‹ L'étudiant micrographeChapitre 21 sur 67 · PRÉPARATION ET CONSERVATION. — DIRECTIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

PRÉPARATION ET CONSERVATION. — DIRECTIONS GÉNÉRALES

Emploi des réactifs.

Les objets que l’on désire soumettre à l’examen microscopique ont tous besoin, suivant leur nature, d’une préparation plus ou moins compliquée, de laquelle dépend en grande partie le succès des observations microscopiques. Les micrographistes, même les plus célèbres, n’ont pas assez insisté sur ce point, et les détails sur la préparation des objets leur ont paru si puérils, qu’un grand nombre se sont bornés à écrire à ce sujet quelques lignes, qui ne font qu’embarrasser la personne qui, pour la première fois, veut se livrer aux éludes microscopiques.

Dans le chapitre précédent, nous avons indiqué la manière d’obtenir et de disposer les objets, voyons maintenant comment nous devons les préparer au moment de les observer.

En général, les objets microscopiques, soit qu’ils se présentent tout disposés pour l’observation, ou qu’ils aient été isolés d’un corps par la dissection ou par tout autre moyen, n’ont besoin pour être bien vus que d’une préparation simple qui se fait au moment même d’observer; et quelques directions générales données dans le cours de ce chapitre mettront l’amateur à même d’opérer ces petites manipulations. Mais il arrive aussi qu’un grand nombre de ces objets seront beaucoup mieux vus si on les prépare d’une manière particulière et suivant les régies que j’indiquerai plus loin. Cette dernière manière de préparer les objets a aussi pour but d’assurer leur conservation, car il serait souvent malheureux de ne pouvoir garder un objet rare et

2/|/l PRÉPARATION ET CONSERVATION.

souvent unitjne, et (|ui, faute des moyens que j’indiquerai, se trouverait perdu.

Le micrographiste doit donc employer isolément ou alternativement ces deux modes de préparation, soit qu’il prépare Y objet pour l' observation, soit qu’il 1 q prépare complètement, ou soit qu’il ne se serve de ce dernier moyen qu’ après avoir fait intervenir le premier.

Développons ce que nous venons d’énoncer en indiquant les cas où l’on emploie le plus généralement ces différents genres de préparations.

Parmi les corps que l’on veut observer au microscope, il s’en trouve un certain nombre dont la nature exclut tout agent conservateur, et qui ne réclament pour leur parfaite perception qu’une simple préparation immédiate : c’est ce qui arrive le plus souvent pour les tissus végétaux et animaux, ainsi que pour les liquides qui les accompagnent. Dans ce cas, l’agent conservateur est la reproduction par le dessin ou par la photographie.

fl arrive souvent que, dans les recherches que l’on entreprend, on est obligé de faire successivement un grand nombre de préparations, et qu’on ne prend pas le temps de préparer complètement un objet intéressant que l’on ne retrouve quelquefois jamais, et que l’on doit parfois au hasard. On regrette alors de n’avoir pas gardé un spécimen utile à joindre ses observations, aux notes que l’on a pu prendre. Il est donc important de spécifier que l’on doit préparer complètement tout objet intéressant que l’on rencontre dans le cours de ses recherches.

La préparation complète n’a pas l’unique avantage de conserver les objets; pour certains, elle est indispensable, car elle les fait mieux connaître. J’insiste particulièrement sur ce point, sur lequel on a toujours passé légèrement.

D’après ce que je viens de dire, il est facile de déduire

DIRECTIONS GENERALES

que la préparation pour l’observation est d’un emploi général, soit que l’objet ne puisse s’examiner que de celte manière, ou que l’on n’ait pas le temps de préparer complètement un objet qui réclame ce soin, ou enfin, si l’on juge que l’objet à examiner n’offre pas un intérêt assez grand pour employer la préparation conservatrice.

Quand les recherches que l’on fait sont générales et s’appliquent à un plus ou moins grand nombre d’objets divers, comme cela arrive lorsque le microscope est employé comme instrument récréatif, on choisit alors parmi ces objets ceux qui offrent le plus d’intérêt, et là alors on emploie la préparation conservatrice.

