‹ L'EucharistieChapitre 9 sur 31 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

Jigion catholique est grande, à la portée du savant et du lépreux, on y sent palpiter quelque chose de divin, et elle produit ce commerce supérieur de Dieu avec l'homme. Si la religion subit les vicissitudes humaines et s'en va « comme « les peuples qui naissent, des empires qui se forment », aujourd'hui elle inclinera les peuples sous le sceptre de ses dogmes, et demain elle s'en ira humiliée et maudite; aujourd'hui elle sera chaste, et demain flétrie comme la poussière du chemin ; aujourd'hui elle viendra d'en haut, les savants et les poètes la chanteront, et demain ceux qui l'auront bénie ne trouveront pas assez d'insultes et de boue jiour lui jeter à la face, car les empires se forment, remplissent le monde du bruit de leur jeunesse, de leur virilité, et vieillissent; et une religion, assujettie à de pareilles transformations, se voue, malgré elle, à l'impuissance et à l'opprobre. Est-ce qu'une rehgion sortie des officines de la raison a jamais transformé des nations, inspiré les génies et les poètes, suscité des dé vouements et des vertus au-dessus des forces humaines, créé des âmes chastes? Le mahométisme et le protestantisme sont les preuves de cette radicale impuissance, car ce qui est humain, vil, vermoulu, n'engendre que des croyances et des vertus rachitiques. Je constate trois causes de ce rationalisme à outrance : les préjugés, la précipitation du jugement et les passions.

Les préjugés sont des jugements portés à l'avance, de parti pris, et qui s'opposent à l'examen sain et impartial des choses. Qui peut vaincre une obstination aveugle et endurcie ? La vérité frappe ces cervelles pétries d'idées formées à l'avance et se brise comme les vagues de l'océan sur un rocher. Et, qu'ils soient le fruit d'un esprit mal fait, d'une éducation négligée ou pervertie, d'une mi-

Page 1