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CHAPITRE IX

DE L’ART D’OBSERVER

Ou choix <lu microscope.

Prêt à commencer des observations, il sera bon de s’assurer de l’état de son microscope, et la première chose à faire sera de regarder si les verres sont propres; dans le cas contraire, on les dévissera et on les essuiera soigneusement à l’aide d’un linge de toile très-fine (batiste), et non avec une peau ou de la soie qui ne servent qu’à graisser ou à rayer les verres. On peut aussi, en projetant l’haleine dans le moment où l’on essuie les verres, leur rendre leur limpidité. Mais si les verres étaient ternis par les doigts ou par la présence d’autres corps, on se servira d’un linge

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humecté d’un peu d’alcool rectifié, et cela fait, on aura soin de revisser exactement les pièces, afin que le centrage des verres soit complet. Lorsque l’on se servira d’alcool, il faudra prendre les plus grandes précautions si l’on essuie des petites lentilles achromatiques, car, étant formées de deux verres réunis par une substance résineuse, l’alcool pourrait agir sur celte substance et décoller les lentilles.

Lorsqu’il n’y a qu’un peu de poussière sur les verres, on peut se servir d’un pinceau doux; mais il faut le préparer pour cet usage en le faisant séjourner quelques heures dans de l’éther, afin de le dégraisser complètement; on le conservera ensuite dans un étui.

On prendra les mêmes précautions pour le miroir.

On devra aussi éviter de respirer sur l’oculaire; dans le cas où cela arriverait, le nuag’e se dissiperait bientôt, à moins que la vapeur trop abondante ne se condensât en une couche liquide qu’on essuierait avec soin.

Quelques personnes saisissent le corps de l’instrument avec la main pour lui imprimer certains mouvements. En hiver ou dans une pièce froide, la chaleur de la main agit sur l’air contenu dans le tube, et bientôt un léger nuage vient ternir les verres ; on a recommandé de tenir l’instrument dans une pièce chaude.

Si les parties métalliques de l’instrument étaient ternies par le contact des doigts, on les essuiera dans le sens du poli à l’aide d’un linge de toile fine, soit à sec, soit en y projetant l’haleine. Les parties métalliques de l’instrument étant presque toutes recouvertes d’une couche de vernis ayant pour base l’alcool, celte dernière substance ne pourra être employée pour le nettoyage des pièces.

Dans le cas où le métal serait lâché, le vernis attaqué, il faudrait repolir la pièce endommagée, et pour cela

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recourir au constructeur. Si le vernis n’est pas attaqué, un linge légèrement huilé rendra dans beaucoup de cas le brillant aux pièces de métal. Un pinceau doux servira aussi à enlever la poussière sur les parties métalliques.

C’est réellement un art que de savoir observer. Parlons d’abord de l’emploi des divers grossissements.

Il est un fait acquis : c’est qu’il faut commencer la plupart des éludes avec des grossissements faibles, puis ensuite passer à l’emploi des forts pouvoirs amplifiants. De celte façon, on se rend parfaitement compte de la structure des objets.

Les nos 1 et 2 sont indispensables pour l’étude des injections, pour les glandes sudoripares, les plumes, les tranches de bois, etc.

Le n° 3 convient aussi dans le même cas, ainsi que les nos A, 5 et 6, avec lesquels l’étude de presque tous les tissus devient très-facile.

En ajoutant le jeu 7, on a un moyen précieux d’étudier les globules du sang, du pus, du mucus, etc.

Pour l’histologie, on peut dire qu’avec les trois numéros 3, 6, 7, on peut faire le plus grand nombre des études; et en jetant un coup d’œil sur les savants dessins dus à nos maîtres, à MM. Ch. Robin, Sappey, Follin, Kolliker, Luys, on verra que le plus grand nombre est obtenu à l’aide de pouvoirs de 50 à 500 fois-

Pour les gens du monde, les nos 2 et 3 sont suffisants, car toute l’étude des infusoires, des fleurs, de la- circulation du sang, de la sève, peut être faite à l’aide de ces amplifications.

Ceux qui veulent observer les très-fines structures, chercher à dévoiler les plus profonds mystères de la nature, pourront alors faire usage des séries 8 et 9.

C’est pour la rétine, les spermatozoïdes, les cellules, etc.,

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que cela pourra être utile; mais chacun ne se livre pas à ces travaux, et pour la niasse du monde, il est inutile d’employer les dernières limites de l’investigation.

Comme nous l’avons dit, le système à corrections donne des effets très-remarquables, et les jeux montés de celte manière devront être préférés, bien que les études les plus complètes puissent être faites sans ce moyen.

Relativement aux séries très-fortes à immersion avec monture à corrections, on peut dire qu’elles ne sont réellement utiles que pour constater l’état de progrès de la fabrication optique ; car, bien qu’elles fassent voir des stries que l’on n’aperçoit pas avec d’autres lentilles, elles n’ont pas encore servi à faire voir de plus grands détails dans des objets, tels que les globules du sang, les spermatozoïdes, etc.

Cependant, par la suite, on doit espérer pouvoir faire des séries de lentilles qui reculeront les limites de la science, en faisant voir des choses qui donneront naissance à des théories nouvelles.

A moins que le microscope ne soit employé comme passe-temps, et dans ce cas les conséquences que l’on tire de l’examen n’ont pas d’importance, il ne faut pas s’imaginer que l’on devient micrographe en possédant un microscope, et qu’il soit très-facile de faire des études sérieuses. Le microscope demande une étude approfondie des diverses pièces qui le composent; il faut avant tout bien connaître son instrument avant de le faire agir pour les recherches que l’on veut faire.

