‹ L'EucharistieChapitre 6 sur 31 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

Le chef de l'Église s'exprimait de la sorte daasuQe mémorable encyclique : « Il faut que la raison s'informe diligem- « ment du fait de la révélation, quoiqpi'elle soit certaine que « Dieu a parlé, et qu'ainsi elle puisse lui offrir une soumis- « sion raisonnable, comme l'enseigne très-sagement l'apôtr^. « Humana ratio... divinse revelationis factum inquirat oportet, <( ut certo sibi constet Deum esse locutum, ac eidem, quemad- « modum sapientissime docet apostolus, rationabile obsequium « exhibent ^ »

Ahl les rationalistes seraient heureux de se poser en face de Dieu et de soumettre sa vie intime et ses mystères aux recherches de la raison, car sûrs de ne jamais les découvrir, ils légitimeraient, du moins, l'insolence de leurs prétentions et l'arbitraire de leur conduite : cela n'est pas permis. Dieu, nous pouvons le démontrer ; il est l'infini, la cause des causes, le moteur, l'immuable, la cause souveraine. Dieu, nous pouvons le suivre dans sa vie historique, peser ses paroles, ses faits, ses miracles, le récit et les témoignages de ses contemporains. Dieu, nous pouvons le chercher dans les révélations et les harmonies des mondes, de la vie, des peuples qui s'agitent et de la science, mais nous ne le comprendrons jamais. « Quis enim cognovit sensum Domini ^? »

Ou bien encore, si l'examen de M. Janet aboutit au doute, je résous son objection par cette distinction de bon sens : le doute réel, absolu, est un crime et une impuissance, car le sceptique nie Dieu, sa vie, sa nature, son amour, et ne peut rien bâtir sur de pareilles ruines. Le doute fictif ou méthodique est permis, et les docteurs l'emploient souvent. « Sans

1 Pie IX, encyclique du 9 nov. 18Î6. ' Ép. aux Romains, ch. xi.

MÉFACli. Xt

« doute, s'écrie saint Augustin, j'accepte tout cela avec une « foi inébranlable; toutefois, comme je n'en ai pas encore « l'intelligence, cherchons comme si ces choses étaient in- « certaines. Quanquam hsec inconcussa fide teneo, tamen quia « cognitione nondum teneo, ita quseramus, quasi omnia incerta <( essent ' . )>

Saint Thomas d'Aquin formule ainsi ses questions. Dieu existe-t-il ? Dieu est-il un corps?

Le doute réel est une révolte et conduit à la défection ; le doute fictif ou méthodique respecte les croyances de l'âme. Le premier engendre l'erreur, tarit la sève de l'intelligence et du cœur, et jette le froid de la mort sur ce qu'il y a de plus vivant, de plus saint, de plus fécond, sur la vie elle-même ; le second produit la science et rend la vérité révélée croyable au-dessus de tout ce qui est croyable icibas. « Testimonia tua credibilia facta sunt nimis ^. » L'un enfante cette race dépravée et mécontente de sceptiques et de matérialistes dont les efforts contre nature ravagent le monde ; l'autre suscite ces grands hommes, amis de la foi et de la science, et ces œuvres grandioses qui résistent, plus solides qu'un granit, aux secousses du mensonge et des siècles.

M. Saisset est plus explicite : « La philosophie, dit-il, ne « retournera pas en arrière. Elle ne consentira pas à s'abri- « ter, comme au temps de Descartes, derrière la distinction « des vérités naturelles.... Nous tenons cette distinction pour « parfaitement artificielle. Dans l'ordre spéculatif il n'y a « pas deux sortes de vérités, il n'y a que des formes diverses

1 De lihero arbilrio, 1. II, c. ii.

' Ps. 92.

Xit PRÉFACE.

« de la vérité. La vérité se montre ici sous la forme d'une re- « ligion ; là, sous la forme d'une philosophie. A travers les a variétés de ces formes, la raison garde son identité, elle « reste la source unique du vrai, immuable dans son fond,

« variable et progressive dans ses manifestations Trouvez

« bon que la nouvelle philosophie française continue son « travail, qu'elle rattache à la nature humaine, observée « sans relâche, toutes les grandes vérités qui gouvernent les « sciences, constituent la religion, civihseut les sociétés '. » Le catholicisme et la philosophie, issus de la raison humaine, selon ce philosophe, marchent côte à côte et de plainpied. Quoi ! Dieu destine l'humanité à un bien supérieur, à la vision immédiate et à la jouissance éternelle de sa face : « Vi- « debimus eum sicutiest ^ », et sollicités par ces appels divins, nous ne pousserions pas nos aspirations, nos actes, les facultés de notre être, par delà les infirmités de la vie présente ! Mais nous étouffons sur cette terre, sous le dôme de l'Institut, dans les flancs d'un problème. La religion catholique devait donc proposer des vérités qui s'imposent à la fragilité humaine, la grâce qui vivifie et élève la nature, la foi qui perfectionne et oriente la raison, des mystères que l'amour de Dieu réalise, un ciel où la grâce divine nous conduit ! « Gratta « Dei vita aekrna ^. » Et le rationaUste rapetisse, amoindrit, défigure cet état de choses; dès lors, cette religion naturelle est glaciale, fragile, sans âme et sans divinité. Où est le sacerdoce de la raison? où ses temples et ses sacrifices ? où sa prière et son hôtel-Dieu ? où ses vierges, ses saints et ses martyrs?

» Essais, p. 262.

' If« ép. de saint Jean, ch. m.

3 Ép. aux Romains, ch. vi.

PRÉFACE. XIIÎ

M. Vacherot, après avoir affirmé que toutes les religions sont d'origine humaine, ajoute : « Il en est des religions « comme des grands phénomènes historiques, comme des « peuples qui naissent, des empires qui se forment, des « cycles poétiques qui se développent, des écoles de morale « et de législation qui se produisent. Le génie, la vertu, l'hé- « roïsme des individus y ont une part que l'obscurité des « origines ne permet pas de mesurer au juste, mais dont « lindétermination n'oblige point à recourir à des causes sur- « naturelles. » Le système est commode, puisque la raison humaine peut supprimer ce qui se cache dans les obscurités d'une origine et d'un mystère; mais si ce système met les croyances religieuses des rationalistes et leur vie morale fort à l'aise, est-il, pour cela, bien logique ? non, sûrement.

M, Vacherot, dans le même article, dit : « De même que « la théologie accepte le mouvement de la terre, la période « neptunienne et les déluges partiels, la théorie des époques « de la création, l'immensité des cieux peuplée d'une infî- « nité de mondes solaires, en faisant remarquer que la sa- « gesse divine a dû descemire à la portée des premiers « hommes et leur parler un langage qu'ils pussent com- « prendre, de même ne pourrait-elle pas accepter un jour « d'aussi bonne grâce certaines explications historiques et « psychologiques de la critique touchant les symboles, les M mythes et les mystères de la foi ? Alors l'empire du surna- « turel, réduit de plus en plus par les progrès de la raison « humaine, verrait passer à la science ses dernières pro- « vinces, que la théologie garde encore avec une si héroïque « fermeté *. »

^ Revue des Deua:-31ondes. Lathéologiecathol. en FranceAbjuilAèQS,

Page 1