‹ L'Éugénétique: Ses Rapports avec la PsychiatrieChapitre 10 sur 30 · FOLIES · texte numérisé non relu

FOLIES

ces deux noms. Mais, tandis qne la vie et les œuvres de Galton sont le trait d'union entre le grand transformiste et nous, l'œuvre de Mendel, élaborée à part, est venue, à l'heure actuelle, se superposer aux premières, sans être sortie des idées darwiniennes. Nous étudierons successivement l'une et l’autre.

Le Mendelisme

Vers le milieu du xix° siècle, vivait aux environs de Brunn, en Autriche, un moine augustin du nom de Gregor Mendel. Ses longues promenades dans le jardin du couvent et ses connaissances étendues en botanique ‘le poussèrent à quelques expériences qui furent le début de ses recherches et qui devinrent un véritable monument dans l’histoire de la biologie. En 1865, étant sous-directeur du jardin botanique de sa ville, il publia un travail qui passa inaperçu; et c’est seulement il y a dix ans qu'il fut exhumé par deux botanistes, Tchermak et Correns.

Voici l'expérience fondamentale : |

On prend deux variétés pois (Pisum sativum), l'un à grains verts, l’autre à grains jaunes, de race bien pure. Le pois étant hermapbrodite on féconde artificiellement une fleur de la variété verte avec des étamines de la variété jaune. A la première génération on obtient des pois tous semblables et ils sont de la variété jaune. Aux généralions suivantes, bien que l’on n'intervienne plus, on obtient trois quarts de pois jaunes et un quart de pois verts. A la troisième génération, les pois verts obtenus à la seconde donneront des pois verts et uniquement des pois verts; tandis que les pois jaunes issus de cette même seconde génération continueront de donner trois quarts de pois jaunes et un quart de pois verts. Si on croise les hybrides jaunes avec des pois verts purs on aura la moitié de pois verts, la moitié de pois jaunes, soit 50 */, de chaque nuance.

Telles sont les proportions mendeliennes. Le jaune, couleur qui impose son caractère est dit dominant, le vert qui subit l'influence est dit dominé ou récessif.

Mendel pensait à l'existence dans les cellules sexuelles de

None

déterminants auxquels étaient liées les différentes qualités de l'individu et chaque élément reproducteur n'aurait compris que l’un d’entre eux. Weismann a modilié cette théorie en divisant l'être en deux parties, le soma et le germen. Celui-ci provient du plasma ancestral et résume les caractères généraux de la race. C’est lui qui contient les déterminants. Par la fécondation, il y a mélange des germens maternels et paternels et de leurs déterminants. De là résultera le plasma germinatif nouveau qui déterminera le caractère du nouvel individu. Les cellules sexuelles sont donc le support de l'hérédité.

Celle loi de Mendel trouve son application dans le règne animal, mais d’une façon plus irrégulière, il faut avoir des races très pures. C’est en 1907 que Cuénot tenta quelques expériences qui aboutirent aux résultats suivants :

En accouplant une souris blanche et une souris grise, on obtient d'abord une première génération de souris grises. Celles-ci, croisées entre elles, donneront trois quarts de souris grises et un quart de souris blanches, dans les mêmes proportions, par conséquent, que le Pisum sativum. lei le caractère dominant est la couleur grise; le caractère récessif, la couleur blanche.

De même que dans l'exemple des pois, une souris blanche pure unie avec une hybride grise donnera 50 °/, de chaque couleur.

Les mêmes expériences ont été faites avecles souris valseuses du Japon, où la tare de la souris valseuse constitue le caractère récessif.

Nous donnons ci-contre un schéma de ce mode de transmission. Les figures noires désignent les individus à caractère dominant, les figures blanches, ceux à caractères récessifs. Les figures pänachées représentant les hybrides. Si nous convenons de désigner D le caractère dominant, R le caractère récessif, on peut écrire :

1° génération : DD X RR = DR + DR + DR + DR 2° génération: DR SNDR =DDE EDR EE DRENRR 3 génération : DR X RR = DR + DR + RR + RR

& Caractère dominant, en) Caractère récessif.

; fe Hybride.

Schéma mettant en évidence les lois de Mendel (D'après Rüdin).

Ces lois s’appliquent-elles à l’homme? C’est ce que nous étudierons ultérieurement.

