CHAPITRE XII
• PRÉPARATION DES OBJETS A L’ÉTAT SEC
Dans le chapitre précédent, nous nous sommes borné à décrire d’une manière générale les procédés qu’il fallait employer pour observer les corps microscopiques. 11 nous reste maintenant à nous occuper de leur préparation et de
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leur conservation proprement dite, en suivant l’ordre que nous avons indiqué.
Les procédés qui vont suivre réclament plutôt du soin et de la patience qu’une grande habileté, et toute personne qui voudra s’en occuper avec un peu d’assiduité parviendra aisément à de bons résultats. On sera amplement récompensé des soins que l’on aura pu prendre, lorsque l’on aura produit de belles préparations microscopiques; le spectacle qu’elles offriront à l’observateur le rempliront de satisfaction et d’admiration pour la puissance suprême.
Les objets qui peuvent se trouver altérés par la présence des liquides devront être conservés à l’état sec, et les micrographistes ont proposé à cet effet différents procédés. La première méthode employée consistait à maintenir l'objet dans une fiche d’ivoire ou autre substance enlic deux petites rondelles de mica; mais ce moyen ne mettant pas les objets complètement à l’abri de l’air, a dû être rejeté ; du reste, l’emploi du mica présentait de grands inconvénients, car non-seulement celte substance esL trèsfragile, mais encore plus ou moins couverte de raies qui s’augmentent au moindre contact.
four les objets d’une certaine épaisseur, il suffit de coller sur la lame de glace, à l’aide de la colle dont j’ai parlé au chapitre Accessoires (1), une bande de papier ou d’étain plus ou moins épaisse, au centre de laquelle on a ménagé une ouverture appropriée. Cette ouverture se pratique aisément à l’aide d’un emporte-pièce; on doit donc en avoir de différents diamètres. En général, deux ou trois suffisent.
(1) Pour le môme usage, M. le docteur Goring emploie une colle faite avec de la colle de poisson et de la gomme arabique. Une solution du gomme
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La petite cavité formée par l’épaisseur du papier en contact avec la lame de glace est destinée à recevoir l’objet. F*our clore ce réservoir, il suffit d’y placer une lamelle de glace, que l’on maintient, soit en la collant avec la substance dont j’ai parlé, ou encore à l’aide de petites bandes de papier. On peut aussi appliquer sur les bords de la lamelle, à l’aide d’un petit pinceau, une ou deux couches de vernis préparé en dissolvant de la cire à cacheter dans de l’alcool. Ce vernisse prépare plus ou moins épais, et est très-utile pour clore hermétiquement et fixer les lamelles de glace, même lorsque les lamelles ont déjà été fixées par d’autres moyens (1).
La mixtion des doreurs, le bitume ou asphalte en dissolution dans l’essence de térébenthine , le vernis copal à l’essence de spic, la solution de gutta-percha dans le sulfure de carbone (suivant l’idée du docteur Lequoy), peuvent aussi être employés pour remplacer le vernis de cire à cacheler('2). Mais un moyen préférable et qui peut être pratiqué avec
arabique avec un peu d’alcool camphré pourrait aussi être employée, ainsi que la solution de M. Jackson, indiquée par M. Quekett, et qui est com-
posée de :
Gomme adragant en poudre 1 once.
— arabique 2 —
Sucre blanc 2 —
Le tout dissous dans quantité suffisante d’eau.
Une colle liquide, à la glu marine, préparée par madame veuve Audouin, est excellente pour l’usage précité. On doit la laisser s’épaissir àj’air avant de l’employer.
(1) On pourrait aussi remplacer le papier par une bande de gutta-percha ou de caoutchouc, que l’on pourrait coller sur la glace au moyen de la chaleur ou d’essence de térébenthine.
' (2) Bien d’autres vernis peuvent aussi être employés. Il nous suffisait
d’indiquer les meilleurs.
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facilité, consiste à coller la lamelle de glace sur la lame même où se trouve l’objet.
Ainsi, après avoir déposé l’objet sur la lame, on déposeautour, dans un petit espace en rapport avec la lamelle à recouvrir, quelques petits fragments de baume du Canada, préalablement épaissi ou presque desséché au bain-marie; on recouvre le tout de la lamelle et l’on chauffe légèrement avec la lampe à alcool; le baume se liquéfie, et, en appuyant légèrement, on fait adhérer les lames ensemble; il se forme de la sorte un petit cadre résineux qui sèche promptement et qui préserve pour toujours l’objet du contact de l’air.
Pour les écailles des lépidoptères, des podures, des lépismes, des poissons, et pour un grand nombre d’infusoires fossiles, etc., etc., ce moyen est le meilleur.