Si l’on veut faire des études fructueuses, il faut d’abord étudier les éléments avant dépassera l’examen des tissus. Ainsi celui qui voudrait étudier des produits morbides avant d’étudier les corps à l’état sain, n’arriverait à rien; en botanique, c’est de même, et c’est pour cela que beau-

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coup (Je gens se rebutent et nient l’utilité du microscope. Ils disent ne rien y voir, et effectivement ils n’y voient rien, car, n’ayant fait aucune cludc préliminaire, ils n’aperçoivent pas des éléments, des structures, que d’autres, qui sont exercés, reconnaissent de suite.

Il est aussi très-important de se tenir sur ses gardes à l’égard des corps étrangers qui se trouvent sur les objets, et qui peuvent donner lieu à des erreurs.

Ainsi les bulles d’air contenues dans les liquides, celles contenues dans l’épaisseur ou à la surface des lames sur lesquelles on pose les objets, ces dernières bulles qui sont souvent crevées, apparaissent rouges, car elles sont remplies de peroxyde de fer , employé pour le polissage du verre.

Les raies, les taches des doigts, les lilaments et corpuscules qui volent dans l’atmosphère, tout cela peut donner lieu à des erreurs d’observation, et certes il faut y prendre garde.

Souvent, parmi les objets que l’on examine, il se trouve des filaments de lin et de chanvre; ces derniers sont cylindriques, avec des cloisons espacées. Si l’on voit des brins aplatis et rubanées, c’est que l’on a affaire à des parcelles de coton.

Quant à la soie, à la laine, ils se présentent sous forme de tubes cylindriques sans cloisons.

Comme l’a si savamment indiqué M. Ch. Robin, on doit, avanl l’étude des tissus animaux, procéder à celle des éléments végétaux, car ces derniers éléments existent trèssouvent dans les mucus, lés productions morbides. De plus, l’analogie entre les végétaux et les animaux interdit d’aborder l’élude de l’organisation de ces derniers avant de connaître la structure végétale.

Nous allons maintenant examiner ce qui regarde le

DE L’ART D’OBSERVER

choix du microscope, par rapport aux éléments de sa construction, et aux moyens de vérifier la qualité de ses effets.

Mu choix ilu microscope et «les tcst-ohjets.

Les progrès remarquables, la propagation de la science du microscope, sont les meilleures preuves que l’on puisse fournir en faveur du degré de perfection auquel l’instrument est parvenu dans l’espace de quelques années. Dans les premiers temps, les recherches étaient sans cesse entravées par la mauvaise disposition de la partie mécanique; et ce n’était pas vraiment un problème très-facile à résoudre que d’associer la mobilité à la solidité, sans surcharger l’appareil et embarrasser l’observateur d’une foule de supports, de vis de pression, etc. Et quand bien même on serait parvenu à vaincre cette première difficulté, l’appareil optique, proprement dit, demeurerait avec toutes ses imperfections.

Enfin, le microscope fut régénéré, les savants l’adoptèrent, et la science s’enrichit de celte nouvelle conquête.

L’appareil mécanique, le système optique, voilà les deux grandes bases ; aussi donnons-nous des renseignements exacts sur les qualités qu’il faut exiger d’un bon microscope sous les rapports optique et mécanique.

Examinons d’abord le mécanisme, la charpente de l’instrument, dont il est facile de vérifier les différentes combinaisons.

On n’ignore pas les nombreux changements qu’on a fait subir aux montures des microscopes; les uns voulaient une disposition particulière pour chaque genre d’observation, et il n’y a pas encore bien longtemps qu’on a construit des microscopes pour les objets aquatiques, d’autres pour les corps opaques, etc.

DK L’ART D'OBSERVER.

Dans un bon microscope :

1° Tonies les parties qui composent la monture doivent cire parfaitement ajustées.

11 est facile de s’en assurer, car le moindre défaut d’ajustage occasionnera des mouvements irréguliers, des saccades, des déplacements de l’objet qui se manifesteront à l’œil le moins exercé et ne permettront pas de faire l’observation la plus simple.

2° Pour éviter les frottements trop rudes, on construira les différentes coulisses, boites carrées, vis, etc., en métaux différents.

Nous ne pensons pas qu’il soit nécessaire d’expliquer celte deuxième proposition. Au surplus, en faisant glisser les différentes pièces, on appréciera sans peine la précision ou la roideur des mouvements.

3° Le centrage parfait des différentes parties est de la plus haule importance.

En effet, si toutes les parties superposées ne sont pas. situées positivement dans le même axe, les différents verres ne se correspondront pas exactement, ou bien les autres parties de l’appareil ne viendront pas se présenter à ces verres d’une manière convenable, il sera impossible de distinguer les objets et de les placer dans une situation commode pour l’observateur.

Ces préceptes, extraits du Manuel du micrographe , de Charles Chevalier, doivent être rigoureusement observés dans la construction du microscope.

En 1823, on ne connaissait que le microscope vertical; la monture était celle d’Euler, le tu'be optique était fixe, et la mise au point s’obtenait à l’aide d’un bouton à pignon et d’un engrenage entraînant la platine. La vis de rappel n’était pas encore employée, car ce ne fut que vers 1825 que la première construction des forts grossissements par

de l’art d’observer.

Charles Chevalier, lui suggéra l’idée d’adapler au microscope une vis de rappel à boule.

En 1830, Amici imagina le microscope horizontal; et, à ce moment, les micrographes étaient partagés en deux camps, les uns préférant l’instrument horizontal, les autres, celui vertical. Charles Chevalier imagina de réunir les deux instruments dans un même appareil et créa ainsi le microscope universel.

Nous avons vu, au chapitre Microscope composé , que cet instrument justifiait son titre, et nous n’avons pas besoin d’y revenir.

