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D’OPTIQUE THÉORIQUE ET PRATIQUE

mathématiques que l’on détermine les courbures qui conviennent aux verres, suivant 1 usage auquel on les destine.

L’outil, muni d’une tige à vis, se fixe sur le tour de l'opticien, soit dans un écrou fixe, soit sur un arbre mobile qui peut se mouvoir circulairement.

Le travail à l’outil fixe (fig. /il) se pratique pour les verres d’un certain diamètre. Pour les petits verres, on les travaille sur le tour (fig. Zi2). Comme le représente la figure li'2, le tour d’opticien se compose d’une table solide que l’on construit ordinairement en noyer. Sur la gauche de la table se trouve un arbre vertical, maintenu dans des collets et terminé par une pointe qui pivote dans une pièce placée ad hoc. A cet arbre se trouve fixé un

<*2 NOTIONS ÉLÉMENTAIRES

volant, et à son extrémité supérieure une pièce de fer placée horizontalement reçoit une poignée de bois.

Sur la droite du tour se trouve un arbre semblable au précédent et muni d’une poulie. Le volant et la poulie sont réunis par une corde de cuir. L’arbre à poulie reçoit l’outil. En faisant mouvoir l’arbre de gauche sur son pivot, on obtient nécessairement un mouvement circulaire qui entraîne l’outil. Si la main, maintenue par un support, présente le verre à la surface de l’outil, qui lui-même a reçu un corps usant (émeri), on se rend compte des effets qui se produisent.

Nous avons dit que l’émeri était le corps usant employé pour travailler les verres. On sait que l’émeri est du corindon granulaire ferrifère, ou, en d’autres termes, de l’alumine à l’état de corindon, mêlée d’oxyde de fer. C’est un corps d’une ténacité excessive ; après le diamant, c’est un des corps les plus durs.

Les propriétés de l’émeri ont été connues depuis bien longtemps; on l’exploitait à Naxos, et il était porté comme lest par les vaisseaux qui le transportaient à Venise et à Jersey.

On trouve de l’émeri en France, en Chine, au Thibel, en Suède, en Suisse, à Schwartzenberg, en Saxe, etc.

L’opticien se sert de l’émeri à différents degrés de finesse; on obtient ces divers états en le lavant. On met de l’émeri dans de grands baquets munis de robinets; on ajoute de l’eau, on remue le mélange, on cesse d’agiter, puis on reçoit le liquide à l’aide d’un robinet ; on laisse déposer, et l’on obtient un émeri d’un degré de finesse en rapport avec le temps qui s’est passé avant de laisser écouler le liquide. Nécessairement, plus il se sera écoulé de temps, plus l’émeri sera fin, et vice versà.

On se sert généralement, en optique, de l’émeri l/‘2r mi-

d’optique théorique et pratique. 33

nute ou gros , de l’émeri 1, 2, 5, 10, 30 et 60 minutes. Ces derniers sont excessivement lins, et servent à doucir les verres, comme nous l’expliquerons plus loin.

Abordons la question du travail, mais disons auparavant que la première opération que l’on fait subir aux verres consiste à leur donner une courbure grossière, se rapprochant de celle qu’ils doivent avoir, et cela en les usant sur une balle ou dans un bassin de fonte de fer, avec du grès tamisé et mouillé. Le verre ainsi ébauché est dit dégrossi. L’opération du dégrossissage se fait en dehors de l’atelier, car son voisinage peut être pernicieux pour le travail des verres.

Le verre dégrossi, et qui n'a pas la courbure désirée, est passé dans un outil de fer d'une courbure se rapprochant de celle qu’il doit avoir. Cette opération se fait sur le tour, et l’on emploie pour cela les émeris 1 et 2. Le verre est alors apprêté.

On se sert maintenant de l’outil précis de cuivre, et l’on y passe le verre avec l’émeri 5,

Pour employer l’émeri, il suffit d’en mettre une petite quantité sur l’outil, de jeter quelques gouttes d’eau, puis d’étaler à l’aide du Verre; on frotte ensuite circulairement et régulièrement. L’effet obtenu, on lave le verre et l’outil à l’aide d’une éponge imbibée d’eau, et on passe à d’autres opérations.

Le verre apprêté est fixé sur un petit manche de liège nommé molette. La molette est fixée au verre à l’aide de mastic de poix et de cendre ramolli parla chaleur. De cette façon, on le tient aisément pour lui faire subir les dernières opérations, qui sont les plus délicates.

Dans le courant des opérations ci-dessus désignées, on a eu soin de centrer le verre, c’est-à-dire qu’à l’aide de eei tains moyens, on a fait en sorte que le centre de chaque

ARTHUR CHEVALIER. o

3/l NOTIONS ÉLÉMENTAI1ŒS

courbure corresponde à l’axe principal. M’aide du compas, on a aussi conservé l’égalité d’épaisseur. Pour les verres très-précis, on emploie à cet effet des machines’à niveau d’une construction tout à fait mathématique.

