‹ L'eucharistie intimeChapitre 37 sur 84 · M\NT., /OC · texte numérisé non relu

M\NT., /OC

cit., pp. 561,

Influence venant du Corps, de l'Ame et de la Divinité ensemble. Ainsi Jésus est-il le

Chef de l'Église selon

coup, une influence sur toutes choses en nous. Votre influence à vous est universelle. Pas une grâce dans l'ordre surnaturel ne se produit sinon sous votre action.

Et c'est dans l'Eucharistie, plus encore que dans le ciel, que j'aime à considérer en vous cette influence. J'aime vous y adorer répandant toute grâce sanctifiante et les grâces actuelles innombrables, très variées, et dont beaucoup sont très puissantes, répandant aussi parfois, des miracles.

Vous agissez sur nos âmes, ô divine Hostie, et tout acte, tout progrès des vertus divines se produit sous votre action. Si nous savions et si nous voulions mieux nous mettre sous cette influence si bienveillante, si aimante et, quand nous le voulons, si efficace!

Vous influez sur nos corps : d'abord parce que les vertus divines descendent — telles la douceur, la chasteté, la force... — jusque dans nos appétits inférieurs. Vous influez sur nos corps pour les pacifier, pour en prendre possession et, par cette prise de possession, nous donner un gage de leur résurrection et de la gloire éternelle *.

Et comment agissez-vous ainsi sur l'Église et sur les âmes? Par votre Corps, votre Sang, en même temps que par votre Ame et votre Divinité. Votre influence rayonne de toutes ces causes adorables, dans un sublime accord et un parfait ensemble. Aussi êtes-vous Chef de l'Église,

l'eucharistie et l'église 167

Divinité

notre Chef à chacun, selon toute votre Personne, tout son être, selon votre nature humaine (1), selon votre Corps "^"onTôrpT et votre Ame, en même temps que selon votre en méme

1 A temps que

Divinité. lelon.sa

N'est-il pas juste de rappeler ce rôle du Corps de Jésus, puisque c'est lui que nous honorons très particulièrement dans l'Eucharistie?

Nous voyons enfin comment dans l'Eucharistie, non moins que dans le ciel, Jésus est le Centre de la Communion des saints. Et ce dogme, nous devrions le méditer et l'exploiter à la sainte Messe et dans la Communion plus que partout ailleurs. Oui, voilà, sur l'Autel et en nous, et présente en mille et mille endroits, la Source de ce flux et reflux immense de prières, de grâces,

(1) A proprement parler c'est comme Homme que nous devons voir Jésus influer sur l'Église et les âmes. Comme Dieu : cela va sans dire et rend absolument divin son rôle de chef.

Il agit sur le Corps de l'Église, formé de ceux qui ont reçu le caractère baptismal, et ne l'ont pas contredit par une hérésie ou un schisme notoires. (Cf. Le Prître Intime, p. 305.)

Il agit sur l'Ame de l'Église composée de tous ceux qui sont en état de grâce, même en dehors du Corps de l'Église, car on peut de bonne foi ne pas connaître l'Église. Ainsi par delà le Corps de l'Église, en ce monde, Jésus influe sur beaucoup d'âmes qui semblent très lointaines, pour les préparer à la justification par des grâces actuelles et pour les justifier un jour ou l'autre. N'oublions pas, de plus, que, si Jésus est spécialement dans l'Eucharistie pour agir sur la terre, dans toutes les âmes qui militent ici-bas, il veut avoir, de l'Autel, de l'Eucharistie, un rôle immense dans le Purgatoire. Par l'Eucharistie encore, combien il réjouit le ciel, les bienheureux, les Anges ! Et, abîmé sous les Espèces du pain et du vin, il y est le Roi du ciel, comme de la terre.

d'échanges, de suffrages, d'indulgences... que nous proclamons tous les jours, dans le Credo, sous le mot sublime et ineffablcment riche de : Communion des saints : Credo Communionem sanctorum.

comment, Si j'ai bien conçu cette influence de Jésus sur

dicierà cTau" l'Église, sur les âmes, auprès, au loin, dans très titres, ce l'intime autant et plus que dans l'extérieur : non

litre les en- r ^

traîne; com- seulement, comme nous le méditions en comivxpiication ia mençant, ce titre de Chef ne fait pas tort aux ^d«9pius?eurfe autres, niais il est l'explication la plus profonde de plusieurs.

Roi- Jésus est Roi, mais Roi qui, proclamé exté-

rieurement, par le titre de la Croix, par l'Écriture, par l'Église, aime à prendre les âmes par l'intérieur, par l'amour.