Cependant, à l’égard de la construction, nous ferons remarquer que l’ajustage des lentilles et des différentes pièces de ce microscope se fait à bayonnette, et que ce moyen est réellement préférable aux pas de vis, car on va plus vite, et le centrage est plus parfait.

Charles Chevalier employait dans ses microscopes, soit un mouvement qui faisait mouvoir le tube, soit la platine. Il préférait la partie optique immobile, mais spécifiait que pour les recherches anatomiques la platine devait être fixe.

Lorsque le microscope est seulement fait pour l’observation, la platine peut être mobile, et dans le microscope universel, celle pièce a toute la stabilité désirable.

Malgré ces considérations, la monture la plus en usage aujourd’hui est celle due à Strauss et construite en premier par l’opticien Oberhâueser. Nous avons déjà décrit ce système, qui consiste dans l’emploi de la platine tournante, et pour la mise au point,, de l’usage du tube à frottement et d’une vis de rappel, faisant mouvoir graduellement un tube auquel se trouve attaché le corps du microscope. La régularité est assurée à l’aide d’un ressort à boudin et d’une pièce à coulisseaux.

de l’art d’observer. 209

Celle construction est, parfaite, on obtient ainsi une vis de rappel Irès-prccise.

Le pied du microscope de Strauss était formé d’un tambour en cuivre fixé à une base circulaire trcs-lourde. Celte dernière partie est remplacée aujourd’hui par deux colonnes montées sur un pied très-lourd; entre les colonnes, le microscope de Strauss se trouve fixé ou monté à charnières pour obtenir diverses inclinaisons.

Relativement à celte forme de support, on peut en voir un exemple dans la figure 89 qui représente le microscope de Ross. C’est seulement pour les grands microscopes que l’on emploie ce système. Pour les modèles ordinaires, sur un pied lourd, on fixe une colonne ou un support quelconque auquel on adapte la platine. La vis de rappel de Strauss, le tube à frottement, complètent l’instrument.

Les pieds se font ordinairement creux et en cuivre. La cavité se remplit avec du plomb pour donner de la stabilité.

Nous avons depuis longtemps employé la fonte de fer pour le pied du microscope, et tout en conservant la stabilité, on peut ainsi diminuer le prix de fabrication.

Un bon microscope de recherches doit être très-stable; la platine doit être large et très-solide. L’instrument doit être peu élevé, et les mouvements doivent s’exécuter avec facilité. Du reste, malgré que le nombre des bons constructeurs de microscopes soit très-restreint, on peut pour un prix minime posséder un bon instrument.

Passons maintenant au point capital, sans lequel les meilleures montures, le mécanisme le plus ingénieux, ne seraient que des objets inutiles, un corps inanimé, la matière sans vie.

1° Les différents verres qui entrent dans la cornpositi n d’un microscope seront taillés dans une matière bien

ARTHUR CHEVALIER

DE L’ART D’OBSERVER

transparente et d’une grande pureté. Ils doivent être travaillés avec le plus grand soin.

2° Les deux verres de l’oculaire, ou, pour parler plus correctement, l’oculaire et le verre de champ, auront leur convexité tournée vers l’objectif. Les vis de leurs montures doivent être bien filetées, pour qu’on n’éprouve aucune difficulté lorsqu’il s’agit de les remettre en place après les avoir nettoyés.

3° Il est important que les lentilles soient parfaitement centrées et les différents verres qui les composent collés ensemble et sertis dans la monture. Il serait facile de multiplier ces propositions; mais ne vaut-il pas mieux indiquer de suite le moyen de vérifier l’efficacité de l’instrument?

Les qualités que nous venons d’énumérer sont faciles à reconnaître, mais elles ne suffisent pas; il faut surtout que leur réunion, que leur ensemble soient soumis à un dernier examen. Combien d’instruments, parfaits en apparence, ne peuvent résister à cette redoutable épreuve !

Pour éprouver la qualité du microscope, on se sert d’objets d’épreuve que l’on désigne sous le nom de testobjets. Nous allons décrire ceux indiqués par le docteur Goring, car son mémoire est fort intéressant. Depuis ce travail, la science s’étant enrichie, on a ajouté des objets plus difficiles, et dont nous parlerons ensuite; mais les tests décrits par Goring servent toujours à l’examen des microscopes, et les bons instruments peuvent seuls montrer les détails qu’il indique. Charles Chevalier, qui a le premier publié ce travail en France, s’exprime ainsi dans le Manuel clu micrographe :

Le docteur Goring passe généralement pour avoir le premier introduit les. test-objets dans la science; nous devons dire, tout en repoussant l'accusation de partialité, que longtemps avant la publication du mémoire du doc-

DE L’ART D’OBSERVER

teur anglais, M: le Baillil* (en 1823) éprouvait les microscopes en examinant les stries des plu m aies de divers papillons, les appendices Hagelliformes des animalcules spermatiques, les divisions microméîriques, etc. Nous possédons même des dessins coloriés représentant plusieurs de ces objets dessinés par le Baillif.

Comme il ne serait pas impossible qu’on nous accusât de chercher à diminuer le mérite des travaux du docteur Goring, nous répondrons à l’avance, en rappelant nos relations amicales avec le savant docteur, une correspon dance suivie pendant plusieurs années et les emprunts fréquents que nous avons faits à ses oeuvres. Nous pourrions ajouter que, loin de nuire en rien aux recherches de M. Goring, les expériences de M. le Baillif prouveraient plutôt l’excellence du procédé, puisque la même pensée surgit presque simultanément dans l’esprit de deux hommes aussi remarquables par leur talent d’observateur et la justesse de leurs conceptions.

