AVANT DARWIN
L'idée de l'Eugénétique n’est pas nouvelle, et nos contemporains n'out fait que vivilier une idée antique.
Trois siècles avant Jésus-Christ, Platon écrivait dans sa Æépublique : « L'Etat seul doit régler les unions, non pas suivant la volonté des parlies, mais exclusivement suivant les intérêts de la nation. Il appartient aux magistrats de choisir les hommes les plus braves, les femmes les plus belles, afin d'obtenir des produits d'élite que la République devra élever en se substituant à leurs parents naturels ». N'est-ce pas là toute l'application eugénique, et dans ses deux parties : la procréation, l’éducation ? Tout le programme du Congrès de Londres tient dans ces lignes.
Ce n’était pas en Grèce seulement que l'antiquité avait déjà la notion de l’'Eugénétique, nous trouvons dans la Chronique médicale un extrait d'un livre de M. Peladan. L'auteur ne précise pas le nom d’un peuple, peut-être même n'a-t-il existé que dans son imagination; en tout cas, sans en faire de commentaire, nous transcrivons ce curieux morceau : « La procréation devrait être un sacrement; en tous cas, c’est l'acte le plus solennel que l’homme puisse accomplir... Des races plus réfléchies que
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la nôtre ne confondirent pas le mystère de la génération avec l'acte concupiscentiel (sic); et pour être bien précis, ils ne faisaient pas l'amour et l'enfant en même temps. Dès que le dessein d’engendrer était arrêté entre le père et la mère, ils cessaient un moment d’être époux. Une trève amoureuse commençait et en même temps une sorte de retraile analogue à celle du catholicisme. Ils allaient présenter leur dessein aux ceux, les priaient et se faisaient purifier par les pontifes, qu'ils interrogeaient sur la date favorable. Dès qu’elle était fixée, ils s’écartaient l’un de l’autre tout à leurs vœux. S'ils voulaient avoir un fils, ils savaient que le rite devait avoir lieu le jour, et aussi que la femme devait devancer l'époux au rythme sexuel. À ce moment, le lit était un autel et l'étreinte une cérémonie, il ne s’y mêlait aucune lascivité. L’époux pontifiait, n'ayant en sa pensée que son office de régénérateur de la vie » (Science de l'amour).
Avec la disparition de la société antique sous les ruines des invasions barbares, toute idée générale d’eugénèse s’évanouit et l’hérédité, quoiqu'admise par le moyen âge, était entourée
d’un mystère impénétrable dont on croyait le processus influencé par des manifestations surnaturelles. Et comme la parole de l’Ecclésiaste : «.. les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants en ont été agacées ». L’obscurité régnait encore pendant la Renaissance et Montaigne rangeait les questions relatives à l'hérédité parmi les « estrangetés si incompréhensibles qu’elles surpassent toute la difficulté des miracles. »
Il faut venir au xvur° siècle avec Lamarck, et jusqu'à nos jours avec Darwin, pour voir surgir de nouveau du chaos les idées antiques. Avec ce dernier ia question fit un pas de géant el non seulement cet homme de génie découvrit les grandes lois qui régissent l'hérédité, mais encore il en entrevit les appli: calions à l'Eugénétique future : « L'homme étudie avec attention le caractère et la généalogie de ses chevaux, de son bétail, de ses chiens avant de les accoupler, précaution qu'il ne prend que rarement, ou jamais, quand il s’agit de son propre mariage. Il est poussé au mariage à peu près par les mêmes motifs que ceux qui agissent sur les êtres inférieurs quand ils ont le
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choix libre; et pourtant il leur est très supérieur par sa haute apprécialion des charmes de l'esprit et de la vertu. La sélection lui permeltrail cependant de faire quelque chose de favorable, non seulement pour la constitution physique de ses enfants, mais aussi pour leurs qualités intellectuelles et morales. Les deux sexes devraient s’'interdire le mariage lorsqu'ils se trouvent dans un état trop marqué d’infériorilé de corps ou d’esprit » {Descendance de l'homme).