‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 102 sur 112 · SIGNATURE DU TRAITÉ DE BUCAREST · texte numérisé non relu

SIGNATURE DU TRAITÉ DE BUCAREST

10 août 191 3.

Le traité de paix a dû être signé aujourd'hui à Bucarest. Sa signature a été précédée d'un échange de dépêches caractéristiques entre le roi Charles et l'empereur Guillaume. En lui annonçant la conclusion de la paix, Charles 1^^ remercie Guillaume II du concours qu'il a trouvé près de lui : « Grâce à toi, dit-il, la paix restera définitive. » Et Guillaume II accepte le compliment. Très supérieur en cette affaire à la diplomatie autrichienne, le gouvernement allemand a compris rapidement qu'il lui importait de ne point s'aliéner les sympathies roumaines. Quand il constata que le roi Charles se conformait à des intérêts nationaux et à un mouvement d'opinion irrésistible, il ne manifesta point de mauvaise humeur. La presse allemande s'abstint également de récriminer. Faisant bon visage à mauvais jeu, elle déclara qu'il fallait avant tout retenir la Roumanie dans le système allemand. Elle se garda donc de critiquer ou d'inquiéter le Cabinet Majoresco ; aujourd'hui elle est unanimement opposée à la révision réclamée avec insistance par le Ballplatz. Cette attitude est autrement habile que celle des journaux russes que nous citions hier. Il convient de remarquer aussi que les journaux de Vienne

et de Pest ne se fâchent point à ce propos contre l'Allemagne. On eût aimé à voir le Novoe Vremia et le Retch imiter cet exemple en ce qui concerne la France.

Guillaume II a fait aussi une politesse à la Grèce. 11 a nommé le roi Constantin, son beau-frère, feld-maréchal de l'armée allemande. Cette nomination en ce moment ne peut pas être considérée comme une invitation à rétrocéder Cavalla.

Enfin, des allocutions officielles prononcées à Bucarest à l'occasion de la paix et du langage des publicistes européens, il résulte clairement que les Balkaniques et l'Europe sont las des bouleversements, que tout le monde aspire à la tranquillité et au travail pacifique, et que toute tentative de remettre en question ce qui vient d'être heureusement réglé rencontrera la désapprobation générale. Une bonne partie de la presse autrichienne elle-même est hostile à la révision. On sait maintenant dans la population austrohongroise et dans le monde des affaires ce que la grande politique coûte de misères, de ruines et de déboires, et on en a assez. Il y a quelques semaines, la Nouvelle Presse libre rappelait ce mot du comte Aehrenthal mourant : « Surtout pas de politique de prestige ! » Le ministre qui avait proclamé l'annexion de la Bosnie -Herzégovine connaissait le prix de cette politique. Le comte Berchtold ne saurait trop méditer le conseil de son prédécesseur.

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