Le verre, tenu à l’aide de sa molette, est passé circulairement sur l’outil, avec l’cmeri n° 10. Cela fini, on procède au clouci, c’est-à-dire à l’application du dernier émeri, soit celui 30 ou 60. L’outil étant réuni, c’est-à-dire la balle et le bassin étant rodés l’un sur l’autre pour éviter les déformations, on prend l’outil utile et l’on y met une très-petite quantité d’émeri ; on ajoute quelques gouttes d’eau, puis on étale à l’aide d’un morceau de glace ordinaire mis à la courbure de l’outil. Ce morceau de verre reçoit le nom de verre d'épreuve , car il permet d’apprécier si le moindre corps étranger existe dans le mélange, ce qui s’aperçoit aisément par le contact. L’émeri étant étalé, on dépose le verre sur l’outil, on frotte circulairement. Au bout de quelque temps, le mélange devient pâteux, sec, et l’on a de la peine à mouvoir le verre; on s’arrête, on lave le verre, on passe une éponge humide à la circonférence de l’outil, on mouille légèrement l’émeri, on repasse le verre comme ci-dessus : le verre est alors douci et raffiné. Afin d’enlever l’émeri et le métal de l’outil qui se sont attachés au verre, on y passe une petite quantité d’eau acidulée par l’acide sulfurique : on sait alors le résultat de son labeur. On observe la surface à la loupe, et, si l’on y découvre la moindre raie, la moindre filandre, il faut tout recommencer. L’opération du douci est très-délicate; le moindre grain de poussière qui tombe sur l'outil forme des raies, et il faut alors passer le verre avec des émeris plus gros, puis doucir de nouveau. Le verre douci présente une douceur de grain excessivement grande; il est alors prêt à subir l’opération du polissage.

d’optique théorique et pratique.

Les grands verres se polissent sur du papier enduit de tripoli. A cet effet, on colle avec de l’empois, sur l’outil, un disque ou une bande de papier fin, on fait sécher; on ponce le papier, on le brosse, on y étale du tripoli fin; puis, soit en frottant le verre circulairement (au tour ou à la main), ou à l’aide d’un mouvement de va-et-vient (polissage à la bande), on obtient ce poli si vif que tout le monde connaît.

Pour unir les verres sur les bords, on se sert de barrettes de fer fixées sur le tour. Dans les verres achromatiques, on unit le flint au crovvn à l’aide d’une résine transparente. C’est le baume du Canada dont on se sert spécialement pour cet usage.

A l’égard du polissage, nous ne nous arrêterons pas à l’emploi du drap enduit de rouge, car ce polissage est défectueux, mais nous donnerons quelques détails sur la fabrication des lentilles de microscope et sur le polissage.

Nous avons vu que pour travailler les verres, on les tenait à l’aide de molettes de liège : ce procédé s’applique aux verres d’une certaine dimension; mais, pour les petites lentilles, on les fixe au bout de tubes de verre plein, qui permettent alors de faire mouvoir la lentille comme on le désire.

S’il s’agit d’amener un morceau de verre à la courbe, on commence par l’user sur une meule de grès en le tenant au bout d’un tube de verre; on vérifie à l’aide d’un calibre, puis on passe ensuite le verre dans l’outil.

Si un flint doit être plan sur l’une des surfaces ou légèrement convexe ou concave, on prend un disque pouvant contenir 10 à 12 lentilles; on travaille ce disque, puis on découpe ensuite : il ne reste plus qu’à faire le côté concave destiné à recevoir le crown. Dans ce dernier cas, il faut travailler séparément chaque petite lentille.

3(3 NOTIONS ÉLÉMENTAIRES D’OPTIQUE

On conçoit qu’il est très- difficile de faire des lentilles qui ont 1/5° de ligne de rayon de courbure et un demi-millième de diamètre, et qu’il faut des soins infinis pour celte fabrication. Les procédés pour travailler ces petits verres ont été perfectionnés par Charles Chevalier ; ils sont aujourd’hui suivis par les constructeurs français et étrangers.

On comprend aisément qu’il ne serait pas possible de polir de si petits verres sur du papier, car on ne pourrait fixer ce dernier dans l’outil ; du reste, le polissage au papier ne serait pas assez vif.

Pour polir les lentilles, on met dans l’outil ou sur l’outil, suivant sa nature, une petite quantité de poix; on chauffe, puis on applique l’outil correspondant de façon à former la courbe; on laisse refroidir, puis, après avoir placé sur le polissoir un peu de potée d’étain (oxyde d’étain) porphyrisée et humectée d’eau, on passe le verre douci de la même façon que pour l’émeri. Au bout d’un certain temps, la lentille est polie ; on la détache en chauffant légèrement la molette. Il ne reste plus qu’à nettoyer à l’aide d’essence de térébenthine et d’alcool.

Suivant l’idée de Charles Chevalier, les lentilles achromatiques doivent être collées avec le baume du Canada; une fois sèches et nettoyées, il faut sertir les lentilles dans leurs montures respectives. C’est là une opération fort difficile, car il s’y joint des procédés de centrage dont la description n’intéresserait pas les lecteurs.

Les constructeurs savent seuls les difficultés de faire des séries dé lentilles (c’est ainsi qu’on nomme la réunion de trois lentilles), car l’opticien doit en réunir souvent des centaines avant d’arriver à obtenir des séries parfaites. Les personnes qui se servent du microscope ne savent pas quelle fatigue cause cet assemblage, et combien il faut de

DU MICROSCOPE. oy

patience. Ceux qui s’occupent de cette partie délicate de l’optique savent seuls la peine que cela cause.

En traitant du microscope composé, nous décrirons les différents systèmes de séries de lentilles; en un mot, les différentes combinaisons employées pour former X objectif du microscope .

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