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ENCORE LA QUESTION DE LA REVISION DU TRAITE DE BUCAREST

9 août 1913.

Avant que le traité de paix balkanique soit signé, la question de sa révision est posée officiellerrent. Les ministres d'Autriche-Hongrie et de Russie à Bucarest ont notifié au président de la conférence que leurs gouvernements se réservaient la faculté de reviser le traité. D'après une version, cette faculté de révision viserait seulement l'attribution de Cavalla à la Grèce ; d'après une autre, elle concernerait « notamment » l'article relatif à Cavalla. Entre les deux versions il y a une nuance dont l'importance n'est pas mince. A la séance plénière d'hier soir, les plénipotentiaires bulgares ont pris acte des déclarations austrorusses communiquées par M. Majoresco et ont déclaré que la connaissance antérieure qu'ils en avaient les avaient déterminés à signer les conditions de paix. Personne n'a présenté d'observation.

Les Cabinets de Vienne et de Pétersbourg sont les seuls jusqu'à présent qui se soient prononcés en faveur de la révision. Celui de Rome, qui concerte son action avec eux et qui s'est activement entremis entre eux, les imitera peutêtre. Mais nous espérons qu'aucun autre ne les suivra dans cette mauvaise voie. La presse russe reproche en termes amers à la France de se séparer de son alliée dans une circonstance aussi grave, et des personnages officieux de Pétersbourg expriment « le mélancolique regret de la Russie de n'avoir pas la France à côté d'elle dans cette œuvre de paix et d'équilibre ». Le regret de la France de

voir la Russie entrer dans des combinaisons contraires à la fois aux véritables intérêts russes, à ceux de la Triple-Entente, de l'ordre balkanique et à l'équité, n'est pas moins grand. La révision du traité balkanique n'est nullement destinée à mieux assurer la paix et l'équilibre, comme on l'allègue. Elle a simplement pour but de satisfaire des convoitises illégitimes et de rétablir dans les Balkans la politique de prestige et de sphères d'influences qui a produit de si lamentables résultats depuis quarante ans. Les intérêts russes ne subissent pas la plus légère atteinte du fait que'Cavalla est attribué à la Grèce. Les intérêts austrohongrois ne souffrent en rien de ce que la frontière serbo- ' bulgare en jVLxédoine est reportée plus ou moins à l'est. Mais r Autriche-Hongrie prétend conserver une sorte de tutelle sur la Serbie et la Russie aspire encore à l'amour de la Bulgarie. Les enseignements du passé n'ont pas instruit ces deux puissances. Elles sont, en matière balkanique, le jouet d'aberrations traditionnelles.

En se refusant à s'associer à la demande de révision, la France ne commet aucun manquement à l'alliance. Au contraire, elle rend servies à son alliée en l'éclairant sur les intérêts communs bien entendus et en la retenant sur une pente qui conduit à de nouveaux bouleversements. L'équilibre résultant du traité élaboré à Bucarest est aussi stable qu'il peut l'être dans les Balkans. Celui qu'on lui oppose le serait certainement moins. La Bulgarie acquiert des avantages encore considérables et il suffit de regarder une carte pour constater que sa part est préférable à celle de la Ssrbie.Elle obtient sur la mer Egée une l?rge façade amplement suffisante. Elle forme un bloc compact admirablement constitué. Si elle a perdu une partie d. ce qu'elle espérait, c'est la conséquence naturelle de fautes inexcusables, c'est la juste peine d'une agression scandaleuse que

l'empereur Nicolas lui-même avait énergiquement condamnée d'avance dans son télégramme du 12 juin au roi Ferdinand. Aujourd'hui, ce n'est pas la France qui est en opposition avec la Russie, c'est la Russie qui est en contradiction avec' elle-même. La France n'a pas changé. Elle est en droit d'attendre que la Russie revienne à la politique annoncée dans le télégramme du 12 juin.

La France, d'accord avec la Russie et l'Angleterre, avait pris pour programme : « Les Balkans aux Etats [balkaniques. » Elle maintient ce programme. Les Balkaniques se sont réparti les territoires cédés par la Turquie ; il ne nous appartient point, ni à nous, ni à d'autres, de modifier cette répartition. Très probablement le Cabinet de Pétersbourg pense de même. Malheureusement il a pu se laisser entraîner à des engagements imprudents à un moment où les événements étaient encore incertains et il se sent aujourd'hui gêné dans ses mouvements. Mais la France est restée complètement étrangère à ces tractations négociées sous le manteau de la diplomatie italienne. Elle n'a été ni consultée, ni mise au courant. Elle n'a donc point à s'associer à des mesures étudiées en dehors d'elle. Elle reste ainsi fidèle à sa politique et à son alliée. A cet égard, la presse russe, mal informée et mal inspirée, tient un langage déplacé. Elle incrimine une défaillance qui n'existe point. Nous n'avons jamais promis de considérer les Balkans comme une sphère d'influence austro-russe d'où inous dusions nous tenir à l'écart ; nous n'avons jamais renoncé à notre rôle traditionnel en Orient ; nous n'avons pris aucun engagement envers la Bulgarie, ni lié le sort de cet Etat ambitieux au nôtre ; nous n'avons jamais préparé de projet de partage oriental ou asiatique. Si certains diplomates russes s'étaient plus préoccupées de pratiquer une politique russo-française que de combiner on ne sait quoi avec les

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diplomates italiens, l'opinion russe montrerait moins de surprise aujourd'hui et le Cabinet de Pétersbourg ne serait pas embarrassé pour suivre dans les Balkans une politique conforme à nos intérêts communs comme aux besoins généraux de l'Europe.

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