La nature, si prodigue en merveilles, nous fournit des richesses sans nombre dont nous pouvons former d’innombrables collections, et dont chaque spécimen est un tableau qui nous montre la puissance infinie du Créateur de toutes choses.

Souvent, ayant disposé un objet, et avant de le préparer complètement, il arrive que l’on est obligé de le préparer pour l’observation, afin de se rendre compte de l’effet qu’il produira étant entièrement préparé; mais il arrive que pour beaucoup d’objets on juge facilement d’après leur nature de l’effet qu’ils produiront, et étant disposés on peut les soumettre à la préparation complète sans autre préparation préalable.

En traitant successivement des différents modes de préparation, j’examinerai nécessairement d’une manière générale les objets qui conviennent pour les différents genres. On aura donc déjà un guide que quelques études perfectionneront. Ainsi, pour fournir un exemple, si je veux examiner une aile de mouche, en traitant des préparations avec le baume du Canada et les vernis, j’indiquerai que les objets de ce genre peuvent être parfaitement

PRÉPARATION ET CONSERVATION

vus et conservés avec ces substances; on pourra donc de prime abord préparer l’objet après l’avoir disposé. Cette préparation nous fera donc connaîlre que la préparation au baume du Canada convient, en général, pour toutes les ailes des insectes, ainsi que pour tous les corps d’une nature semblable, et une seule préparation nous apprendra à préparer des milliers d’objets.

Quand, par la connaissance de la nature de l’objet, on sait lui appliquer immédiatement la préparation qui lui convient, on a un double avantage, car on gagne du temps, et de plus on obtient une plus belle préparation, car l’extrême délicatesse de presque tous les corps microscopiques réclame le moins d’opérations possibles.

Lorsqu’un objet est préparé et conservé, il reçoit le nom spécial d e préparation microscopique.

En résumant ce que nous venons de dire, nous avons maintenant à nous occuper de la 'préparation des objets pour l’observation et de la préparation et conservation proprement dite des objets , laquelle peut s’effectuer de plusieurs manières différentes, soit qu’on les conserve à l’état sec ou en les entourant d’une substance résineuse telle que la térébenthine de Venise, ou le baume du Canada, ou enfin en les plaçant dans un liquide conservateur . Ces différentes méthodes formeront donc l’objet des chapitres qui vont suivre.

Préparation des objets microscopiques pour l’observation.

Emploi des réactifs chimiques.

Avant d’indiquer les méthodes de préparation que 1 on doit mettre en usage pour l’examen des objets microscopiques, disons d’abord que les objets que l’on veut regarder doivent être aussi divisés que possible; celle recom-

DIRECTIONS GÉNÉRALES. 2Z|7

mandalion s’applique particulièrement aux personnes qui, pour la première fois, veulent regarder des objets microscopiques, qui, ne réfléchissant pas qu’elles regardent par un instrument qui est destiné à amplifier des objets d’une façon plus ou moins considérable, et qui conséquemment réclame pour cela de petites parties des objets ou des corps d’une nature telle, n’ont pas crainte de vouloir placer sons l’instrument des objets d’un volume énorme. Chaque jour, on nous adresse les mêmes questions. Avec un microscope d’un pouvoir de cent fois et plus, on voudrait placer sur le porte-objet, une mouche, un hanneton, et apercevoir l’insecte grossi dans des proportions en rapport avec le grossissement de l’instrument, choses théoriquement et pratiquement impossibles. Aussi il faut bien se rappeler que plus le grossissement de l’instrument esL considérable, plus les objets à observer doivent être petits, car c’est là le but du microscope, d’analyser les petits objets.

