PRÉFACE. XXIII
L'homme étudie les motifs de crédibilité, puis aidé de la grâce divine, il formule son acte de foi. « Pourquoi, s'écrie « saint Théophile, évoque d'Antioche, vous obstiner à ne pas « croire? Vous ne prenez pas garde que la foi précède et di- « rige nécessairement toutes vos actions. Quel est le labou- « reur qui pourrait moissonner, s'il ne confiait la semence à « la terre? Qui passerait la mer, s'il ne se fiait au vaisseau « et au pilote ? Quel malade pourrait être guéri, s'il ne don- « nait d'abord sa confiance au médecin ? Quel art, quelle « science apprendriez-vous,si vous no commenciez par croire « le maître qui doit vous enseigner? Quoi donc! le laboureur « se confie à la terre, le navigateur au vaisseau, le malade (' au médecin, et vous refuseriez de vous fier à Dieu lui- « même qui vous a donné tant de preuves victorieuses de sa « puissance et de sa bonté * ! »
La précipitation du jugement est encore une des causes du rationalisme. Un jeune homme sort des bancs de l'école, et sans autre autorité qu'une ombre de talent, de science et d'instruction, il attaque dans la presse, dans une chaire, dans la rue, ce qu'il aimait à douze ans. Il juge, il tranche les questions avec un aplomb ridicule, l'évangile, les miracles, les dogmes, les sacrements et les mystères. Saint Thomas d'Aquin, saint Bonaventure et saint Augustin ne sont plus que de petits garçons.
Telle est l'histoire d'une foule de gens. Ils portent un jugement hâtif sur ces questions qui intéressent au plus haut degré leur conscience, leur vie, leur destinée, sans avoir rien approfondi, et ignorants, de parti pris, ils se casernent dans cette inculture religieuse. Est-ce qu'ils consacrent à l'étude
1 Cité par M. Freppel. Les apologistes chrétiens au deuxième siècle.