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REPONSE DES ALLIES BALKANIQUES A LA NOTE DES PUISSANCES MÉDIATRICES

6 avril 1913.

Les alliés balkaniques ont enfin remis hier matin leur réponse à la note des puissances médiatrices relative aux conditions des prélimianires de paix. Leur retard à s'acquitter de ce soin est dû probablement à la démonstration navale dans les eaux monténégrines. Il semble en ejffet

SCUTARI ET NANCY lit

qu'ils aient rédigé leur note de manière à lui donner une certaine apparence de modération, tout en rendant impossible la cessation des hostilités et, par suite, le règlement immédiat de la question de Scutari.

Sur un seul des quatre points litigieux, la réponse balkanique donne satisfaction aux puissances médiatrices, et encore n'est-ce qu'en principe. Il s'agit de la fixation définitive de la frontière en Thrace. On se rappelle que les puissances, après la chute d'Andrinople, ont modifié en faveur de la Bulgarie le tracé de la ligne Enos-Midia en comprenant dans la partie cédée le territoire situé au nord de la ligne droite joignant ces deux points. Les Balkaniques acceptent cette démarcation sous la réserve qu'elle sera prise seulement comme base et non comme ligne définitive. A leur tour, les médiatrices peuvent accepter cette réserve. En effet, elles n'ont pas eu l'intention de tirer une ligne géométriquement droite à travers monts et vallées sans tenir compte des convenances géographiques. Il y a donc matière à transaction sur ce terrain, à condition que la délimitation définitive s'effectue par voie de comoensations réciproques et n'implique pa? de nouveaux sacrifices sensibles de la part de la Turquie • 7

Sur les trois autres points les divergences de principe subsistent. « Les îles de la mer Egée seront cédées par la Turquie aux alliés » dit la réponse. C'est la simple répétition de la condition formulée précédemment à Londres. A la rigueur, on pourrait s'en contenter s'il était tacitement entendu que l'expression « les îles » ne signifie pas « toutes les îles ». Parmi les îles de la mer Egée, il en est qui sont en ce moment occupées par des troupes italiennes, d'autres que leur situation stratégique près des Détroits ne permet de céder à personne, d'autres enfin qui, en raison de leur voisinage immédiat des côtes d'Asie, doivent être soumises à

un régime spécial. Les médiatrices ne peuvent donc absolument pas adhérer à une cession pure et simple de toutes les îles égéennes. Elles peuvent seulement consentir à discuter à leur sujet. Comme elles sont en ce moment investies d'un mandat de la Turquie à cet égard et que les Balkaniques n'ont plus à redouter de cette dernière des échappatoires, les alliés devraient interpréter la clause intéressant les îles dans le sens que nous indiquons.

Le troisième point touche les frontières d'Albanie. La formule employée par les alliés est assez souple pour autoriser l'espoir d'un accord. Malheureusement, il est à craindre que de profondes divergences de vues sur le fond se cachent derrière la politesse de la forme. Les alliés expriment le désir de connaître préalablement les frontières projetées pour l'Albanie et l'espérance qu'elles seront conformes à celles qu'ils ont proposées à Londres. Le désir sera facilement satisfait, mais il n'en est pas de même de l'espérance. Les conditions proposées à Londres par les alliés assignent au Monténégro, au nord, et à la Grèce ^ au sud, des territoires que l'Autriche-Hongrie et l'Italie tiennent essentiellement à réserver à l'Albanie. Au sud, aucune décision définitive n'a encore été prise à Londres. Mais au nord, après de très pénibles négociations, on est à l'unanimité tombé d'accord pour refuser Scutari au Monténégro. Les médiatrices se livrent en ce moment même à une démonstration navale devant Antivari en vue d'imposer cette solution au roi Nicolas. Comment pourraient-elles se rallier à la formule balkanique ?

Le quatrième point est encore plus délicat. Sous une forme adoucie, mais nette, les alliés persistent à réclamer une indemnité de guerre. Ils ne fixent point de chiffre, ils demandent la reconnaissance du principe en laissant le soin de déterminer le montant à la Commission qui sera chargée

•d'étudier les questions financières et en stipulant qu'ils seront représentés dans cette Commission. Cette représentation leur avait été spontanément concédée quand il n'était pas question de donner à la Commission financière la mission de trancher la question d'indemnité de guerre. Elle ne saurait plus être admise qu'avec réserves si cette question venait à être posée. En effet, elle pourrait rendre tout accord

* impossible dans une Commission où, suivant l'usage diplomatique, les décisions sont prises à l'unanimité. Si chacun des alliés avait un représentant avec voix délibérative, l'unanimité risquerait de n'être jamais atteinte. Quant à l'admission avec voix consultative, elle ne souffrirait pas de

* difficulté. Mais il est très douteux que les médiatrices acceptent le principe de l'indemnité. Elles l'ont catégoriquement repoussé dans leur dernière note. On connaît les raisons de ce refus, qui sont tout aussi fortes aujourd'hui qu'hier. La France en particulier reste hostile à toute combinaison financière de nature à diminuer les gages des créanciers de la Turquie et à entraver la réorganisation de l'empire ottoman. En droit, l'indemnité de guerre n'est pas due ; en fait, elle n'est pas percevable. De plus, par voie de conséquence, c'est le commerce international qui serait appelé, au moyen de l'augmentation des droits de douane prévue comme gage d'un futur emprunt turc, à faire les frais de l'indemnité. Il avait toujours été convenu que l'augmentation de 3 G /o des droits de douane en Turquie aurait pour but l'amélioration de l'outillage économique de la Turquie. On ne peut admettre qu'elle serve à déprimer encore davantage les finances ottomanes.