Il paraît que M. Goring fut conduit à la découverte des test-objets par un passage de Leuwenhoeck relatif au papillon du ver à soie. En étudiant les tests, le docteur anglais reconnut deux propriétés distinctes dans le microscope : l’une, qu’il nomme pouvoir pénétrant , dépend de V ouverture des lentilles ; l’autre , ou pouvoir définissant , est en raison inverse des aberrations chromatiques et de sphéricité. Il nous semble qu’on pourrait donner une idée assez exacte de ces deux propriétés en disant que le pouvoir pénétrant dévoile la structure intime des corps, tandis que la connaissance de leur forme, de leur apparence superficielle, dépend du pouvoir définissant. Le premier sera donc principalement applicable aux objets transparents et le second aux corps opaques. Un microscope peut posséder au plus haut degré l’une des puissances,

2 12 DE l’aRT d’observer.

la pénétration, par exemple, tandis cpie son pouvoir définissant sera faiblement prononcé, et vice versa; l’instrument parfait réunit les deux propriétés.

Le docteur Goring établit deux grandes divisions parmi les tests.

1° Test-objets transparents pour éprouver le pouvoir pénétrant.

2° Test-objets opaques pour le pouvoir définissant.

Nous allons extraire du Microscopie Cabinet un passage qu’il nous paraît important de citer avant de poursuivre notre travail.

« On trouve fréquemment des écailles et des plumules très-faciles parmi les objets les plus difficiles; j’obser-

verai qu’on distingue bien plus facilement les échantillons dont la couleur est foncée et que les noirs ne prouvent rien, tandis que, plus le tissu est transparent, plus il est difficile de distinguer sa structure. J’insisterai aussi sur les dimensions, la longueur et la largeur de l’objet, car, dans certains cas, les échantillons longs et étroits sont très-difficiles, et les gros et courts très-faciles »

Ainsi donc, on ne doit pas employer indistinctement toutes les plumules, et il importe de connaître les caractères de celles qu’il faut préférer. Nous allons donner la liste des test-objets proposés par le docteur Goring; puis nous décrirons leurs caractères distinctifs en nous conformant au travail du docteur, et enfin nous exposerons nos propres idées sur ce sujet délicat.

liste des TEST-OBJETS ( Dr goring).

Pénétration.

lro section’. — Faciles.

Écailles de

. . . Petrobius mnritimus.

. . . . Lepisma sacchnrina.

ue l’art d’observer.

2° section. — Étalons.

Plumulcs de Morpl.o Mcnelaus.

Alucila penladactyla.

Alucita hexadactyla.

Lycenæ Argus

Tinca vestianella.

3' section. — Difficiles.

Plumulcs de Pieris brassicæ.

Écailles de Podura plumbea.

Définition.

Poils de

Feuille d’une espèce inconnue de mousse appartenant au genre Hypnum.

Ecaille mouchetée Lycenæ Argus.

Caractères.

1° Lepisma saccharina. — On emploiera les écailles fraîches; lorsque l’insecte est mort depuis longtemps, on risque de les altérer en les détachant.

Les stries longitudinales divergent légèrement en quittant leur point d’origine; elles paraissent plates ou carrées comme les dentelures de quelques coquilles bivalves. 11 existe d’autres stries qui suivent plusieurs directions. On doit surtout s’en rapporter à la netteté des espaces qui les séparent.

2° Petrobius maritimus. — Se trouve sous les pierres au bord de la mer. La forme des écailles est à peu près semblable à celle des précédentes, mais elles sont plus longues et les stries transversales très-prononcées.

3° Morpho Menelaus (Amérique). — Les plumules imbriquées placées au centre de la face supérieure de l’aile sont d’un bleu pâle et quelques-unes presque noires.

Souris.

Chauve-souris.

presque noires. Les premières sont plus larges et doivent seules être employées comme tests. Elles présentent des stries longitudinales et transversales qui simulent les lignes d’une muraille en briques.

Ces stries et leurs intervalles doivent paraître bien distincts; il est rare qu’on puisse voir toutes les stries transverses en même temps. Il faut détacher ces plumules avec beaucoup de soin, car elles s’altèrent facilement, et les stries transverses disparaissent aussitôt.

h° et 5° Alucila pentadactyla et hexadactyla. — On emploie les plumes prises sur le corps et non sur les ailes. Elles sont transparentes, ordinairement plus larges que longues et non symétriques Souvent elles sont couvertes d’une trame délicate, inégale et membraneuse qui cache les lignes. Les stries longitudinales ne sont pas difficiles à distinguer; mais elles sont tellement rapprochées qu’il faut un grossissement considérable et un éclairage convenable pour les isoler. (Rares.)

6° Lycenœ Argus. — Plumules de la face inférieure de l’aile d’un jaune brillant, intervalles très-transparents. Nous reviendrons sur les plumules ponctuées.

7° Tinea vestianella. — Petites plumules delà face inférieure de l’aile. Ce test n’est pas très-difficile; mais il faut un excellent microscope pour montrer les stries avec netteté.

8° Pieris brassicæ. — 11 faut préférer les plumules pales, minces, cordiformes, dont la racine est terminée par une houppe chevelue, et qui se rencontrent sur quelques parties de l’aile. Elles sont très-transparentes, jaunâtres, et leur surface esl rarement lisse. On distingue fort bien les stries longitudinales en employant l’éclairage oblique.

Indépendamment des stries longitudinales et transversales, il existe encore deux ordres de lignes obliques tou-

DE L’ART D’OBSERVER

jours plus pâles que les autres, et qui ne sont jamais réunies. 11 est difficile de bien les voir; il faut encore que la lumière arrive obliquement et que 1 éclairage ne soit pas trop vif.

