LES CONSEQUENCES DE LA PRISE DE SCUTARI
24 avril 1913.
La situation créée par la prise de Scutari est l'objet des préoccupations de tous les gouvernements. La conférence des ambassadeurs €n a délibéré hier à Londres et les Cabinets examinent aujourd'hui les solutions proposées. On ne peut pas encore savoir ce qui sera décidé ; mais on peut dire sans grand risque d'erreur ce qui ne le sera pas. On ne confiera pas à l'Autriche-Hongrie seule un mandat européen pour obliger les Monténégrins à évacuer Scutari ; on ne procédera pas immédiatement à des actes d'exécution dans la région de Scutari et l'on s'opposera à ce que l'Autriche-Hongrie y procède sans mandat. Ces solutions écartées, il en reste plusieurs autres à envisager : par exemple une démarche diplomatique collective à Cettigné et l'occupation internationale des ports d'Antivari et de Dulcigno à titre de gages. Les deux mesures peuvent être prises séparément ou simultanément. Le Cabinet de Vienne a demandé, paraît-il, que le roi Nicolas fût sommé d'évacuer
Scutari dans un court délai, quarante-huit heures, dit-on^ à l'expiration duquel il serait immédiatement procédé à des mesures de coercition précises si, comme on le suppose généralement, le roi ne cédait pas. La conférence des ambassadeurs semble s'être prononcée en faveur de la sommation diplomatique sans fixation de délai. Si, comme on le croit, l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie s'est rallié à cette combinaison sous réserve de l'approbation de son gouvernement, ce serait un résultat appréciable. L'essentiel est que l'unanimité officielle des puissances subsiste.
Dans cette phase de la crise comme dans la précédente,.
les observateurs superficiels sont tentés de ridiculiser les
résolutions des gouvernements qui ne sont point destinées
à être couronnées d'un succès définitif. Ces jugements-
sont iniques. Les hommes d'Etat responsables, ministres
et diplomates, qui visent un but déterminé, adoptent les-
moyens propres à l'atteindre qui sont à leur portée. Ils ne
disposent point des événements dans les territoires où ils
ne détiennent aucune parcelle d'autorité. Si ces événements-
tournent contre leurs désirs, ce peut être un malheur, mais
il n'y a là rien de ridicule. La démonstration navale dans
les eaux monténégrines n'a pas produit, il est vrai, tous
les résultats qu'on en pouvait espérer. Mais elle a atteint
son but principal, c'est-à-dire le maintien de la paix et
de l'union diplomatique européenne à un moment où l'une
et l'autre étaient menacées d'être rompues, car, à l'heure
où elle a été décidée, il s'agissait de cela. Aujourd'hui, la
chute de Scutari remet tout en question ; il faut donc aviser
de nouveau. De même qu'il y a deux semaines on a trouvé
le moyen de prévenir un conflit immédiat, de même on en
cherche maintenant un autre destiné à procurer le même
résultat. Après, peut-être faudra-t-il recourir encore à un
nouvel expédient. Cette tâche est pénible et peu glorieuse ;
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elle n'est point ridicule. Au lieu de discréditer les hommes qui s'y adonnent dans l'intérêt général, il serait plus équi^ table de rendre hommage à leurs efforts. Depuis le commencement de la guerre, d'ailleurs, ces efforts tant critiqués n'ont point été stériles. Grâce à eux, tout le système oriental a été remanié de fond en comble sans qu'éclatât la conflagration générale redoutée et prévue. Hier soir, au banquet de l'Association de la presse étrangère à Londres^ M. Asquith a pu dire justement que les résultats obtenus par les réunions des ambassadeurs ne permettent pas de regretter le temps qui leur a été consacré. Souhaitons seulement le même succès aux réunions qui suivront.