‹ L'EucharistieChapitre 3 sur 32 · AU CENACLE; LES PREPARATIFS DE LA PAQUE, VRAIE FIGURE DE L'EU · texte numérisé non relu

AU CENACLE; LES PREPARATIFS DE LA PAQUE, VRAIE FIGURE DE L'EU

charistie; ce qu'elle signifie.

QUITTONS l'exil, ET RETOURNONS A LA MAISON PATERNELLE.

Aa premier jour des azymes, à la fin duquel il fallait immoler Tagneau pascal, les disciples viiu^ent à Jésus ; et comme ils savaient combien il était exact à toutes les observances de la loi, ils lui demandèrent où il voulait qu'on lui préparât la pâque.

Et Jésus leur dit : Allez à la ville, à un certain homme. Les évangélistes ne le nomment pas; et Jésus même, sans le nommer à ses disciples, leur donna seulement des marques certaines pour le trouver. — « Allez, dit-il, à la ville. En y entrant, vous y rencontrerez un homme portant une cruche d'eau : vous le suivrez, et entrant dans la maison où il ira, vous direz au maître : Où est le lieu où je dois manger avec mes disciples? et il vous montrera une grande salle tapissée; préparez-nous-y tout ce qu'il faudra (i). »

Saint Marc nous apprend qu'il donna cet ordre à deux de ses disciples ; et saint Luc nomme saint Pierre et saint Jean.

(1) Évangile, passim.

Voici quelque chose de grand qui se prépare et quelque chose de plus grand que lapàque or* dinaire, puisqu'il envoie les deux plus considérables de ses apôtres, saint Pierre qu'il avait mis à leur tête, et saint Jean qu'il honorait de son amitié particulière. Les Ëvangélistes ne marquent point que ce fût son ordinaire d'en user ainsi aux autres pftques, ni aussi qu'il eût accoutumé de choisir un lieu où il y eût une grande salle tapissée. Aussi les saints Pères ont-ils remarcjué que cet appareil regardait l'institution de l'eucharistie. Jésus- Christ voulait nous faire voir avec quel soin il fallait que fussent décorés les lieux consacrés à la célébration de ce mystère. Il n'y a que dans cette circonstance, où il semble n'a-

voir pas voala paraître pauvre.

Les chrétiens ont appris par cet exemple tout l'appareil qu'on voit paraître, dès les premiers temps, pour célébrer avec honneur Teucharistie, selon les facultés des églises.

Mais ce qu'ils doivent apprendre principalement, c'est à se préparer eux-mêmes à la bien recevoir, c'est-à-dire à lui préparer, comme une grande salle, un cœur dilaté par l'amour de Dieu, et capable des plus grandes choses, avec tous les ornements de la gr&ce et des vertus, qui sont représentés par cette tapisserie dont la salle était parée. Préparons tout à Jésus qui vient à nous; que tout soit digne de le revoir.

Voilà donc tout disposé. Le grand cénacle tapissé est prêt ; on y attend le Sauveur. Voyons

maintenant les grands spectacles qu'il va donner à ses fidèles. Contemplons, croyons, profitons ; ouvrons le cœur plutôt que les yeux.

« Devant le jour de Pftque, Jésus sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens, qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin (i). »

On sait que le mot de pftque signifie passage. Une des raisons de ce nom, qui est aussi celle que saint Jean regarde en ce lieu, c'est que la fête de Pftque fut instituée lorsque l'ancien peuple devait sortir de l'Egypte, pour passer à la terre promise à leurs pères ; ce qui était la figure du passage que

(1) Jean, xiii, 1.

Père, que vous avez voulu qui fût le mien. Le monde passe, dit votre apôtre ; la iigure de ce monde passe; mais je ne veux point passer avec le monde, je veux passer à votre Père. C'est le voyage que j'ai à faire, je veux le faire avec vous. Dans l'ancienne pâque, les Juifs qui devaient sortir de l'É^ypte, pour passer à la terre promise, devaient paraître en habit de voyageurs, le bâton à la main, une ceinture sur les reins, afin de relever leurs habits, leurs souliers mis à leurs pieds, toujours prêts à aller et à partir; et ils devaient se dépêcher de manger la pâque, afin que rien ne les retînt, et qu'ils se tinssent prêts à marcher à chaque moment. C'est la ligure de l'état où se doit mettre le chrétien pour faire sa

pàque avec Jésus-Clirist, pour passer à son Père avec lui. O mon Sauveur! recevez votre voyageur, me voilà prêt, je ne tiens à rien ; je veux passer avec vous de ce monde à votre Père.