9° Podium plumbea. — Onles trouve dansle bois humide, la sciure de bois et les caves. Il n’est pas facile de prendre ces insectes; nous allons indiquer le procédé à suivre. Saupoudrez de farine un morceau de papier noir, que vous placerez près de l’endroit où se trouvent les podures; quelques heures après, mettez le papier dans un grand vase verni que vous transporterez dans un lieu éclairé ; aussitôt les podures sauteront de la farine dans le vase où l’on peut les conserver. Le corps et les pattes de ces insectes sont recouverts d’écailles très-délicates, qu’il faut recueillir avec précaution. L’insecte est très-mou et s’écrase facilement; le liquide qui s’écoule adhère aux écailles et fait disparaître les stries.

Je n’ai jamais pu distinguer ces lignes avec un grossissement au-dessous de 350 fois. On peut aussi les voir avec un bon doublet et l’éclairage de Wollaston. Leur transparence est en raison inverse de leurs dimensions. - Leurs formes sont variées, mais elles ne présentent jamais d’angles aigus. Avec un bon microscope et un éclairage convenable, on aperçoit une série de lignes ou saillies disposées de différentes manières. Tantôt elles sont droites et traversées par deux ordres de lignes obliques; les autres sont ondulées. Il en est même dont on n’a pu jusqu’à ce jour reconnaître la disposition.

Règle générale : plus les écailles sont, petites, plus le test est difficile.

Quant aux tests opaques ou destinés à prouver le pouvoir définissant du microscope, on ne trouve dans le Microscopie Cabinet aucun détail sur leurs caractères

DE l/.\ltT Jj’OlISliJlVEi:.

rauleur renvoie aux planches de cet ouvrage; nous citerons seulement les plumules du Lycenœ Argus, dont nous avons déjà parlé.

Ces plumules, prises sur la l'ace inférieure de l’aile, ressemblent par leur forme à une raquette couverte de taches. Elles paraissent composées de deux couches délicates, dont la supérieure présente des rangées régulières d’épines coniques qui doivent se montrer très-distinctement. Lorsque la lumière arrive obliquement, elles se mêlent et ressemblent à une ligne tremblée.

On peut encore augmenter le nombre déjà considérable des test-objets; ainsi les globules de sang des différents animaux, les prolongements flagelliformes des animalcules spermatiques et des infusoires, les cils vibratoires de ces derniers, etc., sont également de fort bons objets d’épreuve. Mais pourquoi multiplier les exemples? Ne vaut-il pas mieux faire un choix rigoureux parmi les plus difficiles et s’en tenir aux résultats qu’ils fournissent. Un bon microscope sortira vainqueur de toutes les épreuves; lorsqu’une fois il aura fait voir bien nettement un ou deux objets très-difficiles, il ne sera pas nécessaire de répéter l’expérience sur un autre test, à moins toutefois qu’on n’ait du temps à perdre, et le contraire arrive ordinairement à qui sait bien l’employer. Nous avons cependant choisi plusieurs test-objets, parce que tous les microscopes n’ont pas une puissance suffisante pour faire voir les plus difficiles, et que d’ailleurs il en est qu’on se procure plus facilement que d’autres.

Voici notre division et les caractères des différents corps.

lr* division. — Faciles.

Stries longitudinales et apparence de lignes obliques sur les écailles de la forbicinc.

Stries des plumules du petit papillon du chou.

DE L’A UT D’OBSERVER

2e division. — Difficiles.

La granulation îles stries des mêmes plumules.

3e division. — Plus difficiles.

Stries longitudinales des plumules Au grand papillon du chou, h' division. — Très-difficiles.

Lignes interrompues des petites et moyennes écailles de podurc.

Granulation des stries des plumules du grand papillon du chou.

\° Forbicine ( Lepisma saccharina). — Vulgairement connu sous le nom àe poisson argenté , demoiselle d’argent, cet insecte doit sa couleur argentée à un grand nombre d’écailles luisantes qui le couvrent enlièrement. Lorsqu’on veut employer les écailles, il faut prendre l’insecte avec une plume et le poser délicatement sur une lame de verre, que l’on recouvre aussitôt d’une seconde; soumis à une pression modérée, l’animal s’agite et laisse une partie de ses écailles attachées aux bandes de verre.

Ces écailles présentent des stries longitudinales qui se courbent vers le point d’insertion et forment à l’extrémité opposée des dentelures prononcées. Ces stries se distinguent facilement, même avec un microscope de moyenne force; elles doivent paraître nettes et bien tranchées.

Avec une amplification de 100 à 150 fois, on reconnaît deux sortes de lignes obliques qui sont probablement formées par la coïncidence des stries longitudinales.

2° Petit papillon du chou ( Pieris rapœ , piéride de la rave). — Les ailes de ce papillon fort commun sont revêtues de trois ou quatre espèces d’écailles différentes. C’est à M. le Baillif que nous devons la découverte des petites écailles qu’il nomma plumules et qu’il faut employer de préférence à toutes les autres. On les recueille sur les ailes du papillon male. Une de leurs extrémités est cordiforme et les deux lobes sont arrondis ou carrés ; l’autre est ter-

DE L’ART D’OBSERVER

minée par des filaments chevelus. Entre les deux lobes du cœur et à l’extrémité d’un pédicule délié, on observe une petite boule qui, d’après les observations intéressantes de M. Bernard Deschamps, est la partie qui s’implante sur la membrane de l’aile.

Avec un bon microscope et une puissance ordinaire, on aperçoit des stries qui s’épanouissent en quittant la partie étroite de la plumule. Rapprochées vers le centre, elles s’écartent en avançant vers les bords et s’infléchissent en suivant à peu près les contours de la plumule. Avec une amplification de 300 fois, on distingue la disposition granulée qui leur donne l’apparence d’un chapelet dont les grain laisseraient entre eux un certain intervalle. On reconncdt la bonté de /’ instrument à la netteté des granulations , qui parfois permet d'en compter un certain nombre.

