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CHAPITRE XIX

APPLICATION DU MICROSCOPE A L'ÉTUDE DES ALGUES INFÉRIEURES, PAR M. ALPHONSE DE BRÉBISSON.

.Les Diatomées, ou Bacillariées, et les Desmidiées ont été regardées par. beaucoup d'auteurs comme appartenant i la classe des Infusoires dont elles différent cependant sons beaucoup de rapports. Il est impossible de considérer comme un rapprochement la petitesse des individus qui oblige à un même moyen d'examen. La science ne peul admettre comme un caractère distinctif la difficulté de Tobservalion.

Par les descriptions que je donnerai de ces deux groupes, quoiqu'ils soient séparés par de grandes différences, on verra qu'ils doivent tous les deux appartenir aux Algues. Je les rapprocherai surtout parce que leur récolte, ayant les plus grands rapports, peut être faite simultanément dans certaines stations, et que leurs préparations, des plus élégantes, offrent un égal intérêt.

Le caractère principal des Diatomées est de présenter des corpuscules (frusiules) renfermés dans une enveloppe (carapace) unicellulaire, siliceuse, rigide, fragile et incombustible .

Le frustule est composé de deux valves opposées, réunies par une bande de même nature, dite bande cotmectke. Il renferme un endochrome jaunâtre, plus ou moins brun, au milieu duquel on remarque des vésicules et des granules de nature huileuse que quelques auteurs ont regardées comme des organes prouvant l'hnimalité.

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Les Diatomées ont plusieurs modes de multiplication. Elles sont toutes fissipares. On voit souvent sur le milieu de la bande connective apparaître une ligne longitudinale qui est le commencement d'une cloison intérieure formée de deux valves opposées dos à dos, entre lesquelles doit s'opérer plus tard la scission qui divisera le frustule en deux individus semblables au premier, mais d'abord un peu plus étroits. Quelquefois les deux frustules ne se séparent pas, étant retenus l'un prés de l'autre par une cohésion dont on attribue la cause à un enduit épidermique propre aux Diatomées et dont on a reconnu la présence dans plusieurs espèces. La disposition en filaments de divers genres provient de cet effet de duplication plusieurs fois répété. Par suite d'une sorte de copulation ou de rapprochement des fnictulesy leur endochrome condensé donne lieu à un ou à deux sporanges qui renfermeront des groupes de jeunes Diatomées. Ces sporanges se forment quelquefois dans un individu isolé. J'ai vu un exemple de ce fait dans un Navù culu gracilis qui contenait deux sporanges entre ses valves écartées.

Un grand nombre de Diatomées, appartenant à divers genres et principalement aux Naviculées, sont douées d'un mouvement recliligne très-remarquable et qui a puissamment contribué à les faire regarder comme des Infusoires. Cependant ce mouvement n'a rien de spontané. Les frustules semblent subir une impulsion donnée; ils se heurtent contre lés obstacles et ne cherchent point à les éviter. Parfois, si le corps étranger qui les avait arrêtés vient à changer de place et leur laisse le champ libre, on les voit, cessant de suivre leur direction première, revenir en arrière sans se retourner, comme si la force d'impulsion qui les avait portés en avant était épuisée. Ne pourrait-on pas attribuer ce mouvement régulier à un effet d'exosmose

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qui étnblîrait atternattvemenl à chaque extrémité du inistule un courant qui, rencontrant de la résisUince dans le liquide ambiant, déterminerait ce déplacement de la Diatomée? La cause qui agite si vivement tm mince fragmenl de camphre déposé sur Teau, n'a-t-elle pas quelque rapport avec celle qui agit dans ce cas?

L'absence de tentacules ou d'autres organes appendiculaires propres à opérer la locomotion permet de hasarder une telle hypothèse.

Les Dialomées à fruslules libres, telles que les Navicula, Pleurosigma^ etc., ne sont pus les seules qui soient douées de ce mouvement. Plusieurs autres, qui sont ordinairemenl attachées aux corps plongés dans Teau, soit par un pédicelle, soit par un enduit ou même (jui sont renfermées dans un (ube, présentent des frustules jouissant de cette faculté. Si quelque cause les rend libres, en les détachant de leurs supports ou en les faisant sortir de leurs enveloppes, on voitt;es frustules s'agiter et bientôt obéir au mouvement dont je viens de parler.

