‹ L'Éugénétique: Ses Rapports avec la PsychiatrieChapitre 8 sur 30 · DARWIN · texte numérisé non relu

DARWIN

Les idées de Darwin constituent une conception nette de l’Eugénétique future qui éclate dans les lignes précédentes. C'est de ses études sur l'hérédité que sont sorties -les lois de Gallon. Elles ont permis le développement de la nouvelle science et sans elles tout idée eugénétique eùt été impossible, faute d'avoir une base solide. Si, au lieu de suivre à travers les âges, comme maintenant, le mouvement des idées d’eugénèse, nous voulions suivre purement et simplement l’apparilion chronologique des publications à ce sujet, nous devrions mentionner Mendel tout de suite après Darwin. On sait l'importance de jour en jour plus grande que prend le mendelisme en biologie. Mais si les lois de Mendel datent de 1860, le mendelisme ne date que du vingtième siècle. Les œuvres de cet auteur, oubliées dès leur apparilion, ne reparurent qu'en 1904, exhumées par des chercheurs. Les idées émises par lui furent aussitôt appliquées à l’eugénétique et à l'heure actuelle sont prépondérantes quoique violemment discutées. Mais leur influence est toute récente et elles sont nouvelles venues en eügénèse. Quoique l'Eugénétique datât d'hier, cette science avail progressé vile, et, si actuellement elle bénélicie dans une large mesure du mendelisme, il n'en est pas moins vrai qu'elle est sortie presque tout armée des lois de Darwin. C'est pourquoi nous avons donné à celui-ci la place d'honneur dans notre exposé, priorité qui lui est bien due, el par son ancienneté et par l'importance de ses idées.

op

Nous allons donc exposer ci-dessous les résultats des études de Darwin d’où sont sorties nos conceptions modernes, puis les lois de Mendel et ce qu’elles ont ajouté aux premiers.

Phénomènes d’hérédité dont l'Eugénétique est sortie. Lois génétiques

Lois de l'hérédité directe et immédiate. — Les ascendants ont une tendance à transmettre à leurs descendants leurs caractères généraux ou individuels acquis.

Il y a seulement tendance et non transmission, sans quoi le nouvel être serait identique. à son procréateur. La théorie de Weismann, dont nous parlerons plus loin, faisant du plasma germinatif une chose immuable, ne tient pas compte des caractères acquis; cependant, si leur transmission n'existait pas, il n’y aurait pas d’hérédité pathologique. Les malformations acquises pendant la vie extra-utérine ne se transmettent pas; tout le monde connaît le cas des juifs qui naissent toujours avec un prépuce, en dépit des circoncisions. De même la section d'un membre par une bride amniotique n'aura aucune influence sur la descendance de l'individu futur. En somme, toute malformation d’origine traumatique est intransmissible. Il n’y a pas que les caractères somatiques ou intellectuels qui sont transmis d’une génération à une autre. Il peut y avoir transmission d’une sorte de sensibilité aux événements extérieurs (Cassaët). Certains individus tiennent de leurs parents une aptitude plus grande à périr de mort violente. Ainsi la famille impériale d'Autriche n’est pas loin de constituer un exemple de familles à catastrophes.

Les caractères des parents peuvent se retrouver translormés dans le rejeton et la loi de l’hérédité directe peut être modifiée par les circonstances de l'acte de la génération. Les pays du Nord désignent sous le nom d'enfants du dimanche des avortons dont la procréation, malgré la santé des parents, a été accomplie dans. l'ivresse. On connait la nervosité des « enfants du siècle » conçus entre deux batailles. Enfin, « d’après le dicton populaire, les enfants de l'amour sont plus beaux que les autres

m0 Ÿ PET

et les bâtards souvent supérieurs aux enfants légitimes, tel fut le cas de Vendôme. »

Loi de prépondérance dans la transmission des caractères. — La transmission peut être directe de mâle à mâle, de femelle à femelle ; ou croisée : de mâle à femelle ou vice versa. Dans quel cas chacun de ces deux modes a-t-il lieu? En général, il y a prépondérance de celui des deux parents qui est le plus jeune et le plus vigoureux : les enfants d'un homme âgé et d’une femme jeune ressembleront beaucoup à leur mère, et réciproquement. Quant à l'hérédité du sexe, on a tout dit et rien établi. Dans certains cas, la faculté de transmission est localisée à un seul sexe et il est curieux de constater que dans l’hémophilie les sujets frappés sont les hommes et les véhicules de transmission les femmes. Les enfants mâles d’une famille peuvent être hémophiliques et pas leurs sœurs, ce seront cependant les enfants de celle-ci qui seront atteints, les mâles seulement et non les fils directs des malades.

Lois de l'atavisme ou hérédité en retour. — Les caractères ancestraux peuvent sauter une ou plusieurs générations. Les lois de Mendel, par les croisements d'hybrides, ont jeté depuis la lumière sur ces faits jusqu'alors mystérieux.

Loi de l'homochronie. — C’est l'apparition des mêmes caractères ou des mêmes dispositions à la même période d'évolution qu'ils sont apparus chez les parents. Cette loi s'applique à la pathologie, et tel fils se suicidera au même âge que son père.

Loi d'influence ou d'imprégnation. — Le premier enfant d'une femelle et possédant certains caractères de son père réagit sur sa mère d’une telle façon que celle-ci en est comme - imprégnée et que, dans une certaine mesure, elle communiquera à des enfants issus d’un autre père un peu des caractères du premier. Des faits de ce genre sont connus depuis longtemps dans la série animale par les éleveurs. On sait qu'une jument croisée avec un âne aura, même croisée avec un étalon dans la suite, des poulains rappelant le mulet. Chez l'homme, il ne manque pas d'exemples de cette imprégnation et le duc du Maine, fils de Louis XIV et de M”° de Montespan, avait l'esprit gascon du mari de la favorite.

Page 1