Bon Pasteur. Pasteur dit quelque chose de plus familial que Roi. Et quoi de plus familial que ce doux rayonnement sur chaque âme? Dans le grand silence eucharistique, dans l'apparente inertie du Tabernacle, j'adore une vigilance toujours en éveil, un amour toujours prêt à défendre la plus humble brebis contre les loups du dehors et contre les dangers du dedans. Non seulement le bon Pasteur envoie un ange pour veiller toujours sur elle, mais lui-même il la garde sans la perdre un instant de vue, il fait mieux que de la nourrir par sa grâce continuelle, il la nourrit de sa Chair, de son Sang, de sa Divinité.

Époux... Elle avait bien raison l'âme très sainte et très

L EUCHARISTIE ET L EGLISE

éclairée qui aimait, ô Jésus, à vous nommer son Époux et reconnaissait ne pouvoir faire sans vous un acte de vouloir ni de vie. Même absent de notre Tabernacle ou de notre Autel, vous rayonnez des autres tabernacles et des autres autels, et votre action est partout : excitant, encourageant, consolant l'âme votre épouse, si bien qu'elle vit sans cesse par vous. « Je me permettrai de vous appeler mon Époux, de vous considérer comme mon Époux, de vous embrasser, de vous tenir, de vous aimer comme mon tendre et chaste Époux, puisque sans vous, ô mon Époux chéri, je ne pourrais jouir d'aucune paix. Sans vous je ne puis vivre; sans vous je ne suis rien; sans vous je ne puis, je ne veux être ni vouloir rien *. »

quelques manieres dont jesus-hostie, chef de l'église, influe sur elle

* Sainte Madeleine de

Pazzi :

Œuvres, t. I, p. 385. (Paris,

Palmé).

Nous ne pouvons essayer de dire toutes les Manières d'a-

manières dont Jésus-Hostie influe sur l'Église. Voilà, parmi d'autres mystères entrevus, un mystère dont Dieu s'est réservé le secret. Ces manières dont l'Eucharistie agit sur les âmes sont aussi variées que prodigieuses. Et ses influences sur les corps eux-mêmes sont aussi bien variées. Est-ce que d'abord, de l'Autel et du Taber-

gir sur l'Église très variées et très mystérieuses.

Action de Je-

sus-Hostie sur nacle, Jésus ne regarde pas avec un amour à

gnante' etrÉ- Pai't Ie Souverain Pontife son Vicaire, les Evêques

ghse enseï- qU^ scms juj ej. avec j^ gouvernent son Église?

Est-ce que son action sur eux n'est pas hors de pair? Il nous faut aider son amour à répandre ses trésors, ses grâces sur ces grands favoris du Sacré-Cœur. Notre prière, surtout devant l'Autel, dans la Communion et auprès du Tabernacle, peut être efficace pour obtenir au Père de tous qu'est le Pape, et aux Évéques, nos pères aussi, les effusions les plus abondantes de l'Hostie- Et toute l'Eglise gagne à ces grâces plus riches. L'action de Jésus sur l'Eglise enseignée nous intéresse, non pas davantage — c'est impossible — mais de plus près : action sur les fidèles, sur les prêtres, sur leur parole, sur leurs exemples, sur leurs exhortations, sur leur évangélisation. et leur administration des Sacrements.

Action par les N'allons pas oublier l'action de Jésus-Hostie

Sacrements. x

par les Sacrements : le baptême ne régénère qu'en vue du Sacrement des sacrements, si bien que le baptême en implique le vœu, même sans qu'on y pense.

Baptisé, l'Eucharistie est l'aliment qu'Agar emporte au désert pour nourrir son enfant, enfant aussi de Dieu.

Confirmé, Jésus-Hostie nourrit dans le chrétien la force et le courage contre les persécutions.

Tombé et réconcilié par l'Absolution, il renouvelle et parfait en lui l'union divine.

L EUCHARISTIE ET L ÉGLISE

Initié aux Ordres, Jésus dans l'Eucharistie se fait pour l'Ordonné le centre de la vie, de l'esprit et <lu cœur.

Mariés, il divinise toujours mieux l'union des chrétiens et la bénit pour tous les devoirs.

Engagé dans le danger de mort, Jésus se fait l'adorable Viatique (1) du pèlerin vers le Ciel.

Mais nous devons réfléchir principalement sur les actions spécialement eucharistiques de Jésus- Hostie (2).

Sa plus sublime manière, avec la Communion, d'agir sur nous est la sainte Messe. Il a trouvé le moyen, non seulement de continuer par elle la Cène^et la Croix, mais d'en renouveler sans cesse l'immolation. Si cette immolation se répétait tous les jours une fois, il y aurait là une merveille infiniment sainte et féconde. Mais Jésus s'en va la réitérant des centaines de mille fois par jour (3).

