instruments, nous indiquerons : les condensateurs de Wollaston, d’Amici, d’Euler, de Dujardin, de Gillets, de Kingsley, etc. Nous parlerons seulement du condensateur de Dujardin, qui est le plus employé.

Dans les plus anciens microscopes, on se servait d’une loupe placée sous la platine pour concentrer les rayons; mais on songea bientôt à perfectionner l’appareil. Le savant Dujardin proposa d’employer une combinaison de trois lentilles achromatiques (voy. fig. 116). Cette série, placée sous la platine dans un tube à frottement, permet de concentrer sur l’objet une quantité de lumière propre à son examen. On emploie la lumière réfléchie par le miroir; Dujardin

Fig. 116.

de l’éclairage

employait un prisme, mais on peut ne pas employer ce moyen, car le miroir est très-suffisant.

Oc l’éclairage «les objet* opaque* (I).

Les détails précédents nous permettront d’abréger ce second paragraphe. Les corps opaques interceptent les rayons lumineux réfléchis parle miroir et les empêchent d’arriver à l’œil. Cependant ces corps ne sont pas moins intéressants pour l’observateur que les objets transparents. On a donc cherché les moyens de les rendre visibles au microscope, en leur appliquant un éclairage convenable. Nous avons dit que pour y parvenir, on employait la lumière directe, réfléchie ou réfractée.

La lumière directe fut nécessairement le premier moyen qui dut se présenter à l’esprit; mais de même que la lumière réfractée, elle n’agit que sur un côté de l’objet, et comme, dans le microscope composé, les objets sont vus dans une position renversée, la transposition des ombres et des clairs peut donner naissance à des illusions fâcheuses; d’une autre part, cette lumière latérale est quelquefois nécessaire, par exemple lorsqu’on examine des objets striés ou couverts d’éminences, de poils, etc.

Pour éclairer directement un objet opaque, il suffit de placer l’instrument de telle façon que l’objet soit exposé au jour d’une croisée ou bien h des rayons lumineux admis à travers une ouverture étroite, mais surtout à la lumière d’une lampe placée tout près de l’objet et disposée de manière que les rayons lumineux ne frappent pas l’œil de l’observateur. Ce premier procédé peut être utile pour reconnaître avec de faibles grossissements la couleur et la forme extérieure de certains corps.

(1) Charles Chevalier, Mauue / du micrographe.

Pour réfracter la lumière et la concentrer en un foyer placé au même point que l’objet, on se sert d’une loupe piano-convexe, en la dirigeant de manière à reproduire sur l’objet une image nette du point lumineux d’où partent les rayons.

En 17/10, Lieberkübn parvint à éclairer complètement les objets opaques, au moyen d’un réflecteur concave en argent parfaitement, poli (1). La lentille était placée au centre de ce miroir, et le foyer de l’un correspondait au foyer de l’autre.

Aujourd’hui, on suit la même méthode; seulement les réflecteurs sont en verre, et l’on n’a plus à craindre l’oxydation. Quelquefois on isole la lentille du miroir qui est monté sur une lige et peut se mouvoir à volonté, de manière à donner une lumière plus ou moins intense et à servir avec toutes les lentilles, excepté avec les plus fortes; toutefois la première disposition est préférable.

Voici, du reste, la manière de procéder :

On enlève la pièce qui porte les diaphragmes pour laisser une large ouverture à la platine; le réflecteur, garni de sa lentille, est adapté à l’extrémité objective du microscope, et le miroir inférieur incliné de manière à réfléchir les rayons lumineux à travers celte ouverture. Arrivés au réflecteur concave, les rayons sont de nouveau réfléchis et vont se réunir à son foyer, dans le même plan que l’objet (fig. 1 17). Fiu- 117-

Si l’objet présente des parties très-brillantes, il faudra

(1) Il faut noter qu’en 1668 Leuwenlioeck employait un réflecteur semblable de cuivre poli, pour le même usage.

200 UE l’éclairaue des objets îbanspakents et opaques.

ménager l’éclairage, soit en couvrant le miroir intérieur d’un papier huilé ou d’un carton blanc, soit en employant le réflecteur mobile, qui permettra de varier le lover et de faire tomber sur l’objet une partie plus ou moins large du cône lumineux formé par les rayons convergents. On peut encore élever ou abaisser le miroir concave inférieur qui se meut à coulisse, ou enfin se servir du miroir plan.

La lumière artificielle est toujours préférable pour les corps opaques. Ce genre d’éclairage n'admet pas l’emploi des plus fortes lentilles, parce qu’avec les forts grossissements la lumière est affaiblie, et qu’il faut toujours ménager un certain espace entre l’objet et l’objectif. Cet intervalle est surtout nécessaire lorsqu’on fait usage de la lumière directe ou réfractée au moyen de la loupe. La lumière artificielle offre encore l’avantage de pouvoir être éloignée ou rapprochée à volonté du miroir inférieur, lorsqu’on veut obtenir plus ou moins de clarté. Dans certaines circonstances, on peut la modifier au moyen de diaphragmes variables placés au-dessus des lentilles.

Enfin l’observateur intelligent et zélé puisera, dans l’usage même du microscope, une habileté que l’expérience seule peut donner.

Dans ces derniers temps, Charles Chevalier a construit des miroirs de Lieberkühn en glace, d’un foyer trèscourt, de façon à pouvoir les employer avec de forts grossissements. On peut aujourd’hui employer le réflecteur concave avec un grossissement de trois cent cinquante lois en diamètre. Ces miroirs de Lieberkühn peuvent aussi s’adapter au microscope simple.

Pour cela, on enlève un des valets, on fixe à sa place une tige coudée portant le miroir, et le doublet tenu dans

DE L’ART D’OBSERVER. 201

l’anneau du microscope s’applique à la partie supérieure du réflecteur.

Pour l’observation, on peut employer un petit disque en glace qui peut se fixer dans l’ouverture de la platine. Ce disque porte, à son centre, une petite tige en cuivre sur laquelle se fixe le corps opaque à observer. On place l’objet sur des disques colorés, dont la nuance varie suivant la teinte des objets. Pour les miroirs à foyer court, ce petit accessoire est très-avantageux.

Le miroir de Lieberkühn peut s’adapter à tous les microscopes. Lorsque l’on veut peu dépenser, la loupe plano-conveve à tige articulée doit être employée, ou une loupe sur pied, telle que celle dont j’ai parlé au chapitre Accessoires.

Mais rien n’égale le miroir de Lieberkühn pour les objets opaques; on ne peut donc comprendre pourquoi l’usage n’en est pas plus répandu.

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