‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 10 sur 112 · LA RÉPONSE TURQUE AUX GRANDES PUISSANCES · texte numérisé non relu

LA RÉPONSE TURQUE AUX GRANDES PUISSANCES

31 janvier 1913.

La réponse turque à la note collective des puissances du 17 janvier a été enfin remise hier au doyen du corps diplomatique accrédité à Constantinople. On y reconnaît immédiatement l'extrême embarras du Cabinet révolutionnaire* Le nouveau ministre des affaires étrangères, prince égyptien très connu à Péra par son extrême amabilité, mais qu'aucune aptitude ou préparation spéciale ne semblait désigner pour la direction de la politique extérieure de l'empire, s'est certainement approprié quelques-uns des paragraphes du projet de réponse rédigé par Gabriel Effendi Noradounghian. Il s'est contenté d'intercaler les modifications nécessitées par le fait que le prétexte du coup d'État du 23 janvier était l'indignation populaire contre la cession d'Andrinople. Mais il n'a pu cacher la contradiction entre le désir manifeste d'empêcher la continuation d'une guerre sans espoir et celui de satisfaire, au moins en apparence, les exaltés.

La solution que Mahmoud Chevket Pacha et le prince Saïd Halim proposent pour la question d'Andrinople est bizarre. Le partage de cette ville en deux morceaux répond à une conception puérile. Comment, alors qu'il s'agit d'établir entre la Turquie et la Bulgarie de nouveaux rapports fondés sur une confiance réciproque et assurant une paix durable, songerait-on sérieusement à dresser face à face, séparées par un cours d'eau de faible largeur, les deux moitiés d'une grande ville où les intérêts les plus divers se mêlent étroitement ? Si l'on voulait ménager de nouvelles chances de conflits, on ne procéderait pas autrement. Et comment, d'autre part, cède-t-on une moitié d'Andrinople

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alors qu'on vient de jurer sur le cadaYre de Nazim Pacha que jamais, à aucun prix, on n'abandonnerait la seconde capitale de l'empire? A ces questions il est une [réponse, les conspirateurs ont mal exécuté leur coup. Leur intention n'était point de prévenir la cession d'Andrinople, ni la remise de la note préparée par le Cabinet Kiamil. Au contraire, ils comptaient saisir l'occasion de cette prétendue défaillance pour renverser le gouvernement, justifier leur coup de force par l'indignation publique, opposer ensuite aux réclamations de l'opinion surexcitée par eux les faits accomplis sans leur participation, se conformer aux engagements souscrits par leurs prédécesseurs, et exercer le pouvoir pour leur parti sans plus être embarrassés par les négociations. Un obstacle et une erreur de fait ont contrecarré le succès de cette combinaison. Tandis que les gens de l'Union et Progrès nourrissaient ces arrière-pensées, Enver Bey jouait franc jeu. Il a voulu précipiter le mouvement et le coup a été exécuté avant le moment prévu par les meneurs du comité. Malgré ce contre-temps, ceux-ci croyaient avoir pris leurs précautions. En eflfet, le matin du 23 janvier, ils étaient persuadés que la note responsive avait été définitivement approuvée par le Conseil des ministres et qu'elle avait été remise au marquis Pallavicini ou qu'elle allait l'être dans les premières heures de l'aprèsmidi. C'est pourquoi Talaat Bey avait arrêté ses dispositions pour que le coup, exécuté vers deux heures et demie de l'après-midi, ne fût connu que très tard dans la soirée. Un retard dans la rédaction de la note responsive déjoua ce calcul et le nouveau Cabinet se trouva forcé d'assumer des responsabilités qu'il comptait bien ne pas endosser.

Telle est l'explication véridique des contradictions de la note responsive remise hier au marquis Pallavicini. Les

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puissances et les alliés balkaniques s'en inspireront pour régler leur conduite d'ici à lundi soir.

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