On peut encore, pour préparer les objets à sec, placer l’objet au centre d’une cellule faite au pinceau, et dont l’épaisseur varie suivant l’objet à conserver. Ges cellules, qui peuvent se faire avec différentes substances, seront décrites au chapitre Préparation clans les fluides. La cellule étant faite, il suffit de placer l’objet dans la cavité et de coller ensuite sur les bords de laditecavité la lamelle destinée à clore le petit réservoir.
Les cellules au pinceau peuvent rendre de grands services, et, ainsi que je l’ai dit, je les décrirai avec détails.
Pour conserver les cristallisations, on peut se servir des moyens indiqués ci-dessus ; mais celui de M. Darker est préférable.
Son procédé consiste à prendre deux lames de glace taillées en biseau, de manière à produire par leur rapprochement une gouttière que l’on peut combler pour maintenir les lames (fig. 137). Ayant mis une goutte de solution saline entre les deux lames, on laisse cristall iser ou l’on
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active la cristallisation à l’aide de la chaleur; cela fait, il ne reste plus qu’à couler de la cire à cacheter dans la gouttière ou encore un vernis très-épais de la même substance ; on pourrait aussi employer pour cet usage différents mastics composés de poix, de gomme laque, de cire.
Fig. i:i~.
La méthode de M. Darker est très-bonne aussi pour conserver à l’état sec des tranches minces de bois, d’os, etc., et les collections que l’on peut former par ce procédé sont parfaites de régularité et de fini.
Un grand nombre d’objets opaques se conservent à sec; tels sont les élytres de certains coléoptères, les écorces, certaines parties cornées, de petits échantillons du règne minéral, etc. Si l’on veut conserver à sec des parties animales, il faudra préalablement les faire séjourner dans une solution de chlorure de zinc.
Un très-bon moyen m’a été indiqué par M. le docteur Lequoy, pour conserver comme objets opaques les tissus animaux; voici comment on procède: on plonge l'objet trois ou quatre jours dans le liquide suivant :
Glycérine 30 grammes,
Sublimé corrosif 50 centigrammes.
On fait égoutter, on laisse sécher à l’abri de l’air, puis on passe sur la pièce une ou deux couches de vernis blanc des frères Sclinoë. On doit faire tiédir le vernis au bainmarie avant de l’employer.
La plupart des objets opaques doivent être tenus à l’abri de la poussière et de l’humidité. Pour ceux qui
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présentent peu d’épaisseur, les cellules au pinceau el les moyens déjà indiqués devront être employés. Mais si les corps opaques offrent un certain volume, il faudra, tout en suivant la môme direction, recourir à d’autres moyens.
A cet effet, on se servira de cellules d’une contenance plus considérable; par exemple, de celles formées de petites sections de tubes collés ensuite sur des lames de glace (tlg. 138). L’objet, maintenu au fond de la cavité, sera ensuite soustrait à l’action de l’air au moyen de la
Fig. 138.
lamelle destinée à clore la cellule. Les procédés à employer pour faire ces cellules, les fixer, etc., seront décrits au chapitre Préparation dans les fluides. Il me suffira donc ici d’indiquer la manière de les employer.
Suivant la couleur de l’objet, on enduira l’intérieur de la cellule d’une couche de vernis de cire à cacheter, d’une teinte faisant contraste avec celle de l’objet. Ce dernier sera ensuite maintenu au fond de la cellule à l’aide du même vernis ou d’un autre de semblable nature.
Tous les petits procédés que je viens d’indiquer sont faciles à mettre en pratique, seulement ils exigent des soins ; ils sont en outre modifiables sous le rapport des agents employés, tels que vernis, gommes, etc., et laissent un large champ aux chercheurs, qui, en employant telle ou telle autre substance, pourront rendre de grands services à la science micrographique.
Lorsque l’on veut préparer à sec de très-petits objets, tels que des navicires, etc., la lame de glace est pour
ainsi dire en contact avec la lamelle; afin d’assurer la clôture hermétique, on pourrait sc servir du moyen suivant, que j’ai imaginé. Afin de régulariser la quantité de substance résineuse qui sert à maintenir les lames et de donner aussi peu d’épaisseur que possible,. j’emploie des lames de glace, sur lesquelles je pratique une rainure de grandeur convenable (fi g. 139). Je place alors l’objet dans l’espace circonscrit par la rainure, puis j’introduis dans cette dernière, soit à l’aide d’un pinceau très-petit ou d’une
petite pointe, la substance résineuse destinée à clore l’espace que j’ai limité. Ainsi que je l’ai indiqué, le baume du Canada épaissi, le vernis copal à l’essence de spic et surtout le vernis au bitume, peuvent donner de bons résultats. Cela fait, je place la petite lamelle, en appuyant légèrement, si cela est nécessaire, ou en la chauffant préalablement si j’emploie le baume du Canada.
Ce moyen peut dans beaucoup de cas rendre service, et je n’ai pas cru devoir le passer sous silence.