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A LA CONFERENCE DE BUCAREST. — LES QUESTIONS SECONDAIRES

8 août 1913.

La conférence de Bucarest n'a pas encore achevé ses travaux. Après la conclusion de l'accord territorial, il a fallu discuter les questions secondaires, et souvent ce ne sont pas les plus faciles à régler. On s'est entendu sans difficulté sur la transformation de la suspension d'armes en véritable armistice jusqu'à la ratification du traité définitif. Il semble qu'on 'se soit également entendu sur les indemnités, chaque pays devant payer les dommages dont il sera reconnu responsable. La question des écoles et des églises est beaucoup plus délicate. La Bulgarie est bien disposée à maintenir dans les territoires annexés les libertés scolaires et religieuses dont y jouissaient traditionnellement les Grecs sous le régime ottoman. Mais elle réclame les mêmes privilèges pour les Bulgares ou plutôt les bulgarisants dans les parties de la Macédoine attribuées à la Grèce et à la Serbie. A première vue, cette demande paraît fondée sur le droit de réciprocité. Il n'en est pourtant pas ainsi.

Les privilèges de la « nation » grecque dans l'empire ottoman datent des premiers temps de la conquête turque. Depuis le xvi^ siècle, des organismes spéciaux se sont constitués, en vertu de firmans impériaux, sous la protection du patriarcat œcuménique de Constantinople. Les écoles et églises bulgares se trouvent dans une situation toute différente. Les plus anciennes datent de 1870, époque de la création de l'exarchat bulgare. Elles n'avaient point pour objet, comme les grecques, de préserver au milieu des conquérants musulmans la religion et la langue de la vieille nation chrétienne conquise. Elles étaient destinées à s'opposer à celles des coreligionnaires grecs et serbes. Sans doute ni la Grèce ni la Serbie ne prétendent supprimer les écoles et les. églises bulgares existantes dans leurs nouveaux territoires. La Grèce n'en aura pas beaucoup dans sa part. Mais il serait singulièrement dangereux de conférer à la Bulgarie un droit spécial de contrôle en dehors du droit commun. Pour la Serbie la question est de première importance. Si elle admettait le contrôle bulgare, elle s'exposerait à des immixtions incessantes qui menaceraient de tourner au conflit dès que l'occasion semblerait favorable. Avec les mœurs macédoniennes, chaque église et chaque école bulgare dans la nouvelle Serbie deviendrait un foyer de propagande, un centre de résistance. Si l'action des comitadjis se joignait à cela, il y aurait un beau désordre. Peut-être dans certains milieux compte-t-on précisément là-dessus. C'est pourquoi la Serbie ne saurait admettre un régime portant atteinte à sa souveraineté. Elle peut s'engager à laisser subsister églises et écoles bulgares au même titre que toutes autres fondations analogues catholiques ou musulmanes. Mais ces fondations seraient soumises au contrôle général de l'État serbe, et ne relèveraient à aucun degré de l'État bulgare. L'intérêt de l'ordre balkanique et

de la paix générale exige qu'il en soit ainsi. 11 faut que tout prétexte soit enlevé aux comitadjis de reprendre leur œuvre sauvage.

A défaut d'officiers turcs, dont il ne reste plus un seul en Libye, les journaux italiens en découvrent d'autres. Ils avaient annoncé qu'un officier français avait été fait prisonnier au dernier combat de Tobrouk. Le général Salsa, revenu récemment à Rome, a démenti ce bruit calomnieux accueilli avec empressement. « Il est absolument inexact, a-t-il déclaré au Giornale cTltalia, qu'un officier français ait été fait prisonnier. Cette nouvelle est sortie de l'imagination bouillante d'un soldat. Nous n'avons à combattre en Cyrénaïque que des tribus et des réguliers qui sont des Arabes. » Cette affirmation loyale confirme ce que nous avons dit sur l'inexistence de troupes turques en Libye. Mais le Corriere délia Sera et la Stampa n'en veulent pas démordre. Pour le besoin de leur thèse, il faut qu'il y ait des Turcs en Libye, et ils en voient partout. Au besoin, ils en enverraient à leurs frais, afin de perpétuer cette espèce précieuse. « Que la France se le dise! s'écrie la Stampa. L'Italie ne donnera jamais une des îles à la Grèce, et quant à les restituer à la Turquie,elle attendra que celle-ci ait rappelé de la Libye non seulement le dernier officier, mais le dernier soldat. » Ce « dernier » soldat esî: assuré de vivre longtemps.

On continue de s'étonner que nos confrères italiens dirigent exclusivement leurs attaques contre la France, alors que d'autres puissances partagent et expriment la même manière de voir qu'elle.

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