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CHAPITRE X

La dissection des objets microscopiques peut s’effectuer de différentes manières, suivant le volume du corps sur lequel on opère. Les cas qui peuvent se présenter à cet égard peuvent se rapporter à deux principaux que nous allons examiner séparément.

Dans le premier, nous indiquerons la marche à suivre pour disséquer un objet d’un volume un peu considérable, et dans le second, celle nécessaire pour un objet petit ou plus ou moins microscopique.

Les procédés que Ton doit employer dans le premier cas, se rapportent en général à ceux dont on fait usage ordinairement dans la dissection des corps volumineux ; cependant il y a quelques restrictions à faire, car, dans le langage des micrographistes, on entend par corps volumineux ceux dont l’aspect général peut être connu sans l’emploi du microscope, et dont l’inspection détaillée réclame l’emploi de cet instrument.

Il me sera facile, en citant un fait, de rendre palpable ce que je viens d’énoncer. Je suppose que Ton veuille connaître 1 organisation d’un insecte un peu gros, telle, par exemple, celle du carabe doré ( Carabus àuratus). L aspect général en est facilement saisi à la première vue;

mais si l’on veut arriver à isoler les organes intérieurs, tels que ceux qui servent à la digestion, à la respiration, etc., ou meme que l’on veuille étudier les parties de la bouche, isoler les tarses, etc., on sera forcé de recourir à l’emploi du microscope, lequel, dans ce cas, doit être disposé de la manière la plus simple possible. On emploiera donc pour cet usage une simple loupe grossissant quatre ou six fois, que l’on fixera sur le porte-loupe.

Au chapitre Microscope simple, j’ai déjà traité de cet instrument, et j’ai conseillé l’emploi de la loupe achromatique, comme devant être d’un usage exclusif. Je n’insisterai donc pas sur sa bonté, les détails que j’ai donnés suffisent pour faire pressentir tout l’avantage que l’on peut en retirer, car cette disposition fait voiries objets avec une grande netteté et absence complète de couleurs, en permettant de continuer les dissections pendant des heures entières, sans éprouver de fatigue.

La loupe achromatique à faible grossissement sert donc toutes les fois que l’on veut isoler d’un objet un peu gros des parties plus ou moins ténues que l’on désire soumettre à de nouvelles dissections; souvent ces parties n’ont plus besoin d’une nouvelle dissection, et il suffit de les observer après leur avoir fait subir une préparation préalable.

Citons encore quelques faits qui serviront à bien faire comprendre ce que je me propose d’expliquer.

Ayant, à l’aide de la loupe simple et par les procédés ordinaires de dissection, mis à nu et isolé chez un insecte l’appareil digestif, les trachées ou autres organes du même genre, si l’on désire connaître l’organisation intime de ces appareils, il faudra nécessairement pratiquer les dissections à l’aide d’un instrument d’un pouvoir amplificatif plus grand, en suivant quelques précautions que j’indiquerai plus loin. Il en est de même d’un tissu végétal, si,

après avoir isolé les vaisseaux, trachées et fibres, on veut les examiner séparément, etc., etc. Dans ce cas, on se servira du microscope simple proprement dit ou loupe montée, ainsi que nous allons l’indiquer dans un instant.

Si je désire isoler les parties de la bouche, les ailes, les tarses d’un insecte, les organes de reproduction d’une plante de moyenne grosseur, afin de les soumettre à la préparation conservatrice, je me servirai encore de la loupe simple à faible grossissement. Mais si ces mêmes objets sont trop petits pour que je puisse opérer ces manipulations, nécessairement je les amplifierai davantage et me servirai donc de la loupe montée ou du microscope composé redresseur, avec des amplifications moyennes, ou encore avec l’objectif variable, dont la netteté est plus parfaite que celle de toute autre combinaison.

Voyons maintenant comment on opère la dissection des corps volumineux avec la loupe achromatique, et la dissection des corps microscopiques avec la loupe montée ou avec le microscope composé.

La dissection s’opère plus facilement, lorsque les objets sont plongés dans l’eau, suivant la méthode de l’immortel Cuvier. A cet effet, l’objet, suivant sa nature, sera maintenu à l’aide d’épingles sur de petites plaques de liège, recouvertes de feuilles d’étain, ou de petites plaques de liège fixées sur une lame de plomb ; afin d’empêcher le liège de s’imbiber d’eau, l’étain pourra être collé avec de la colle de poisson, ou même encore on vernira le liège avec du vernis copal qui le rendra complètement imperméable. De petites plaques de cire ou autres substances molles et de même nature pourront aussi servir au même usage. On peut aussi, si 1 objet est très-mou, employer le moyen indiqué par M. Strauss, et qui consiste à engager les corps à disséquer dans du plâtre de mouleur gâché à

l’instant, lequel, en durcissant, maintient l’objet dans la position que l’on désire.

L’objet étant fixé, on place la plaque dans une petite cuve en porcelaine ou en verre, ou encore en bois verni au copal et avec fond de verre ; on maintient la petite plaque au fond de la cuve avec la cire à modeler, et on ajoute de l’eau en quantité suffisante. Ayant ajusté le porte-loupe, muni de sa loupe, au-dessus de l’objet, il ne reste plus qu’à disséquer.

Si l’objet est très-opaque, on peut l’éclairer avec une loupe piano-convexe, que l’on place sur un petit support, à côté de l’objet. Mais, dans la majorité des cas, il est bien plus commode de disposer la petite cuve comme l’a indiqué M. Quekett, dans son excellent Traité du microscope . On dépose la petite cuve sur un support de bois, et on s’appuie les bras sur deux plans inclinés que l’on approche près de /a petite cuve, ainsi que le représente la figure 423. Cette disposition est très-commode et peut rendre d’immenses services.

Fig. J 23.

Si l’on n’a que quelques parties résistantes à séparer, on place simplement l’objet sur une plaque de marbre dépoli, et, en le maintenant à l’aide de presselles, on sépare, à l’aide des ciseaux ou du scalpel, les parties que l’on veut isoler.

Mais avant d’indiquer la marche à suivre dans les dissections microscopiques, arrêtons-nous un moment pour

examiner les instruments dont on fait usage; je veux parler des instruments tranchants et accessoires.

Commençons d’abord par le scalpel. On doit en avoir de quatre formes différentes, comme ceux représentés dans la figure 12/i. Le rasoir emmanché (fig. 125, tranchoir de Strauss) est un des outils les plus utiles ; pour faire des coupes, rien ne saurait l’égaler.

Fig- J2/1- Fig. 125. Fig. 126.

On doit aussi avoir à sa disposition une aiguille droite emmanchée et une aiguille courbe, une érigne à manche (fig. 126), et surtout des porte-aiguilles, tels que ceux imaginés par Charles Chevalier (fig. 127). Ces porte-aiguilles, en forme de porte-crayons, permettent de placer des aiguilles de toutes dimensions.

Des ciseaux droits et courbes (fig. 128 et 4 29) sont indispensables, ainsi que de petits ciseaux à ressorts (fig. 130).

Les aiguilles à cataracte (fig. 131) sont de la plus haute utilité. Joignons à cela des presselles fines et bien ajustées, droites et courbes (fig. 132 et 133), des presselles plus fortes, et nous aurons la série des instruments nécessaires pour les dissections microscopiques. On devra aussi joindre à son arsenal, de petits pinceaux doux pour laver les objets, et de petites seringues de verre à canule effilée, pour diriger unjet de liquide, afin de mettre en évidence certaines structures très-déliées.

Pour couper des tranches de bois ou autres matières analogues, on se servira du rasoir, ou encore de la machine

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