Du reste, si avec le microscope ordinaire on pouvait ainsi amplifier de gros objets, qu’esl-ce que cela apprendrait? Aurait-on l’idée de la structure de l’organisation? On ne peut craindre d’avancer que non. C’est ce qui arrive avec le microscope solaire, avec lequel on peut reproduire sur un tableau une mouche de 10 pieds de hauteur. Pour cela connaîtra-t-on l’organisation de cet insecte? Pour saisir les détails d’un objet, il faut le diviser, soumettre chaque partie à l’examen microscopique, les regarder, les réunir par la pensée, et de cette manière se former l’idée exacte de l’objet que l’on étudie.

J’avais tout à l’heure parlé de la mouche. Prenons cet insecte pour exemple. Si on veut l’étudier, il faut isoler toutes les parties : les ailes, la trompe, les yeux, les balanciers, les stigmates, les antennes, puis, outre les organes

248 PRÉPARATION ET CONSERVATION

extérieurs, les viscères, etc., etc. Alors, cela l'ait, on peut connaître l’organisation de cet insecte.

11 en est de cela comme de tous les autres objets. C’est par la dissection, l’isolement des parties, que l’on peut étudier l’organisation.

Parmi les corps que l’on veut examiner, il s’en trouve de transparents et d’opaques. Nous avons indiqué les moyens d’éclairer ces deux sortes d’objets.

Les objels que l’on regarde par transparence doivent toujours être rendus aussi diaphanes que possible, et cela en les préparant.

Revenons maintenant au sujet qui doit l'aire l’objet de ce chapitre.

Parmi les objels que l’on veut examiner, il s’en trouve un assez grand nombre qui n’ont besoin d’autre préparation que d’être déposés sur une lame de glace, bien nettoyée à l’avance de la manière que j’ai indiquée. Telles sont, par exemple, les écailles qui recouvrent les ailes des papillons, les pollens, les petites graines, etc. En pressant légèrement l’aile d’un papillon sur une lame de glace, un grand nombre d’écailles y adhèrent à l’instant; en y posant Panthère d’un végétal, les grains de pollen s’y déposent de même. D’autres objets, obtenus par la dissection ou de quelque manière que ce soit, et ceux-ci sont cil grande quantité, réclament l’intervention d’un liquide dans lequel on les tient plongés. Nécessairement ce liquide doit être en rapport avec la nature de l’objet. Quel que soit ce liquide, voilà la manière d’opérer en ce cas la préparation de l’objet.

Sur une lame de glace bien nettoyée, à l’aide d’une petite baguette de verre on dépose une goutte du liquide que l’on désire employer; on place alors l’objet sur cette goutte, puis on recouvre le tout d’une lamelle do glace

DIRECTIONS GÉNÉRALES. 2Z|9

mince, qui doit d’aulant plus l’être que le grossissement du microscope est plus fort.

Celte lamelle ale double but d’empêcher l’évaporation du liquide et de faire présenter à l’objet une surface plane, conditions indispensables pour un parfait examen.

Le liquide employé a l’immense avantage de rendre les corps plus transparents en les pénétrant intimement, et de détruire les phénomènes de diffraction qui se produisent autour de ces corps, lorsqu’ils ne sont pas plongés dans un liquide.

On emploie généralement l’eau pure ou distillée pour un

grand nombre d’objets, par exemple pour beaucoup de

tissus végétaux et animaux, pour des tranches d’os, pour

l’examen de la soie, de la laine, du coton, et pour une foule d’autres objets ; mais il en est aussi un grand nombre que l’eau attaque, soit en les dissolvant ou en les dénaturant d’une manière plus ou moins marquée. Ainsi l’eau altère les grains de pollen, dissout les globules du sang, gonfle les globules blancs, ceux du pus, et respecte au contraire ceux du mucus, que l’on peut observer dans ce liquide.

Dans le cas contraire, on emploie soit l’albumine ou blanc d’œuf, dont on recueille la plus fluide, ou bien le sérum des liquides que l’on veut examiner, ou encore le liquide que l’on obtient du corps vitré de l’œil, ainsi que l’a indiqué M. le docteur Ch. Robin dans son Traité du microscope et des injections.

