DEMARCHE DES GRANDES PUISSANCES PRES DES BALKANIQUES
23 mars 1913.
Il semble qu'en dépit de toutes les traverses et de tous les cahots on s'achemine vers un règlement général des difficultés balkaniques. Les représentants des puissances dans les quatre Etats balkaniques belligérants ont fait hier, officiellement, la démarche dont nous avons exposé avanthier l'objet en détail. L'agence Havas publie à ce sujet les dépêches suivantes :
Sofia, le 22 mars. — Les représentants des puissances ont remis séparément, cet après-midi, à M. Guéchof, président du Conseil, la communication suivante :
« Les gouvernements des grandes puissances prennent acte, avec satisfaction, de l'acceptation de leur médiation par les États alliés et leur font observer qu'avant l'ouverture de la discussion sur les conditions de la paix, il appartient aux puissances de formuler leurs vues sur les bases des négociations qui devraient être adoptées.
« Les grandes puissances sont d'avis que les bases des négociations doivent être les suivantes :
1° La frontière de l'empire ottoman en Exirope partira d'Enos, suivra le cours de la Maritza puis le cours de l'Ergène et aboutira à Midia. Tous les territoires situés à l'ouest de cette ligne seront cédés par la Turquie aux États alliés, à l'exception de l'Albanie, dont le régime et la délimitation seront fixés par les puissances.
2° La question des îles de la mer Egée sera réglée par les puissances ;
30 La Turquie se désintéressera complètement de la Crète ;
4° Les puissances ne peuvent se montrer favorables à une demande
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d'indemnité, mais elles admettront les alliés à prendre part aux discussions de la commission internationale qui se réunira à Paris pour fixer un règlement équitable de leur participation à la dette ottomane et aux charges financières des territoires qui leur seront attribués. La Turquie sera invitée à prendre part aux travaux de cette commission. »
Les grandes puissances déclarent en même temps que, dès que oes bases auront été acceptées, les hostilités devront prendre fin.
M. Guéchof a remercié les représentants des grandes puissances et leur a déclaré qu'il se concerterait avec les États alliés avant de donner une réponse.
Belgrade ^ le 22 mars. — Les représentants des grandes puissances se sont présentés aujourd'hui chez le président du Conseil, M. Pachitch, ministre des affaires étrangères, à qui le doyen du corps diplomatique, M. Descos, ministre de France, a remis une note exposant les conditions auxquelles les puissances consentent au rôle de médiatrices dans le conflit balkanique.
'M. Pachitch a déclaré réserver sa réponse jusqu'après entente avec les alliés.
Constantinople, le 22 mars. — Quelques ambassadeurs ont reçu les instructions de leur gouvernement au sujet de la communication qui doit être adressée à la Porte pour lui faire connaître les conditions de la paix.
Dès que les autres ambassadeurs auront reçu leurs instructions, les ambassadeurs se réuniront pour fixer la date de leur communication. On croit que celle-ci sera faite au commencement de la semaine prochaine.
Le Conseil délibère, dit-on, sur la réponse qui sera donnée aux puissances. La Porte serait décidée à accepter la ligne frontière Midia-Enos mais, selon certains bruits, elle mettrait comme condition à son acceptation que Loulé-Bourgas resterait à la Turquie ; elle demanderait en outre des privilèges religieux pour Andrinople.
Quelles que soient les objections de quelques-uns des belligérants, il y a tout lieu de croire que tous se résigneront à accepter les bases de négociations proposées par les grandes puissances unanimes. Chacun d'eux devra renoncer à quelqu'une des ambitions qu'il nourrissait lors de la reprise des hostilités, mais les événements de la seconde partie de la guerre n'ont pas sensiblement modifié la situation militaire et par suite la situation diplomatique. Dans l'état actuel des opérations, il est aussi impossible à la Turquie d'échapper à la nécessité de céder ^\ndrinople
qu'aux alliés d'exiger une indemnité de guerre. Les représentants des puissances sont donc en mesure de persuader les belligérants que le moment est venu de mettre fin aux horreurs d'une guerre dont les résultats principaux peuvent être considérés comme définitivement acquis. Nous espérons qu'ils parleront dans les cinq capitales avec une énergie suffisante pour que des préliminaires de paix puissent être signés très prochainement. En effet, il ne s'agit plus pour l'instant de la conclusion d'un simple armistice, mais d'un armistice lié à l'acceptation des principales conditions de la paix, le règlement des points restés litigieux étant abandonné aux puissances de telle façon que les hostilités ne puissent être reprises en aucun cas.
Parmi les questions en suspens, la principale est celle de Scutari. Le roi de Monténégro s'obstine à vouloir conquérir cette place que l'Autriche ne veut lui laisser à aucun prix. Heureusement, sur ce point aussi, les grandes puissances semblent être tombées d'accord. Dans une séance spéciale tenue hier après-midi au Foreign-Office, la conférence des ambassadeurs a examiné la situation résultant de l'initiative austro-hongroise dans l'Adriatique. Quoique le secret soit encore gardé sur les décisions prises, probablement afin de permettre aux gouvernements de ratifier les propositions de leurs représentants, il est permis de croire que l'Autriche a enfin cédé sur l'annexion de Diakovo à la Serbie, et qu'en retour la Russie a consenti à ce que Scutari reste en toute hypothèse à l'Albanie, que la place soit prise ou non par les troupes serbo-monténégrines. Au cas où le roi Nicolas persisterait dans ses projets, des mesures seraient prises en vue de l'obliger à se résigner, mais elles le seraient par plusieurs puissances ou par toutes les grandes puissances simultanément. L'Autriche-Hongrie ne recevrait pas de mandat à cet effet. Les dangers d'un
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mandat spécial confié à une puissance voisine sont trop évidents pour que l'Europe commette une pareille imprudence.