D'où me vient ce regret de passer? Quoi je suis encore attaché à cette vie? Quelle erreur me retient dans ce lieu d'exil? Vous allez passer, mon Sauveur I et, résolu que j'étais de passer avec vous, quand on me dit que c'est tout de bon qu'il faut passer, je me trouble, je ne puis supporter ni entendre cette parole. Lâche voyageur! que crains-tu ? Le passage que tu vas faire, est celui que le Sauveur va faire aussi dans notre évangile : craindrastu de passer avec lui ? Mais écoute : Jésus sachant que son heure était venue de passer de

ce monde. Qu'y a-t-il de si aimable dans ce monde, que tu ne veuilles point le quitter avec le Sauveur Jésus? Le quitteraitil, s'il était bon d'y demeurer ?

Mais écoute, encore un coup, chrétien : Jésus passe de ce monde pour aller à son Père.

S'il fallait seulement sortir du monde, sans aller à quelque chose de mieux, quoique ce monde soit peu de chose, et qu'on ne perdit pas beaucoup en le perdant, on pourrait y avoir regret, parce qu'eniin on n'aurait rien de meilleur. Mais, chrétien^ ce n'est pas ainsi que tu dois passer. Jésus passe de ce monde, mais pour aller à son Père. Chrétien, qui dois aller avec lui, tu passes à un père; le lieu d'où tu sors est un exil ; tu retourneras à la maison paternelle.

vous, avant de soufTrîr »; ce qui fut suivi de Tinstitution de l'Eucharistie ; et cette institution, et ce grand désir qu'il nous témoigne en ce lieu, de faire avec nous cette p&que, avant de souffrir, fait partie de l'amour immense dont Jésus, « qui avait toujours aimé les siens, les aima, comme dit saint Jean, jusqu'à la (in. »

Pour donc entrer dans son dessein, et dans des dispositions convenables aux siennes, souvenons-nous que la pâque, la sainte victime d'où devait sortir le sang de la délivrance, devait, comme beaucoup d'autres victimes de l'ancienne alliance, non seulement être immolée, mais encore mangée, et que Jésus-Christ voulut se donner ce caractère de victime en nous donnant à manger à

perpétuité ce même corps, qui devait être une seule fois offert pour nous à la mort; c'est pourquoi il disait : J'ai désiré avec ardeur de manger avec vous cette pftque avant de mourir. Ce n'était paslapAque légale, qui allait fînir, que Jésus-Christ désirait avec tant d'ardeur de manger avec ses disciples : il l'avait souvent célébrée et mangée avec eux, et une autre p&que faisait ici l'objet de son désir. Et c'est pourquoi quand il dit : J'ai désiré avec ardeur de manger avec vous cette pAque, la pftque de la nouvelle alliance, c'est de même que s'il disait: J'ai désiré d'être moi-même votre p&que, d'être l'agneau immolé pour vous, la victime de votre délivrance ; et, par la même raison que j'ai désiré d'être une vie-

lime véritablement immolée, j'ai désiré aussi d'être une victime véritablement mangée, ce qu'il accomplit par ces paroles : «Prenez, mangez: ceci est mon corps donné pour vous » :

c'est la pàque d'où doit sortir le sang de votre délivrance.

Vous sortirez de l'Egypte, et vous serez libres aussitôt après que ce sang aura été versé pour vous ; il ne vous restera plus qu'à manger, à l'exemple de l'ancien peuple, la victime d'où il est sorti. C'est ce que vous accomplirez dans l'eucharistie que je vous laisse en mourant, pour être éternellement célébrée après ma mort.

Manger les chairs de l'agneau pascal, était aux Israélites un gage sacré qu'il avait été immolé pour eux. La manduca<^ tion de la victime était une

manière d'y participer; et c'était en celte sorte qu'on participait aux sacrifices paciûques, ou d'action de grâces, comme il est marqué dans la loi. Saint Paul dit aussi que <( les Israélites qui mangeaient la victime par là étaient rendus participants de l'autel et du sacrifice, et s'unissaient mêfne à Dieu à qui il était offert; de même que ceux qui mangeaient les victimes offertes aux démons entraient en société avec eux. »

Si donc Jésus est notre victime, s'il est notre pâque, il doit avoir ces deux caractères : l'un d'être immolé pour nous à la croix, l'autre d'être mangé à la sainte table comme la victime de notre salut. Et c'est ce qu'il désirait, avec tant d'ardeur, d'accomplir avec ses disciples.

L'un et l'autre caractère devait

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