Si l’objet est un peu épais, on interposera entre la lame de glace et le carré mince de petits morceaux de papier, de façon que le liquide puisse s’étendre d’une manière uniforme. Parmi les liquides que l’on emploie, on évitera de faire usage de la salive, qui, étant acide, attaquerait et dénaturerait les objets.

PRÉPARATION ET CONSERVATION

Si l’on a affaire à des tissas végétaux, on prendra de prélérence, comme l’a dit M. Dujardin, l’un de nos plus célèbres micro, graphistes, soit de l’eau sucrée ou une dissolution de gomme ou de dextrine ; ou mieux encore du sirop de fécule. La glycérine donne aussi de très-bons effets, ainsi que l’essence de citron qui doit être employée pour l’examen des pollens.

Pour les poils des animaux, les ailes, les parties extérieures du corps des insectes, ainsi que pour un grand nombre de corps que l’eau ne peut rendre assez transparents, on se servira avec grand avantage d’huile de naphte rectifiée. On peut aussi se servir d’huile de houille, de pétrole, de schiste, d’essence de térébenthine, de glycérine ; l’huile de naphte rectifiée rend de grands services pour ce genre d’observations : son extrême limpidité permet de pénétrer intimement les corps et de les rendre d’une transparence parfaite.

Dans certains cas, l’alcool peut aussi être employé; mais, en résumé, quelques expériences apprendront bientôt à distinguer les liquides qui conviennent à chaque sorte d’objet, et l’attrait de ces expériences fera bien vite progresser l’amateur zélé des recherches microscopiques.

Un grand nombre de corps ne peuvent être parfaitement connus que par l’aspect qu’ils présentent sous l’influence des réactifs chimiques. Nous allons donc donner à ce sujet quelques directions générales. Voici la liste des réactifs les plus employés :

L’eau,

L’acide acétique,

L’acide nitrique,

L’acide chlorhydrique,

La benzine, les huiles de houille, etc.,

DIRECTIONS GÉNÉRALES

L’acide sulfurique.

L’acide chromique,

L’ammoniaque liquide,

La potasse caustique,

La solution aqueuse d’iode,

La solution de carmin,

L’éther sulfurique,

Le chloroforme,

Le nitrate d'argent.

L’eau froide ou chaude sera fréquemment employée pour augmenter la transparence et pour désagréger certains corps; la macération dans le même liquide produit souvent aussi de très -bons effets. Nous avons déjà signalé l’action de l’eau sur le sang, dont elle dissout les globules rouges, gonlle les globules blancs, etc.

Les essences seront employées pour dissoudre la graisse ; l’éther, le chloroforme, serviront aussi au même usage; l’huile de naphte rectifiée, la benzine, les huiles de schiste, de pétrole, seront aussi employées pour désagréger certains corps des parties bitumineuses; l’alcool rectifié, employé à chaud ou à froid, servira pour détruire les substances résineuses et augmenter la transparence des corps. Les acides purs ou étendus nous donnent aussi de précieux réaclifs. L’action de l’acide acétique, ainsi que nous l’apprend M. le docteur Ch. Robin, est très-importante à connaître. En effet, cet acide dissout les globules du sang, ceux du pus, moins leurs noyaux, les fibres des tissus musculaires, et laisse intactes les fibres dartoïques. Ce réactif s’emploie continuellement en histologie, car il donne beaucoup de transparence aux objets.

Comme tout le monde le sait, l’acide chlorhydrique détruit les substances calcaires ; son action peut donc être très-utile dans un grand nombre de cas. On doit l’employer étendu de quatre fois son poids d’eau. M. le doc-

PREPARATION ET CONSERVATION

leur Robin a trouvé qu’il avait une action particulière sur les globules du sang, dont il rend les bords foncés et nets, ainsi que sur la fibrine, qu’il gonfle d’abord et qu’il dissout ensuite.

L’acide nitrique a la propriété de jaunir d’une manière spéciale les matières animales. M. Dujardin l’indique comme rendant plus consistante la substance nerveuse. 11 dissout ou gonfle la soie, ce qui peut servir à la distinguer du coton.