Actions particulièrement

eucharistiques, et qui renouvellent d'une manière plus remarquable des mystères évangéliques.

Action par la Sainte Messe.

(1) C'est sans doute parce que l'Eucharistie est le centre, la source première de la vie, qu'elle est, de l'avis de tous, de précepte dans le danger de mort, tandis que. d'après de graves Théologiens (cf. Marc, De Sacramenlis, nn. 1302, 1883), il n'est pas certain que la Confirmation et l'Extrême-Onction soient, en elles-mêmes et indépendamment des circonstances, obligatoires sous peine de péché grave.

(2) Lire ici des pages très utiles et très belles du P. Faber : Le Suint- Sacrement, t. IT, pp. 381 et s.

(3) 'L'Œuvre des agonisants indique trois cent mille messes quotidiennes célébrées dans toute l'Église. L'abbé Abellard, après des recherches consciencieuses, a conclu au chiffre de 350.000. On peut se procurer son Horloge Eucharistique ■(image et statistique) chez Delaître, Angers.

Pour faire la statistique complète, il faudrait, — en excep-

172 l'euchafjstie intime

Et s'il la multiplie ainsi, ce n'est pas que son action fût plus faible à distance, mais c'est par condescendance pour notre faiblesse qui s'intéresse, d'ordinaire, plus facilement aux choses prochaines. C'est par amour pour nous, car il met ses délices à agir de plus près sur nous comme à demeurer avec nous. Et nous-mêmes, plus nous l'avons près de nous, plus aisément nous nous unissons à lui. L'Amour nous donne ainsi, réellement présent et réellement immolé, Jésus-Hostie, afin qu'il acquitte pour nous et avec nous nos quatre dettes .infinies envers le Père : adorer, remercier, réparer, supplier.

Action par la La Cène sera continuée par des communions

Communion : 1 1 1 t

là il nous don- Pms nombreuses encore que les messes. JLe no d'agir, Sacrifice est plutôt un acte de Jésus, la Com-

nous-meme, r

de la plus munion est davantage un acte de nous. Et,

prodigieuse , , . n, c

manière. nous ne saurions honorer plus notre Lnei que par cet acte. Non seulement ici il agit sur nous, mais il nous donne d'agir nous-mêmes, par lui, de la plus prodigieuse manière en son honneur. Si pour les comparer à l'acte de communier, « nous allions recueillir tous les actes "humains

tant les Anglicans chez qui l'invalidité des ordinations ne fait plus de doute, depuis la décision fameuse de Léon XIII, — compter un nombre très considérable de messes célébrées chaque jour par des schismatiques et même par des hérétiques : nommons les Russes schismatiques et les Grecs non réunis à Rome... Ces messes valides doivent être ajoutées à celles qui se disent chaque jour chez les Catholiques d'Europe, du Nouveau Monde — autant et plus peut-être de l'Amérique méridionale que du nord, — et dans le monde entier.

L EUCHARISTIE ET L ÉGLISE 173

qui ont jamais été accomplis dans le monde, si nous les résumions en un seul qui renfermerait tout ce qu'il y a de noble, de généreux, d'héroïque, d'aimable et de touchant .dans chacun d'eux et que nous les rapprochions ensuite de l'acte qu'un homme accomplit en recevant la sainte Communion, ce serait mokis que rien, l'ombre d'une ombre *. » * P. \.XBFlu

Combien l'âme délicate peut être touchée de lbld" p- 38f" cette pensée! La Communion, source immense de bien pour moi, fait plaisir à Dieu et l'honore plus que toute action possible de la créature; elle consiste à recevoir un Dieu, l'Infini. Si la vision béatifique participe de l'infini, parce que son objet est l'Infini en personne, la Communion, à cet égard, sauf la vue, ne lui ressemble-t-elle pas? Car elle se termine directement à l'Infini que nous recevons aussi réellement, aussi véritablement, aussi substantiellement, en même temps que son Corps et son Sang. Et quand je pense, ô Jésus-Hostie, que votre action se proportionne à votre personne : tel être, telle action, et que c'est nous seuls qui, par nos infirmités et nos lâchetés, empêchons ou gênons les effusions de cette Source infinie!

Par la Messe et la Communion, Jésus-Hostie Action par le veut perpétuer particulièrement la Cène et la Croix. Il nous prie, en instituant la Messe, de renouveler le mystère de la Cène. Ce n'est que sous forme de désir qu'il nous en donne l'ordre.

Tabernacle.

