LA SITUATION A CONSTANTINOPLE
8 juin 1913.
Les nouvelles de Constantinople ne sont pas rassurantes. A mesure que se rapproche le moment où l'armée ottomane devra passer du pied de guerre au pied de paix, les hommes parvenus au pouvoir après le coup de force du 23 janvier deviennent de plus en plus nerveux. Ils redoutent d'avoir des comptes à rendre aux camarades et amis de Nazim Pacha ainsi qu'au pays. Aussi paraissent-ils plus préoccupés de se maintenir à tout prix que de préparer la réorganisation de l'empire. Ils imaginent des complots afin d'avoir un prétexte de bannir ou d'enfermer leurs adversaires.
Cet arbitraire ne peut durer indéfiniment. Les puissances viennent de le rappeler à la Sublime Porte en demandant la démobilisation immédiate de l'armée. Aujourd'hui que la paix est signée, il ne reste aucune raison à la Turquie de conserver sous les armes les réserves mobilisées. Quelles que soient les solutions adoptées pour les questions restées en suspens, il est impossible qu'elles fassent renaître un
conflit armé où la Turquie prendrait part, puisque celle-ci s'en est d'avance remise sans réserve à l'arbitrage des grandes puissances. Si les réservistes ottomans n'étaient pas renvoyés dans leurs foyers, on en devrait conclure que le Cabinet de Constantinople médite quelque obscur dessein. Il paraît, en effet, que les brouillons qui ont mené l'empire à l'abîme n'ont pas perdu tout espoir de regagner, à la faveur des dissensions balkaniques, une partie des territoires cédés. Ce serait de la pure démence. Si la Turquie, au lieu de consacrer désormais toutes ses forces à sa réorganisation intérieure, élaborait des plans de revanche, il faudrait désespérer de son relèvement. En tout cas, elle découragerait absolument les puissances actuellement disposées à l'aider dans son œuvre très délicate de régénération. En ce moment, pour des raisons politiques et économiques, la démobilisation s'impose. Nous comptons que les grandes puissances veilleront à ce qu'elle s'effectue dans^le plus bref délai.