‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 39 sur 112 · RÉPONSE DES BALKANIQUES A LA NOTE DES PUISSANCES MÉDIATRICES · texte numérisé non relu

RÉPONSE DES BALKANIQUES A LA NOTE DES PUISSANCES MÉDIATRICES

22 avril 1913.

Les représentants des grandes puissances près des quatre Etats balkaniques ont reçu hier soir communication de la réponse des alliés à la dernière note des médiatrices. Cette réponse est conçue en termes d'une imprécision qui reflète les hésitations des alliés. Elle commence par énoncer des réserves générales sur les quatre points de la note ; puis elle exprime de nouveau le désir que le principe de l'indemnité de guerre soit admis. Néanmoins, dans le dernier paragraphe, les alliés déclarent qu'ils acceptent la médiation des puissances. Enfin cette acceptation est aussitôt suivie de la réserve qu'ils débattront au cours des négociations les questions se rapportant aux îles et à la fixation définitive des frontières de la Thrace et de toute l'Albanie.

Tout cela n'est point très clair. On se demande si lamé- Gauvain. — t. V. 10

diation est acceptée en principe de telle façon que la conférence de Londres soit autorisée à y procéder sans autre délai, ou bien s'il faudra négocier de nouveau avant de se mettre à Tœuvre. Peut-être les alliés laissent-ils intention| nellement planer cette incertitude ; ils n'ont sans doute pas voulu repousser les conditions préliminaires de la médiation, tout en maintenant leurs desiderata sur certains points. A notre avis, la réponse d'hier permet à la conférence de Londres de préparer immédiatement les préliminaires de paix sans autre négociation. Dès lors que la médiation est acceptée sans réserves par la Turquie et en principe par les alliés balkaniques, cela suffit pour que l'œuvre même de la médiation soit entreprise utilement. S'il s'agissait d'un arbitrage dont le résultat s'imposerait aux parties en cause sans recours possible, il serait nécessaire de fixer préalablement les clauses du compromis dans le plus grand détail. Il n'en est pas de même dans le cas d'une médiation où les intéressés conservent le droit^de ratifier les décisions proposées ; il n'est pas nécessaire que toutes les questions préliminaires soient élucidées avant que les puissances médiatrices se miCttent à l'ouvrage. Il suffit qu'en fait les parties laissent la médiation s'exercer. Or, dans l'espèce, les réserves des alliés semblent avoir uniquement pour but de leur permettre de soutenir encore , certaines prétentions devant la conférence de Londres sans qu'on puisse leur opposer une fin de non-recevoir fondée sur leur acceptation pure et simple des conditions préliminaires. '

De toute façon d'ailleurs, il serait téméraire de compter sur une très prochaine signature des simples préliminaires de paix. Qu'on adopte une procédure ou une autre, il faudra un certain nombre de jours, sinon de semaines, pour que la conférence des ambassadeurs réussisse à mettre sur

pied un projet de préliminaires acceptable pour tous les belligérants. Si large que soit la part laissée pour l'élaboration du traité définitif, la rédaction des articles préliminaires sur les îles de la mer Egée et les frontières de l'Albanie, sans parler de l'indemnité de guerre, n'ira point sans difficultés. Et, quand elle aura été arrêtée d'un commun accord par les ambassadeurs, il restera à la faire accepter par les belligérants. La paix, on le voit, la paix officielle, consacrée dans un traité définitif, est encore loin de nous. Heureusement une suspension d'armes a été conclue à Tchataldja et à Boulaïr, et il est permis d'espérer que les hostilités ne reprendront plus sur ces parties, de beaucoup les plus importantes, du théâtre de la guerre. Seulement le siège de Scutari dure toujours. Les troupes serbes n'y participent plus, il est vrai ; mais il est fort question depuis deux jours de la reddition de la place. Pour des raisons que nous ignorons, probablement par suite de l'épuisement de ses forces et de ses ressources, Essad Pacha négocierait une capitulation avec le général Yanko. Si, d'une manière ou de l'autre, Scutari venait à tomber entre les m.ains des Monténégrins, de graves complications seraient à craindre. Déjà on les prévoit à Vienne. Après une nouvelle délibération, les ministres austro -hongrois ont renoncé provisoirement à l'intention, annoncée ces jours derniers, de renvoyer dans leurs foyers les réservistes mobilisés sur les frontières de la Serbie et du Monténégro. D'autre part, les puissances dont les bateaux de guerre se trouvent dans les eaux monténégrines ont envoyé des instructions aux commandants de leurs unités navales en vue d'une action éventuelle. En effet, il est essentiel pour le maintien de la paix générale que des troupes internationales soient prêtes à agir, par exemple à occuper Scutari, dans le cas où la pLice tomberait. Cette occupation ne préjugerait rien et prévien-

drait une intervention isolée de l'Autriche-Hongrie. Elle aurait aussi l'avantage de fournir au roi de Monténégro une excuse suffisante aux yeux de son peuple. On peut même croire que Nicolas I®^ désire secrètement cette solution et que les nouvelles mises actuellement en circulation ont pour objet de la préparer. D'autre part, la discussion entre les alliés au sujet du partage des dépouilles prennent d'autant plus d'acuité que le moment des résolutions définitives se rapproche davantage. Les diplomates ont encore de la besogne devant eux.

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