3° Grand papillon du chou ( Pieris brassicœ, piéride du chou). — 11 faut employer exclusivement les plumules du mâle, dont les deux extrémités ont quelque ressemblance avec celles dont nous venons de parler; mais les contours des lobes sont parfaitement arrondis, les plumules sont très-allongées et leur coloration est d’un jaune pâle. Les stries sont longitudinales, très-rapprochées dans la partie aiguë de la plumule, et s’avancent en divergeant vers l’extrémité cordiforme, dont elles suivent faiblement les contours.

L’excellence de l’instrument pourra se mesurer sur la netteté plus ou moins grande de ces stries; mais les granulations qui les composent doivent être considérées comme un test-objet très-difficile. Un excellent microscope a seul le pouvoir de faire distinguer ces granulations fines et rapprochées.

M. Goring décrit deux espèces de lignes, les unes longi-

DE L’ART D’OBSERVER. 219

tudinales et les autres obliques; à son avis, ces dernières l’emportent en dilliculté sur les autres lests.

Nous ditïèrons d'opinion avec le docteur anglais. Pour nous, il n’existe qu’une seule espèce de stries longitudinales dont l’apparence est granulée. M. Goring lui-même revient sur ses premières idées et dit, en parlant des stries : « Elles cachent un mystère inexplicable, car si elles sont produites d’après le même principe que les lignes des micromètres, pourquoi ne les voit-on pas aussi facilement? » Le docteur Brewster étudia ces stries avec le plus grand soin, et reconnut enfin que les lignes mystérieuses des test-objets n’existent qu’en apparence et qu’elles sont formées par une série de dentelures qui, avec les fibres auxquelles elles s’attachent, constituent la trame délicate des plumules. Pielativemenl aux lignes obliques, le docteur Brewster les considère comme résultant d’une illusion d’optique produite par l’alignement accidentel des différentes séries de dentelures également éclairées par une lumière oblique, etc.

h° Podure ( Podura plumbea, podure plombée. Nous avons indiqué plus haut la manière de se procurer cet insecte). — Les écailles de la podure ont généralement une forme oblongue, mais leur grandeur varie. Avec un microscope médiocre, leur surlace paraît unie; mais avec un instrument parfait, on découvre une multitude infinie de points oblongsqui simulent des lignes droites, croisées, obliques ou onduleuses, suivant les variations que l’on fait subir à l’éclairage.

Il n’est pas très-difficile de découvrir ces points sur les plus grandes écailles; aussi faut-il choisir les plus petites, et nous les considérons comme l’un des meilleurs objets d’épreuve pour démontrer le pouvoir pénétrant du microscope.

DE L’ART D’OBSERVER

Nous n’abuserons pas plus longtemps de la patience du lecteur, déjà fatigué sans doute de la longueur et de l’aridité de ces détails. Cet aperçu suffira pour lui donner une idée exacte des lest-objets; néanmoins, nous ajouterons quelques mots sur les difficultés qu’on éprouve à distinguer les caractères que nous venons de décrire, même avec le meilleur microscope.

Dans aucune circonstance, la disposition convenable de l’éclairage n’est plus importante. Citons un seul exemple.

Les stries des plumules sont tellement délicates qu’elles seraient complètement noyées dans une lumière trop vive ; la délicatesse des saillies qu’elles forment à la surface de la plumule exige une lumière oblique , et ces lignes ne deviennent apparentes qu’au moyen des ombres que l’on parvient à leur faire projeter. Il est évident qu’il faudra suivre une marche analogue pour les autres tests, en les plaçant toujours dans les conditions les plus favorables.

Au surplus, il serait trop long et fastidieux de décrire minutieusement toutes les précautions nécessaires; aussitôt que l’on aura acquis une certaine habitude du microscope, on devinera sans peine la meilleure méthode à suivre. Avec l’expérience et les renseignements que nous avons donnés dans le cours de cet ouvrage, les observateurs auront bientôt découvert tous les secrets de la science microscopique. Nous nous empresserons toujours de guider leurs premiers pas et de leur signaler les qualités de leurs instruments. Espérons que, devenus màîtres à leur tour, ils voudront bien nous indiquer les défauts qu’ils auront pu rencontrer dans les nôtres; ce sera notre meilleure récompense.

Nos différents tests (voyez la planche à la fin du volume) ont été dessinés avec le plus grand soin à la chambre claire adaptée au microscope par un excellent artiste,

DE L’ART d’ORSERVER.

M. Vaillant, dont le talent est bien connu de nos professeurs. Malheureusement, nous craignons que la gravure n’ait pu reproduire toute la délicatesse du dessin. Le lecteur pourra toutefois se régler sur les figures pour apprécier la netteté avec laquelle il distinguera les objets d’épreuve; c’est ainsi que nous les avons vus avec nos meilleurs microscopes, c’est ainsi qu’il faudra les voir avec un bon instrument.

Nous ne saurions mieux terminer cet article qu’en traduisant le code promulgué par le docteur Goring dans sa Micrographie

Code.

Article premier. — Le meilleur instrument est celui .qui fait voir avec le plus de pureté et bien nettement les différents détails des objets; peu importe qu’il soit construit de telle ou telle manière, chromatique ou achromatique, planatic ou aplanatic , bien ou mal ajusté, que les lentilles soient bien ou mal travaillées, polies ou centrées. Si je pouvais voir dans un microscope fait avec le cristallin d’un merlan pourri quelque objet qui ne fût pan visible dans un autre instrument , je dirais que le premier est le meilleur et reste maître du champ de bataille (1).