Galton

Si les qualités et les perfectionnements d’une race sont transmis aux descendants, il en est de même des caractères morbi4 des el des défauts. C’est: pourquoi les longues recherches de Galton lui avaient appris le danger de la libre multiplication des déchets humains qui entrainent de plus en plus l'apparition d'un grand nombre de tarés, par une sorte de sélection à rebours. Et il conçut le projet, par la limitation de ces déchets, de régénérer la race: « Je veux montrer que les facultés naturelles de l’homme sont acquises par l'hérédité, exactement dans les mêmes limites que la forme et les caractères physiques du monde organique. Si, malgré ces limites, il est facile par une sélection soignée d'obtenir une race de chiens, de chevaux d’une rapidité spéciale, il devrait être possible, au moyen de mariages bien sélectionnés pendant plusieurs généralions, de créer une race d'hommes supérieurs. Je montrerai que les Facteurs sociaux agissent d'une façon journalière sur la nature humaine, les uns pour la faire régresser, les autres pour l'améliorer ; et que chaque génération exerce sur les aptitudes nalurelles de celles qui la suivent une influence énorme et que c'est

probe

notre devoir envers l'humanité d'en rechercher l'étendue » (Hereditary genius, 1869).

Mais pour pouvoir comparer entre eux les divers membres d'une lignée, pour pouvoir saisir les relations physiques et mentales qui les unissent et en indiquer des applications eugéniques pratiques, il fallait une méthode de comparaison, et mentale et physique. Galton combla le vide et en élabora deux, l'un pour l'observation intellectuelle, qui est l'observation des points de mérite, l’autre pour l'observation physique, la photographie composée. Celle-ci se compose de deux photographies à la même échelle, on les superpose l’une sur l’autre. On peut alors évaluer numériquement les ressemblances en comparant certaines lignes types: profil, direction du nez, saillie du front ou du menton. -

Des recherches qu'il fit par ces procédés et des statistiques nombreuses qu'il a confrontées, il a pu établir un certain nombre de faits qu’il a énoncés sous le nom de lois de l'Eugénétique et dont la plupart portent son nom.

Première loi.— Les unions mixtes ramènent constamment le type à sa forme la moins différenciée.

Deuxième loi.— Des caractères nouveaux, tels que l’hérédotuberculose, l’hérédo-syphilis, lhérédo-arthritisme, tendent à se retrouver chez un nombre croissant d'individus.

Troisième loi.— Plus les ivdividus se perfectionnent, plus se multiplient pour eux les causes de destruction.

Quatrième loi. — Des compensalions s’établissent entre les éléments supérieurs et les éléments inférieurs de la lignée ou de la race pour réaliser une moyenne.

Cinquième loi. — Quoiqu'un enfant puisse être considéré comme formé d'une moitié par sa mère et d’une autre moitié par son père, il peut avoir des caractères qu'aucun de ses parents ne possédaient, mais qu'il tenait d'un ancètre plus ou moins éloigné (loi du retour ancestral).

Gallon, en se demandant dans quelles proportions les enfants ressemblaient aux parents, est arrivé à mesurer numériquement ce rapport ct il a trouvé que le coeflicient de ressem-

AE

blance diminue suivant une progression géométrique dont la raison est 1/2. Cela revient à dire que l'enfant possède la moitié de ses caractères provenant de ses parents, l’autre moitié lui est personnelle. Le petit-fils n'a vis-à-vis de ses grandsparents que 1/4 (un quart) de leurs caractères, les trois autres quarts lui sont personnels. L'arrière-petit-fils n’a que 1/8 (un huitième) des caractères de son bisaïeul: ces chiffres sont d'ailleurs un peu trop forts: Pearson au lieu de 0,5, 0,25, 0,125, coefficients de Galton, donne successivement 0,624 pour la première génération, ce qui est plus fort que Galton, mais 0,198 pour la deuxième, ce qui éloigne bien davantage le petitfils de son grand-père que ne l'avait fait Galton. A la troisième génération on obtient: 0,0630. Et ce faible coefficient suffit par sa constance à provoquer à la troisième ou quatrième génération un retour ancestral.

Telle fut l’œuvre de Gallon. Depuis, ses disciples se sont répandus dans le monde entier porter la bonne parole, la nou-

velle religion de la régénération de l'Homme.

Page 1