Rien n'est plus varié que la forme des frustules dans les différents genres qui composent la famille des Diatomées.

Les Fragilanay Hwmntidiurn^ Odotttidium, formés de séries de frustules rectangulaires, présentent des filaments aplatis. Quelquefois une scission s'opère entre chaque frustule d'une série, alternativement en haut cl en bas, et néanmoins les frustules continuent d'adhérer entre eux par les angles diagonalement opposés ; alors le filament montre une forme en zigzag tout à fait bizarre. Cette disposition est constante dans les genres Diatomay Grammaiophor et Tabellaria.

Si le filament est formé d'articles cunéiformes, la multiplication de ceux-ci par la fissiparité donnera une forme

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(iiscoide et même bélicoïde si cet effet se continue sans trouble {Meridian).

Les frustules sont quelquefois portés sur des pédicelles simples ou rameux, tantôt en petits éienàar As{Achnanth€s) y tantôt cunéiformes et donnant Heu à des éventails plus ou moins complets {Licmophora, Rhipidophoray Podosphenia. Quelques Diatomées s'attachent aux algues et aux plantes inondées sans support ; telles sont les espèces des genres Cocconeisy Epithemia.

Les Nitzschia^ Synedra ont de longs frustules étroits, bacillariés, qui quelquefois se groupent en faisceaux sur les plantes aquatiques.

Le Bacillaria paradoxa, qui habite principalement les eaux saumâtres, est doué d*un mouvement fort singulier qu'un dessin ferait mieux comprendre qu'une longue description. Celte espèce est formée d'une série de longs frustules étroits rapprochés en tablette ; à un certain moment, le premier fruslule glisse sur le second et le dépasse de presque toute sa longueur, ne restant adhérent à l'inférieur que par son très-court recouvrement; puis le second article, entraîné par le mouvement du premier, glisse sur le troisième; ainsi de suite jusqu'au dernier.

Le Bacillaria présente alors la forme de certaines mesures articulées ou d'une série de minces gradins. Bientôt un mouvement rétrograde se fait sentir et les frustules viennent successivement se ranger dans leur première position.

Parmi les Diatomées» le genre le plus nombreux en espèces est le genre Navicula, dont les valves, le plus souvent lancéolées, sont en forme de navette.

Les Pleurosigma ont de longs frustules contournés en S, couverts des plus fines ciselures.

Les genres Schizofiema et Colletonema présentent des

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filamenls gélatineux remplis ilc fruslules naviculés. Les Biddolphiées et surtout les Coscinodiscécs renferment des espèces dont la carapace est formée de réseaux d'une délicatesse extrême. Les Diatomées habitent les eaux douces et salées. Elles s'attachent aux plantes inondées, forment souvent des couches brunâtres sur la vase des eaux tranquilles et sur les pierres des ruisseaux. Elles se montrent quelquefois en telle abondance dans des lieux trcs-récemment submergés, que Ton a voulu croire qu'elles pouvaient être le produit d*une génération spontanée. Dans la mer elles sont attachées aux Algues ou cachées dans la vase qui tapisse les roches. Les estomacs de certains oiseaux qui habitent les rivages de la mer, et d'un grand nombre de moUusijucs marins renferment fréquemment des fruslules de Diatomées propres à ces localités. Il existe aussi une grande quantité de ces êtres si minimes à l'étal dt* fossiles et formant des amas conservés depuis des siècles, dans des tourbières et surtout dans les terrains tertiaires. Ces formations géologiques, si riches en Diatomées, ont été reconnues sur bien des points du globe : on en a signaiï* en Finlande, en Allemagne, en Ilalie; en France, dan> l'Ariége; en Afrique, près d'Oran; en Amérique, etc. Dans cette dernière contrée surtout, on a découvert des couches épaisses de plusieurs mètres, entièrement composées d'enveloppes siliceuses de Diatomées. Je n'entreprendrai point de présenter une longue série de chiffres destinés i faire apprécier approximativement le nombre de frustules que peut renfermer un cube de ces roches, même en opérant seulement d'après une dimension restreinte.

Beaucoup de ces fossiles, à cause de leur nature siliceuse et de la finesse de leurs molécules, sont emploies dans les arts sous le nom de tripoHs et servent à polir les métaux.

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