‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 25 sur 112 · SOMMATION DE L AUTRICHE AU MONTENEGRO · texte numérisé non relu

SOMMATION DE L AUTRICHE AU MONTENEGRO

24 mars 1913.

Le représentant de Sa Majesté apostolique à Cettigné a choisi le jour de Pâques pour remettre au gouvernement monténégrin une note- déclarant qu'au cas où, conformément à une note antérieure, le bombardement de Scutari ne serait pas interrompu jusqu'à ce que la population civile fût sortie de cette place, le gouvernement austro-hongrois aurait recours à la force pour obtenir satisfaction. Les dépêches qualifient d'ultimatum cette note pascale, et l'on ne peut guère lui donner un autre nom. D'ailleurs, les journaux officieux de Vienne nous y avaient préparé. Toutefois, on peut encore se demander si le Cabinet de Vienne a résolu d'agir. L'Italie et la Russie se sont jointes à l'Autriche-Hongrie pour demander au roi Nicolas de laisser sortir de Scutari la population civile ; on ne comprendrait donc pas qu'elles laissassent l'Autriche-Hongrie agir seule si l'emploi de la force était reconnu nécessaire. A notre avis, aucune puissance ne doit être investie isolément d'un mandat spécial pour procéder à des actes de coercition dans les Balkans. Nous ne protestons point absolument contre le recours éventuel à la force en vue d'éviter de plus grands maux, mais à la condition que ces mesures soient concertées entre toutes les grandes puissances et qu'elles soient exécutées simultanément par plusieurs puissances.

Dans le cas actuel, le roi Nicolas doit s'incliner devant le destin. S'il s'était emparé de Scutari dans la première

partie de la campagne, peut-être aurait-il finalement pu conserver cette ville tant convoitée. Mais, au début des hostilités, quoiqu'il eût déclaré la guerre bien avant ses alliés, en violation de toutes les règles internationales, il n'a pas fait l'effort nécessaire. Il a voulu ménager la vie de ses soldats. H a cru pouvoir prendre rapidement la ville par la famine. Il a mal calculé la capacité de résistance d'une place fortifiée qu'il avait eu pourtant tout le loisir d'étudier dans ses moindres détails. Il a même tout d'abord dédaigné la coopération des troupes serbes. Il s'est complètement trompé dans ses calculs. Il porte aujourd'hui la peine de cette erreur et la Russie ne veut plus en partager la responsabilité avec lui. Le Cabinet de Pétersbourg ne peut pas compromettre le sort définitif de Diakovo, qui depuis longtemps est occupée par les Serbes, pour la chance extrêmement faible de voir attribuer au Monténégro Scutari qui est encore aux mains des troupes ottomanes. La Russie s'est donc décidée, afin de ne point retarder le règlement si désirable des difficultés balkaniques, à reconnaître la possession de Scutari à l'Albanie pour\"u que Diakovo fût annexée à la Serbie. Dans ces conditions, il ne reste au roi Nicolas qu'à déférer, non à la sommation autrichienne, mais à l'invitation des grandes puissances de suspendre le bombardement de Scutari. Il serait inhumain et révoltant que des milliers de vies fussent perdues en vain, pour une simple question de prestige.

Certes le roi Nicolas se trouve dans une situation très pénible. Mais aussi ses ambitions dépassaient de beaucoup celles qu'était autorisé à concevoir le souverain d'un petit peuple montagnard vivant parmi des rochers inexpugnables. Les Monténégrins étaient très forts pour résister à l'invasion de leur pays. Mais leur valeur offensive était médiocre. Ils n'étaient ni entraînés, ni outillés pour engager de

grandes actions dans les plaines ou les vallées albanaises. Sans le concours des Serbes ils eussent été impuissants à remporter contre les Turcs des succès sérieux au delà du voisinage immédiat de leurs frontières. De plus, il faut le dire, le roi Nicolas n'a pas; su se concilier les sympatbies européennes par sa politique intérieure. Il &'est montré féroce contre ceux de ses sujets et de ses anciens ministres dont les idées lui déplaisaient ..Après avoir instauré spontanément, sans aucune nécessité, le régime constitutionnel dans son petit État, il a poursuivi d'une haine implacable les hommes qui avaient commis l'imprudence de croire à sa bonne foi. Il a englobé dans le déplorable « procès d^s bombes » les hommes les plus estimables ; il a provoqué et sanctionné des condamnations iniques ; il a laissé mourir en prison des innocents et il retient encore dans un cachot malsain son ancien premier ministre. M, Radovitch. H n'a même pas saisi l'occasion de l'érection de la priacipauté des vladikas en royaume pour accorder une amnistie aux victimes survivantes du procès des bombes. En vérité, si Nicolas I®^ ressent aujourd'hui l'amertume des déceptions politiques, cela n'est point complètement immérité.

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