Gauvain. — T. V.

l'exécution du MONTENEGRO.

7 avril 1913.

Conformément à la décision des puissances médiatrices, le vice-amiral Troubridge, commandant le King-Edward-VII • et officier le plus élevé en grade de l'escadre internationale dans les eaux monténégrines, a adressé télégraphiquement au gouvernement monténégrin la communication suivante :

L'amiral commandant informe le gouvernement monténégrin qu'une escadre internationale, composée de navires de guerre des grandes puissances de l'Europe, s'est assemblée au large du port monténégrin d'Antivari en signe de protestation contre le refus du Monténégro de se soumettre aux désirs des puissances.

L'amiral fait remarquer que la présence de l'escadre internationale est le ^gne manifeste non seulement de l'accord des puissances, mais encore de leur intention de voir le Monténégro se soumettre sans autre délai à leurs désirs.

L'amiral prie le gouvernement monténégrin de l'informer immédiatement qu'il est prêt à se rendre aux désirs exprimés par les puissances.

Le Monténégro a refusé de se rendre au désir ainsi exprimé. Il a fait connaître sa décision dans la dépêche suivante :

Cettigné, le 6 avril.

Le président du Conseil des ministres a répondu au télégramme du vice-amiral anglais commandant l'escadre internationale qu'il regrette profondément de voir rassembler dans les eaux du Monténégro une flotte internationale pour exercer une pression sur le Monténégro, en vue d'obtenir son adhésion au désir des grandes puissances concernanr le siège de Scutari et la cessation des hostilités de la part du Monténégro dans le territoire de la future Albanie.

Le Monténégro a exprimé déjà ses vues dans une communication ; il les réitère à l'amiral, et il ajoute que, malgré la pression qu'implique la présence de la flotte, le Monténégro ne saurait pas se départir de son atti-

tude conforme aux exigences de l'état de guerre entre les alliés et la Turquie, ainsi que du principe de neutralité proclamé par les puissances dès le début des hostilités, principe violé au détriment du Monténégro par la présence de la flotte internationale dans les eaux du Montent^ro.

Ce refus avait été prévu par les puissances. Elles ont immédiatement décidé que, si le Monténégro ne se résignait point dans le délai de trois jours à se conformer à leurs désirs, l'escadre internationale bloquerait les côtes depuis la frontière autrichienne jusqu'à l'embouchure du Drin, c'est-à-dire jusqu'à Alessio, au sud de Saint- Jean de Médua. Plusieurs de nos confrères s'indignent de cette décision en dénonçant l'engrenage où se prennent les puissances. Ces critiques sont naturelles de leur part puisqu'ils étaient hostiles à la démonstration navale. Mais elles n'en sont pas moins mal fondées. Il s'agit maintenant uniquement de savoir si on laissera ou non une puissance seule procéder à l'exécution d'une décision prise à l'unanimité en vue de •prévenir une conflagration générale. Si nos confrères, si prompts à crier à l'odieux et au ridicule, connaissent un moyen plus efficace que la démonstration navale de prévenir une action isolée de l'Autriche- Hongrie, qu'ils ne tardent pas plus longtemps à l'indiquer à l'Europe reconnaissante! Nous nous empresserons alors de nous rallier à leur système. Malheureusement, nos confrères se bornent à critiquer sans proposer autre chose que l'abstention.

Comme il résulte des conversations de Londres que cette abstention doit conduire fatalement à une action isolée de rAutriche,qui serait suivie de l'assujettissement du Monténégro ou d'un conflit général, les puissances sont naturellement contraintes de rester dans la logique de la situation et de leurs décisions. Cette logique, il est vrai, peut les conduire à quelque chose de plus que le blocus. Si Scutari tombe entre les mains des Monténégrins, peut-être faudra-

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t-il débarquer. Certes, la France ne prendra point l'initiative d'une pareille opération. Pourtant,si, après la chute de' Scutari et le refus probable du roi' Nicolas d'évacuer la place, les troupes austro-hongroises pénètrent sur le territoire monténégrin ou albanais, faudra-t-il les laisser seules procéder à cette occupation } En ce cas, il ne sera ni odieux, ni ridicule, de les accompagner, dans l'intérêt même du Monténégro, de la Serbie et de la paix générale. Si l'on préfère le déchaînement du conflit austro-russe, qu'on le dise ; cette préférence peut se comprendre. Mais si, comme tous les gouvernements le déclarent depuis plus de six mois, et la presse avec eux, on recherche une solution amiable des problèmes si complexes posés par la guerre balkanique, on en est bien réduit à recourir aux moyens choisis — très à regret ! — par la conférence de Londres. Il est facile de faire de la popularité en jetant le discrédit sur des opérations de médiocre apparence ; il est plus difficile de dire par quoi il faut les remplacer.

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