Mais c'est un ordre. Ce désir et cet ordre seront respectés avec amour, tous les jours, jusqu'à la fin des siècles. Cependant la Cène a été transitoire, l'acte de consécration qu'il y accomplit est essentiellement passager. Et il entend que son séjour sur la terre soit sans intermittence. Voilà ce que veut son Cœur, ce que le cœur humain lui demande avec les disciples : Mane nobiscum, Domine! Comment perpétuera-t-il ce mystère de demeurer parmi nous? Grâce au Tabernacle, Jésus est sans cesse avec nous, et mille et mille endroits le possèdent à demeure, aussi réellement que Bethléem aux jours de la Nativité ou de l'Epiphanie, ou Nazareth pendant près de trente ans.

* Jésus intime, Nous avons dit ailleurs * comment nous 'i^'éditit»09' Pouvons5 devant lui, jouir de notre bonheur : c'est notre Docteur, notre Prophète, notre Dieu, notre Père, notre Frère, notre Pasteur, qui emploie toute sa puissance et sa vie pour agir sur nous comme le Chef sur les membres. Mais ne veut-il pas le contact pour que sa puissance s'applique ainsi à nous? Oui, et il désire sans cesse le contact du cœur. Ce contact dépend de nous. Il est possible, même de loin, à tout moment.

Comme nous devons aimer surtout à le pratiquer, ce contact du cœur, dans la visite au Saint Sacrement!

Contact de l'intelligence, par la foi : oui, et d'autant plus sérieux que l'autre en relève; oui,

[/EUCHARISTIE ET L'ÉGLISE 175

étudier Jésus dans le Tabernacle; mais pour l'aimer, pour l'aimer d'un amour qui adore, loue, bénit, s'abandonne, se sacrifie, interroge, écoute, parle, veut servir.

Tous les bons et saints mouvements du cœur doivent ici se donner carrière, car nous avons le Bien éternel en personne, infiniment aimant, tout près de nous, par tout son être : de Corps et de Sang, d'Ame et de Divinité.

Heureuses les âmes qui possèdent Jésus sous le même toit qu'elles, et qui savent apprécier leur bonheur, et qui sentent un vrai malaise à vivre dans d'autres conditions! « Le mouvement fébrile qu'on ressent le Vendredi Saint s'empare de leur esprit lorsqu'elles se trouvent dans une maison où l'on ne garde pas le Saint Sacrement *. » — « C'est, ô Jésus, que si vous êtes là, * p. faber, tout est bien. Tout est mal quand vous êtes ,bld" p" 389# absent *. » * imit.. i. n,

Un mystère, particulièrement touchant, qui Aclion ' la fait songer à des merveilles d'un ordre à part, Bénédiction, et qui en opère, nous est rapporté dans l'Évangile, plusieurs fois : Jésus bénit avec tendresse les enfants que lui amènent leurs mères. Nous le voyons aussi bénir ses disciples au moment de s'élever au ciel. Enfin, il nous prédit lui-même qu'au dernier jour du monde il bénira les élus. « Venez, les bénis! » Ce sont là des mystères qui saisissent le cœur;"et l'Eucharistie va les renouveler ou s'en faire le gage.

170 L'eUCHABISTTE INTIME

Comme si l'heure vous tardait, ô Jésus, du sacrifice que vous renouvellerez demain dès l'aurore, vous aimez à célébrer toujours quelque part le sacrifice du soir. Et l'Église entre dans les désirs de votre Cœur par les Bénédictions du Saint Sacrement.

Donnez-nous d'y apporter la simplicité, la joie naïve, l'innocence retrouvée, à l'exemple, si difficilement Imitable, des enfants. Par cette Bénédiction qui nous est très précieuse -et très douce, répandez sur nous les grâces que vous répandiez sur ces petits, et aussi sur vos Apôtres en quittant la terre. Et un jour accordez-nous la bénédiction suprême : « Venez, les bénis de mon Père! Possédez le Royaume qui vous a été préparé depuis l'origine du monde *. » Accordez-la moi, cette bénédiction, pour l'éternité, et à bien des âmes qui me sont chères.

Action par les H est encore un mystère évangélique particulièrement reproduit par l'Eucharistie, et qui nous met plus vivement sous l'influence et le charme de Jésus.

Toute la vie de Notre-Seigneur, du moins sa vie apostolique, a été comme une procession pendant laquelle il semait les grâces qui sanctifient et les miracles qui guérissent.

Est-ce que la fuite en Egypte n'était pas une procession, modeste par le nombre et pourtant belle au suprême degré, et combien féconde pour l'Egypte?

Matth. xxv,

Processions.

Page 1