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LES NEGOCIATIONS BULGARO-ROUMAINES

25 février 19 13.

A travers maints obstacles, il semble que la solution amiable du différend bulgaro-roumain approche. Les deux gouvernements continuent d'être en désaccord sur l'étendue de la rectification des frontières litigieuses, mais tous deux sont disposés en principe à confier aux puissances, sous une forme ou sous une autre, le soin de trancher le différend. C'est sur cette forme même qu'on discute depuis plusieurs jours. Samedi soir, il a été tenu à Bucarest un Conseil des ministres dont les journaux roumains parvenus ce matin à Paris donnent le compte rendu suivant :

Le Conseil des ministres qui a été tenu samedi après-midi, de cinq heures à huit heures, au ministère de l'intérieur, s'est occupé de la proposition de médiation qui a été faite par les puissances à la Roumanie au sujet de son différend avec la Bulgarie. Le Conseil.après de longues discussions, a accepté cette proposition de médiation. Bien que le secret le plus absolu soit observé sur les résultats du Conseil et que les ministres se soient refusés à faire la moindre communication à la presse, nou8 croyons savoir cependant que dans la note qui sera adressée à ce propos aux puissances le gouvernement roumain prie celles-ci de fixer à la Bulgarie im délai aussi court que possible pour formuler une réponse décisive, les négociations ayant déjà duré beaucoup trop longtemps.

La note fait connaître aux puissances que la Roumanie, qui est animée du vif désir de maintenir la paix et de vivre en bonnes relations avec la Bulgarie, ne se refusera pas, le cas échéant, à toute concession compatible avec sa dignité et avec ses intérêts, sauf en ce qui concerne la question de Silistrie, dont elle considère la possession comme indispensable. Bien entendu, et conformément à la convention de La Haye, la Roumanie se réserve le droit, au cas où la médiation ne réussirait pas, de conserver toute sa liberté d'action pour obtenir, par les moyens qu'elle jugera opportuns, la rectification de frontière qu'elle revendique.

Notre gouvernement déclare d'autre part que, quel que soit le résultat de la médiation, il rejette d'avance l'idée d'un arbitrage.

C'est à la suite de cette publication qu'ont été expédiées de Bucarest les dépêches annonçant l'acceptation de la médiation des puissances par la Roumanie. Mais la réponse officielle du Cabinet Majoresco n'était pas encore connue ce matin ; ses termes ont dû être fixés seulement hier soir lundi dans un second Conseil des ministres. Cela prouve que les ministres n'étaient pas entièrement d'accord samedi sur les réserves apportées à l'acceptation de la médiation. La fraction carpiste — vieux conservateurs et junimistes unis — du Cabinet Majoresco déploie de grands efforts pour contrecarrer les intentions conciliantes des conservateurs démocrates dont M. Take Jonesco, ministre de l'intérieur, est le chef. Les dépêches pessimistes venues de Bucarest émanent des amis de M. Philipesco, ministre des domaines, désireux de trancher « le nœud gordien » par l'épée. On ne saura qu'aujourd'hui laquelle des deux tendances en présence a prévalu dans les conseils du roi Charles.

A Sofia, le gouvernement a remis dans l'après-midi d'hier aux représentants des puissances sa réponse à leur démarche de dimanche. Dans ce document, il déclare que, confiant dans l'esprit de haute justice des grandes puissances, il accepte la proposition de s'en remettre, pour la solution du différend bulgaro-roumain, à la décision des

six grandes puissances, si la Roumanie l'accepte aussi. Il résulte de là que la Bulgarie accepterait un arbitrage plutôt qu'une médiation, tandis que la Roumanie préférerait une simple médiation conforme à l'article VI du chapitre II de la convention de La Haye de 1899. Aux termes de cette disposition, les bons offices et la médiation ont exclusivement le caractère d'un avis et n'ont jamais de force obligatoire. Evidemment, ceux des hommes politiques roumains qui sont partisans d'une intervention armée combattent toute idée de solution arbitrale. Il faut espérer, dans l'intérêt de leur pays et de la paix générale, que leur voix ne sera pas écoutée. La Roumanie se trouverait en mauvaise posture 'devant l'opinion européenne si elle refusait de s'en remettre, comme la Bulgarie, à la décision des puissances. Celles-ci ressentent toutes pour elle une véritable sympathie ; toutes désirent lui procurer une satisfaction honorable. Si elles se heurtaient à Bucarest à une volonté intransigeante, leurs sentiments se modifieraient certainement. Si le Cabinet Majoresco comprend bien son devoir et les intérêts nationaux, il saisira sans hésiter l'occasion qui lui €st offerte aujourd'hui par la réponse bulgare.

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