‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 34 sur 112 · LA QUESTION DE SCUTARI ET LES NÉGOCIATIONS ORIENTALES · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE SCUTARI ET LES NÉGOCIATIONS ORIENTALES

13 avril 1913.

L'acte d'énergie des grandes puissances dans l'Adriatique continue de produire d'heureux effets. En fait, les opérations de guerre sont arrêtées devant Scutari ; à la suite d'une démarche amicale, mais pressante, des représentants de la Triple-Entente à Belgrade, le gouvernement serbe à même résolu de rappeler les troupes du roi Pierre employées au siège de cette place. Laissés à eux-mêmes, les Monténégrins seront impaissants. Il y a donc tout lieu de croire que Scutari ne tombera pas entre leurs mains, et que les puissances médiatrices ne seront point placées dans la pénible obligation d'intervenir plus activement. Ainsi aura été évit^ un grand conflit dont les conséquences risquaient de bouleverser l'Europe sans aucun profit pour les Slaves. Nos contradicteurs, devenus rares, doivent reconnaître l'importance des résultats obtenus. Ils en sont réduits à dire que ceux-ci l'auraient été tout aussi bien sans l'intervention de l'Europe. Quelle logique! Quand les diplomates prennent des décisions auxquelles on ne donne pas suite, on dit qu'ils sont ridicules ; quand 'Is se préoccupent d'assurer l'exécution de leurs déc's'ons, on d't qu'ils font une besogne odieuse et vame ; et quand leurs efforts aboutissent au résultat anxieusement désiré par l'Europe, on déclare qu'ils auraient mieux fait de se tenir tranquilles. Telle est la méthode de discussion des hommes d'Etat du boulevard.

Les diplomates responsables sont plus sérieux. Ils s'oc-

cupent en ce moment de prévenir les incidents de nature à s'opposer au prochain rétablissement de la paix. Ils ont décidé que les puissances médiatrices se tiendraient prêtes à envoyer simultanément des bateaux de guerre devant Constantinople dès qu'apparaîtrait le danger de la prise de Constantinople dans le cas où l'armée bulgare, renforcée, entreprendrait réellement d'enlever les lignes de Tchctaldja. En effet, si l'Europe désire que le sort de Constantinople, qui est une affaire européenne, ne se règle point soudainement sans sa participation, il importe que les Bulgares vainqueurs trouvent des forces européennes dans le Bosphore et à Constantinople même. Déjà, dans le courant de novembre, quand les Bulgares menaçaient la capitale ottomane, des troupes internationales y avaient été débarquées. De toute nécessité, il faudrait recommencer l'opération si les circonstances redevenaient aussi critiques. La destinée de Constantinople, qui emporte celle de l'Asie Mineure, ne saurait être abandonnée au hasard.

Il a fallu aussi revenir sur la question de l'indemnité de guerre. En vue de rendre plus facile aux alliés balkaniques l'acceptation de la dernière note des puissances, le gouvernement français a proposé une nouvelle formule qui donne à la conférence technique financière de Paris le mandat «d'examiner si l'attribution d'une compensation pécuniaire aux alliés peut se concilier avec les intérêts légitimes de la Turquie et la sauvegarde des garanties octroyées aux porteurs de titres ». Cette formule ne tranche point la question de principe contre les alliés, comme dans la première note ; elle la laisse ouverte. C'est le maximum que l'on puisse concéder aux alliés, sans léser des intérêts très considérables et sans provoquer un refus de la Turquie. Avec un remarquable esprit de décision, trop rare dans son histoire, le gouvernement ottoman a accepté sans réserve les bases des

préliminaires de paix proposées par les médiatrices. Cellesci ne peuvent plus maintenant modifier radicalement une de ces bases. A l'heure actuelle où toute la Turquie d'Europe, à l'exception de Constantinople, des Détroits et de l'Albanie, est abandonnée aux alliés balkaniques, ce n'est plus à Constantinople qu'il faut donner des conseils de modération.

Page 1