Art. 2. — Lorsqu’on veut comparer un microscope à un engiscope, il faut employer le même objet; s’agit-il d’écailles d’insectes, on doit les dessiner pour être toujours sûr de choisir le même spécimen.

Art. 3. — Cœteris paribus, je dois dire que le meilleur instrument est celui qui fait parfaitement voir un objet avec le pouvoir le moins fort. Soit un instrument A, qui

(1) Nous traduisons littéralement j à part les embellissements tant soit peu britanniques dont l’auteur a orné sa pensée, nous sommes convaincu qu’elle ne rencontrera pas d’opposition.

DE L’ART D’OBSERVER, permet de bien voir un objet avec un pouvoir de 200, tandis qu’un autre, B, dévoile également bien tous ses détails sur une petite échelle , avec lin pouvoir de 100, je dirai que B est le meilleur; dans ce cas, je suppose que lorsque la puissance des deux appareils est fixée à 100, leur effet n’est pas égal, et que B a tout l’avantage. Mais si leur puissance était portée à 200 et qu’alors A eût l’avantage, je dirais encore que B est le meilleur. Dans mes écrits, j’ai souvent insisté sur ce point et signalé ce que je considère comme des raisons suffisantes de mes assertions.

Art. h. — Si deux instruments, C et D, font voir également bien les stries et les taches d’un objet, mais qu’avec C on aperçoive le bord de l’écaille ou de la plumule (l’appareil demeurant fixé au point nécessaire pour voir les stries), de telle sorte que les stries et le périmètre soient visibles en même temps; si D ne donne pas le même résultat, C sera le meilleur.

Art. 5. — Si avec un instrument les lignes d’un test paraissent formées par une agrégation de points ou globules, ou brisées, interrompues, déchirées, tandis qu’un autre microscope les montre distinctement, comme de véritables lignes tracées à la plume, ce dernier l'emportera, etc. (1).

Art. 6. — Si avec deux instruments on voit également bien certains corps striés étudiés comme objets transparents, mais que l’un des deux les montre plus ou moins nettement comme objets opaques, ce dernier aura l’avantage.

(1) Nous n’admettons pas cette proposition. Les stries doivent, an contraire, paraître granulées ; comment admettre que les dentelures découvertes par le docteur Brcwstcr puissent avoir l’apparence d’une ligne non interrompue et. parfaitement droite?

Art. 7. — Si deux instruments sont également bons sous tous les rapports, mais que l’un d’eux soi L achromatique, il devra être préféré, car les images seront exemptes de coloration, etc.

Ainsi que nous l’avons dit au commencement de ce chapitre, on a ajouté aux tests que je viens de décrire différents objets difficiles pris parmi les infusoires fossiles, bien que le grand papillon du chou constitue un test fort difficile.

Les navicules sont aujourd’hui les tests en usage; aussi l’on se sert généralement du Navicula angulata ; puis viennent le Grammatophora subtilissirna, etc. Ces navicules présentent différents ordres de stries; il importe de les voir parfaitement avec un bon instrument.

J’insiste sur ces mots voir parfaitement, car un microscope médiocre peut montrer les stries, et c’est cela dont il faut se défier. Avec la lumière oblique, on peut voir tant de choses qu’il est important de spécifier qu’il y a voir et voir, et c’est voir parfaitement que nous entendons exprimer.

Il va sans dire que l’on ne peut exiger que le possible, et que les stries seront d’autant mieux perçues si la série est à correction et à immersion. Cependant les jeux ordinaires, à partir du n° 5, montrent l 'angulata; le n° 9 ordinaire peut aussi faire percevoir la subtilissirna.

Nous avons déjà parlé de l’ angle d’ouverture ou angle formé par les rayons qui se croisent derrière la lentille. Plus cet angle est grand, plus les lins détails apparaissent. Plus il entre de lumière dans la lentille, plus l’angle sera considérable, tout en tenant compte du grossissement qu’il ne faut pas négliger, il faut donc, pour un grossissement donné, qu’il pénètre le plus de lumière possible dans l’objectif, et l’on aura un angle d’ouverture capable d’analyser

DE D’ART D’OBSERVER

les plus fins lesl-objels. Pour mesurer cel angle, on se sert d'un demi-cercle en métal ou en bois, divisé vers sa circonférence. Le tube du microscope avec un oculaire et la série à analyser sont fixés sur une alidade qui parcourt les divisions. On dirige le tube vers la flamme d’une lampe placée à 2 ou 3 mètres, on fait parcourir de façon à atteindre les deux extrémités de la flamme et on lit l’angle formé qui est X angle d’ouverture. L’élude de l’angle d’ouverture a été faite par MM. Pritchard et Lister, cl c’est à Andrew Ross que l’on doit l’appareil que nous venons de décrire. Les séries faibles ont des angles d’ouverture, de 16, 20, 25 degrés; les séries moyennes, de 60 à 90, et les fortes, de 120 à 150. Dans les très-forts jeux à immersion, on est arrivé à obtenir 175 degrés d’ouverture.

Nous présentons ici un petit travail sur les test-objets. 11 est dù au désintéressement de M. Henri Van Heurck, micrographe des plus distingués et savant professeur de botanique en Belgique. Les micrographes doivent donc lui savoir gré de son obligeance. Du reste, dans le cours de cet ouvrage, j’ai publié un travail complet de M. Van Heurck sur l’application du microscope à la botanique. Ce mémoire on ne peut plus curieux est appelé à rendre des services réels. L’auteur, non-seulement savant physiologiste, possède à un haut degré la science de l’optique du microscope, ce qui lui permet de tirer le plus grand parti d’un instrument auquel la science doit tant.