L’acide sulfurique agit fortement sur les tissus végétaux. M. le docteur Ch. Robin indique qu’il modifie la cellulose de manière à la faire venir bleue au contact de l’iode.

M. le docteur Hannover (de Copenhague) nous indique, dans son savant Traité du microscope , que l’on peut employer, pour durcir certaines parties molles, la créosote, l’acide chromique très-étendu, ou encore une solution de carbonate de potasse. L’acide chromique s’emploie mélangé d’eau, jusqu’à la couleur du vin de Madère, il ne faut pas employer de solution trop concentrée. C’est un réactif indispensable, car il durcit le tissu nerveux sans en altérer les éléments. 11 permet de durcir les tissus sans les dénaturer, ce qui permet de faire des coupes afin d’étudier les structures' délicates.

La potasse, la soude, l’ammoniaque, dissolvent les corps gras et peuvent aussi servir à dissoudre certains épithéliums.

L’iode en teinture est un réactif précieux, qui peut être employé pourles substances végétales et animales. L’iode, en contact avec l’amidon, lui donne de suite une teinte bleue caractéristique. Son action sur les matières animales est très-marquée : elle les rend jaunâtres et sert à les distinguer d’une manière spéciale. M. le docteur Ch. Robin nous indique aussi qu’il jaunit les cils vibratiles des sper-

DIRECTIONS GÉNÉRALES. 253

matozoïd'es des algues et des animaux, les cellules d épithéliums vibratiles, etc.

M. Dujardin nous apprend aussi que les sels d’or, d’argent, de mercure, peuvent servir dans certains cas a rendre l’étude des tissus animaux et végétaux plus facile, en les colorant d’une manière particulière. M. Millon a indiqué que le nitrite de mercure donnait une teinte rouge vineux aux corps azotés, mais il faut quelque temps pour que la teinte arrive à son maximum d’intensité.

L’indigo, le carmin en suspension dans l’eau, peuvent aussi être employés pour déterminer le mouvement de certains corps. En plaçant certains infusoires dans de l’eau chargée de ces produits, on ne tarde pas à apercevoir distinctement leurs appareils digestifs colorés par les . substances employées. En histologie, la solution de carmin s’emploie pour rendre plus apparent l’élément cellulaire. Pour les préparations du système nerveux ce liquide est excellent. M. Morel, professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg, dans son savant Traité d'histologie, si bien illustré par M. le docteur Villemain, a indiqué le procédé suivant pour les préparations du système nerveux avec le carmin. Des coupes fraîches des parties grises, des centres nerveux, ou bien des lamelles’ de ce tissu durci par l’acide chromique ou l’alcool, plongées dans la solution de carmin pendant six, douze, vingt-quatre heures, s’imprégnent de la matière colorante et deviennent uniformément rouges. Si on les traite par l’acide acétique, la matière colorante se fixe principalement dans les cellules et les cylindres d’axe des fibres nerveuses.

Les fibres musculaires lisses, les cellules plasmatiques et les cellules épithéliales en général offrent, sous ce rapport, la même réaction que les cellules nerveuses. On a avancé à tort que les noyaux seuls ont la propriété de fixer la

PRÉPARATION ET CONSERVATION

couleur à l’exclusion des cellules ; si les noyaux paraissent plus rouges, c’est que naturellement ils sont plus foncés; on observe dans ce cas le même effet produit parla peinture en teinte plate sur un dessin lithographique.

Le nitrate d’argent a été employé dans ces derniers temps pour quelques recherches de structure. 11 a l’avantage de respecter les cellules, en colorant en brun les tissus. L’emploi de ce réactif présente donc des avantages.

Une foule d’autres réactifs peuvent être employés ; ils seront choisis par l’observateur suivant le genre de recherches auxquelles il se livre.

Dans les fraudes de certains produits commerciaux, l’action des réactifs peut rendre de très-grands services. Le Baillif nous a appris à reconnaître la falsification du chocolat par la fécule. Une parcelle de chocolat douteux délayée dans de l’eau sur une lame de glace, et portée sous le microscope, vous montre de suite les grains de fécule, que vous rendez tout à fait apparents par l’addition d’une gouttelette de teinture d’iode, qui les colore en bleu.

