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L AUTRICHE ADMET LE PRINCIPE : LES BALKANS AUX BALKANIQUES

13 février 1913.

Le Fremdenhlatt publie ce matin un article contrastant heureusement avec la réserve embarrassée qu'observait la presse austro-hongroise depuis le retour du lieutenantcolonel prince de Hohenlohe. Hier encore les impressions étaient assez sombres à Vienne. On remarquait que le noble messager de l'empereur-roi n'avait reçu à Pétersbourg aucune distmction honorifique. En constatant qu'une indisposition malencontreuse avait empêché le prince de Hohenlohe de rendre personnellement compte de sa mission à François-Joseph I^^, on ne pouvait s'empêcher d'observer qu'il aurait sans doute surmonté son malaise s'il avait eu une bonne nouvelle à annoncer. Enfin un communiqué officieux semblait confirmer les vagues appréhensions du public. Ce document déclarait que les efforts des Monténégrins pour prendre Scutari étaient inutiles attendu que le sort de cette place dépendait exclusivement des grandes puissances. Comme la Trihuna publiait simultanément une note analogue, on pouvait conclure à une aggravation de l'opposition entre les Cabinets de Vienne et de Pétersbourg au sujet de la fixation des nouvelles frontières balkaniques. Fort 'heureusement, l'article du Fremdenblatt donne aujourd'hui une note rassurante. A la vérité, il ne contient rien de particulier sur les relations entre la Russie et l'Autriche- Hongrie, mais il trace un programme de politique balkanique générale digne d'approbation.

Pour la première fois depuis l'ouverture de la crise orien-

taie, le Cabinet de Viçnne adhère publiquement au principe proclamé par les puissances de la Triple-Entente après la conquête de la Thrace et de la Macédoine par la Ligue balkanique : « Les Balkans aux États balkaniques. » En fait, il avait bien admis ce principe puisqu'il avait consenti à négocier sur cette base à la conférence de Londres ; mais il avait entouré cette adhésion implicite de tant de réserves que l'application du principe soulevait pratiquement de très grandes difficultés. En ce qui concerne la Serbie particulièrement, tous les organes officieux austro-hongrois avaient commencé par lui refuser le droit de s'agrandir si «lie ne consentait point à fournir à Vienne un certain nombre de garanties économiques et politiques à la fois. On réclamait à Belgrade des engagements formels équivalant à l'acceptation d'un protectorat occulte. Ni la Serbie, ni les puissances gardiennes de l'équilibre européen n'eussent jamais pu s'incliner devant de pareilles prétentions. A en croire le Fremdenblatt, le gouvernement austro-hongrois aurait définitivement renoncé à ces velléités pour se rallier franchement au système de l'indépendance absolue des États de la péninsule. « En pleine indépendance, dit-il, et libres de toute entrave étrangère, les peuples balkaniques pourront désormais se consacrer à leur développement et aux soins de leurs intérêts... Ils sont libres et volent de leurs propres ailes... Ils constituaient autrefois une source de discorde entre Vienne et Pétersbourg qui est enfin tarie. » Les considérations historiques qui accompagnent cette nouvelle profession de foi seraient sujettes à critique. Par exemple, on ne saurait prendre au sérieux l'affirmation « qu'il faut attribuer en premier lieu à la collaboration efficace de l'Autriche-Hongrie le fait que le principe d'après lequel les Balkans doivent être dominés par les peuples balkaniques indépendants est en voie d'application ». Nous

souhaitons fort que cette collaboration devienne efficace ; seulement, dans le passé, elle a vraiment été si discrète que personne ne s'en est aperçu. Maintes fois, au contraire, on a eu à déplorer des initiatives de Vienne contre les efforts des Balkaniques vers l'indépendance. Il n'est même pas interdit de penser que l'abstention de l'Autriche-Hongrie en octobre et novembre dernier était motivée moins par son désir de voir les Balkans enfin affranchis de la sujétion ottomane que par la quasi-certitude de l'écrasement final des membres de la Ligue. Mais laissons ces appréciations rétrospectives pour regarder seulement vers l'avenir. Puisque le Cabinet de Vienne se pose maintenant à côté de la Russie en champion de l'indépendance des États balkaniques, il convient de prendre joyeusement acte de cette déclaration et d'aviser aux moyens de lui faire produire ses effets logiques. C'est à l'application qu'on jugera la sincérité de l'admission du principe. La discussion 'des frontières de l'Albanie va donner très prochainement au comte Berchtold l'occasion de montrer dans quelle mesure il est attaché a l'indépendance de la Serbie et du Monténégro..

D'après le Fremdenhlatty la mission du prince de Hohenlohe a eu les plus heureux résultats, et les causes de froissement entre la Russie et l'Autriche-Hongrie doivent peu à peu disparaître grâce à la cordialité des relations entre les deux Cours. A elle seule, cette déclaration est déjà un résultat. Chacun sait que l'empereur François-Joseph et le tsar Nicolas recherchent en conscience le règlement amiable des difficultés orientales entre les grandes puissances. Si le Cabinet de Vienne apporte dans les négociations en cours le nouvel esprit balkanique dont s'inspire l'article du Fretn-denblatt, les solutions tenues jusqu'ici en suspens seront singulièrement facilitées.

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