Sous le nom de tests , on désigne certains objets qui servent à éprouver la puissance optique du microscope.

Il existe un assez grand nombre de tests; nous ferons un choix des plus importants. Ce seront: Lepisma saccharina , Pieris brassicœ, Hipparchia J unira , Pleurosigma angulata, Grammatophora snblilissinia , Surirella gemma, Navicu/a affinis.

DE L’A UT D’OBSERVER

Lepisma saccharina. — Ces écailles sont Fournies par un insecte de l’ordre des Thysanoures, connu sous le nom vulgaire de petit poisson d’argent , et cjui habite dans les fentes des planchers, armoires, etc. Les écailles présentent deux sortes de stries, les unes longitudinales et les autres obliques par rapport aux premières. On distingue deux formes dans les écailles du Lepisma. Dans les unes, qui sont plus ou moins rondes, les stries ne se distinguent qu’avec un bon instrument amplifiant de 100 à 150 diamètres; dans les autres, dont la forme est conique, les stries se montrent à un grossissement de 30 à ZiO fois.

Pieris brassicœ. — Les écailles du papillon du chou ont donné lieu pendant quelque temps à beaucoup de discussions. Charles Chevalier les décrivit comme présentant des stries longitudinales granulées et simulant des rangées de perles; V. Mohl contesta ceci et prétendit en tirer un jugement défavorable pour les microscopes du constructeur précité. Divers observateurs, Goring, Brewster, etc., émirent diverses opinions qui n’élucidèrent point la question, dont la solution était réservée à l'illustre Iïarting, qui trouva le premier que tout dépendait de la façon d’éclairer l’objet. 11 y a deux séries de lignes, les unes transversales et les autres longitudinales. On distingue très-bien ces deux séries de lignes en employant de la lumière oblique ou convergente; mais en employant de la lumière divergente, on ne voit que des lignes granulées.

Ce test est très-difficile et exige un excellent instrument et un grossissement de 3 à iOO diamètres.

II i p par chia Janira. — Les écailles de ce papillon, prises sur un individu femelle, ont d’abord été recommandées et ensuite fort vantées par V. Molli et par Scbacht.

C’est un fort bon lest pour essayer dans la lumière oblique des objectifs de moyen grossissement. On y voit

ARTiirn chevalier.

Fig. 118.

des lignes longitudinales et transversales; ces dernières sont éloignées les unes des autres de 1/1200° de millimètre (fi g. 118). Les lignes doivent se montrer bien nettes dans la lumière centrique lorsqu’on emploie des objectifs forts. Schacht recommanda comme étant les plus difficiles les écailles longues et transparentes. Depuis quelques années, le microscope s’étant perfectionné d’une^ façon extraordinaire, il a fallu chercher sans cesse de nouveaux tests de plus en plus difficiles. Les Diatomées, qui présentent sur leur carapace des lignes très-fines, ont fourni ce que l’on cherchait. Nous allons examiner les tests de ce dernier genre le plus employés.

Pleurosigma angulata. — Etudiés avec des objectifs médiocres ou dans la lumière directe, avec des objectifs non à immersion, le Pleurosigma , tel qu’il est livré ordinairement par Bourgogne, c’est-àdire à sec, se présente, comme dans la figure 119, sans la moindre apparence de stries. Mais que l’on emploie la lumière \;y oblique et un excellent objectif, et l’on verra successivement trois séries de lignes se croisant sous un angle de 60 degrés, comme on le voit dans la figure 120 où nous avons dessiné, du côté droit, les lignes transversales et, à gauche, les deux autres lignes croisées.

Les objectifs à immersion montrent fort bien à la fois les trois systèmes de lignes, et toute la carapace paraît couverte de petits hexagones. Ces petits hexagones forment-ils relief ou sont-ils creusés dans la substance de la carapace? C’est là une question qui est loin d’être résolue, et les deux

opinions sont soutenues par des micrographes également éminents.

Grammatophora subtilissima. — Les carapaces de celte Diatomée présentent au bord des lignes longitudinales et transversales. Ce sont ces dernières qui sont très-difficiles avoir car elles exigent un objectif parfait.

Surirella gemma. — Le Surirella gemma est un des tests les plus difficiles qu’il y ait. Il faut, pour le voir, employer les meilleurs objectifs cà immersion et en outre la lumière oblique. L’emploi d’un microscope à platine tournante est d’un grand secours.

Ce Surirella présente, comme on le voit dans la ligure 121 qui en représente à peu près un quart, de grosses lignes bien marquées entre lesquelles se montrent des lignes transversales plus fines, comme il est dessiné dans la partie A. Ce ne sont point ces dernières qui donnent au Surirella gemma sa haute valeur comme test, mais en dirigeant convenablement le miroir ou en faisant tourner la platine on apercevra des lignes longitudinales délicates plus fortement marquées sur les grosses lignes transversales. Ce

528 de l’art d’observer.

sont ces lignes fines marquées en P. dans la figure, qui forment un des tests les plus difficiles connus.

Navicula a f finis. — Le Navicula a finis a. été employé à j’exposilion de Londres de 1862, pour juger les microscopes. Il est d’une difficulté extrême et surpasse même le » Surire lia gemma. Celte Diatomée, comme on le voit dans la figure 122 qui en montre l’extrémité, présente, sur la ligne médiane, une raie large et profonde interrompue au centre de la carapace. Parallèlement à la raie médiane se montrent des lignes longitudinales fortement marquées et visibles même à l’éclairage centrique. Mais Fig. 122. transversalement aux premières se montrent des lignes très-serrées et d’une ténuité extrême : ce sont ces dernières qui donnent au Navicula a finis sa valeur de test de premier rang. Elles exigent la lumière oblique et un éclairage modéré d’une façon convenable.

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