M. Payen, dans sa Chimie industrielle , nous apprend à reconnaître certaines fraudes.

Ainsi les substances d’origine animale se dissolvant dans une lessive alcaline bouillante, et celles végétales étant peu attaquées, on peut apprécier la nature de certains tissus : car une étoffe de laine contenant du coton, traitée comme ci-dessus, serait bientôt dénaturée, la laine étant détruite. Il en serait de même pour un tissu contenant laine, soie et chanvre. Les filaments de laine et de soie seront dissous, tandis que le colon et le chanvre resteront intacts.

On s’assurera ensuite de la qualité, soit en pesant avant ou après ou en se servant du compte-fils. La différence entre la soie et la laine est facile à établir : la laine prend

DIRECTIONS GÉNÉRALES

une coloration brune dans le plombale de soude, en raison du soufre qu’elle contient, tandis que la soie reste intacte.

A l’égard des tissus, voici encore un autre procédé. Supposons qu’on ait à distinguer quatre tissus, l’un de laine, de soie, de coton, de lin du chanvre. En employant un mélange d’oxyde de cuivre ammoniacal, nous verrons qu’il dissout la cellulose du lin, coton, chanvre, et n’attaque point les autres tissus. Le chlorure de zinc à 60 degrés, avec excès de zinc à chaud, dissout la soie et respecte les autres substances. La soude caustique, la potasse, à 5 et 10 0/0, dissolvent la laine et point les autres tissus. J’ai, du reste, composé un nécessaire d’un prix minime, dont je parlerai plus loin, et qui renferme tous les objeLs utiles aux expériences et à la préparation des objets; on peut donc avoir facilement sous la main tous les réactifs que je viens dé décrire.

L’observation des cristallisations salines nous offre un spectacle vraiment merveilleux. Pour les obtenir, il suffît de faire une solution saturée du sel que l’on veut observer; cette solution se fait suivant la nature du composé, soit dans l’alcool, l’éther ou l’eau; si l’on se sert d’une solution aqueuse, à l’aide d’une baguette de verre, on en déposera une goutte sur une lame de glace, on étalera le liquide avec la baguette, puis on attendra que l’évaporation se produise, ou bien on facilitera cette production en présentant la lame de glace au-dessus de la flamme d’une lampe à alcool. Avec le microscope solaire, ces expériences sont merveilleuses : l’eau, s’évaporant sous l’influence de la chaleur solaire, on voit les cristaux se former sous les yeux même du spectateur, et avec une rapidité qui tient du prodige.

Lorsque nous décrirons quelques-unes des expériences que l’on peut faire au microscope, nous indiquerons les

256 PRÉPARATION DES OBJETS A i/ÉTAT SEC.

sels qui fournissent les cristallisations les plus remarquables.

Rien n’est plus facile que de se procurer des infusoires microscopiques : il suffît pour cela de laisser séjourner dans l’eau des matières végétales ou animales, du pain, du foin, des graines, etc., etc. Au bout de quelque temps, il se forme à la surface du liquide une pellicule, qui, étant examinée, nous montre un assemblage de corps organisés qui s’agitent en tous sens.

La production des infusoires est bien plus rapide l’été par les grandes chaleurs que dans tout autre moment ; c’est dans ce temps surtout qu’il faut examiner l’eau des mares, des marais, des fossés; on y trouve alors, parmi les petites plantes qui y existent, des milliers d’espèces différentes d’infusoires de formes variées, et leur examen est, sans contredit, un des spectacles les plus attrayants, et qui nous montre encore la puissance infinie du Créateur.

La circulation du sang, de la sève, offre le plus merveilleux spectacle. Nous nous réservons de décrire ces expériences d’une manière complète au chapitre Applications du microscope , où nous indiquerons aussi la manière d’examiner un grand nombre de corps dont la description n’entre pas dans l’objet de ce chapitre.

Page 1