MARCHÉ DES TURCS EN THRACE
i8 août 1913.
Il se confirme malheureusement que les troupes ottomanes ont franchi la Maritza. D'après des informations qui semblent exactes, elles seraient arrivées à Kirdjali, à soixante kilomètres environ de la Maritza. Elles seraient
sur le point d^entrer à Gumuldjina. En outre, le commandant des troupes grecques à Dédéagatch aurait invité le commandant des troupes turques de Boulaïr à venir occuper la ville qu'il devait évacuer afin de protéger la population contre les Bulgares. Voilà de nouveaux sujets de troubles. En dégarnissant complètement la Thrace pendant la guerre interbaîkanique et en négligeant de la récccuper aussitôt après la signature du traité de Bucarest, la Bulgarie a laissé le champ entièrement libre aux Turcs. Elle compte peut-être sur les puissances pour obliger le gouvernement ottoman à se conformer au traité de Londres. Mais, si c'est là son calcul, il est fort à crairdre pour elle que ce soit une nouvelle erreur de sa part. Plus le temps passe, plus il devient difficile de persuader les Turcs d'en revenir aux conditions du traité de Londres. Les démarches des ambassadeurs à Constantinople sont des moyens d'action insuffisants.
Toutefois il semble possible encore maintenant de décider les Turcs à repasser la Maritza. On dit l'Allemagne résolue, avec les autres puissances, à leur conseiller énergiquement de ne pas pousser plus loin leurs avantages.
Il est d'autant plus utile que ces conseils soient suivis que les puissances en donnent en même temps d'analoguesà la Serbie et au Monténégro. Elles ont adressé à Belgrade et à Cettigné une note collective dem.andant l'évacuation des territoires attribués à l'Albanie. La partie de ces territoires où se trouvent encore des troupes serbes ou monténégrines est certainement peu considérable et sans grande importance. Mais les puissances auraient certainement plus d'autorité pour se faire écouter à Belgrade et à Cettigné si elles faisaient respecter ailleurs aussi les engagements pris par l'Europe ou contractés envers elle. En Grèce, par exemple, on commence déjà à dire qu'on conti-
nuera d'occuper, à titre provisoire, les parties de l'Épire englobées dans l'Albanie indépendante aussi longtemps que les Italiens occuperont, provisoirement aussi, les îles du Dodécanèse. On n'inspire pas confiance lorsqu'on a deux poids et deux mesures.