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LA CRISE ORIENTALE S AGGRAVE

17 juin 1913.

L'initiative de l'empereur Nicolas n'a pas trouvé partout un accueil également favorable. La Grèce et le Monténégro

semblent prêts à accepter immédiatement l'initiative russe. Mais il n'en est pas tout à fait de même en Serbie et en Bulgarie.

En Serbie, les deux partis d'opposition, les progressistes et les nationalistes, qui ont des tendances où des traditions austrophiles, mènent une campagne ardente contre un compromis avec la Bulgarie. Ils affectent une intransigeance patriotique absolue aussi bien pour mettre dans l'embarras le Cabinet radical présidé par M. Pachitch qu'afin de satisfaire leurs sentiments anti-bulgares. Ce sont ces partis qui, sous l'inspiration austro-hongroise, ont mené la Serbie à Slivnitza ; ce sont eux qui ont toléré et encouragé le régime de demi-vassalité envers Vienne pratiqué par le roi Milan ; ce sont encore eux qui, à la veille de la guerre balkanique, menaient une campagne furieuse contre les commandes et l'acceptation de canons du Creusot. Vienne est leur centre d'attraction. Ils prétendent réaliser les destinées du peuple serbe avec le concours de l 'Autriche-Hongrie contre les Bulgares. Actuellement toutefois, ils sont en une singulière posture. Ils prétendent obliger M. Pachitch à ne rien céder aux Bulgares, et ce sont précisément leurs anciens patrons de Vienne qui poussent les Bulgares à ne rien céder à la Serbie. Si les nationalistes et les progressistes arrivaient au pouvoir,, ils courraient à un Slivnitza diplomatique. Heureusement le roi Pierre a fort sagement insisté près de M. Pachitch pour qu'il restât au pouvoir avec ses amis qui ont déjà donné tant de preuves d'énergie, de discernement et d'esprit de conciliation. Dans les circonstances critiques qu'il traverse, le peuple serbe tout .entier doit se ranger derrière le roi Pierre et M. Pachitch. Il peut compter sur son souverain et son premier ministre pour défendre tout ce qui est défendable. La surenchère patriotique est une manœuvre d'irresponsables qui risquerait de ruiner la Serbie.

En Bulgarie, où les irresponsables jouent aussi un grand rôle, on a vu d'un œil plutôt défiant l'invitation du tsar à r^ler à quatre, à Pétersbourg, les différends relatifs à la répartition des territoires conquis. On craint de se trouver un contre trois à la conférence arbitrale projetée. On affecte aussi de craindre que les Serbes refusent d'évacuer les territoires qui ne leur seraient point reconnus. Ces objections ne sont guère sérieuses. On ne peut pas douter que le gouvernement serbe se conforme effectivement à la décision prise ; autrement il mettrait tout le monde contre lui. En outre, la Bulgarie ne serait en aucun cas isolée à Pétersbourg ; par affection et par intérêt la Russie soutiendrait de ses prétentions tout ce qui est légitime. L'empereur Nicolas ressent le plus vif désir de ne point s'aliéner les Bulgares et il n'est nullement disposé à sacrifier leur cause. Le Cabinet de Sofia reconnaîtrait indirectement le mal fondé de ses prétentions en refusant de les soumettre au jugement d'un arbitre impartial, de l'arbitre désigné d'avance d'un commun accord dans le traité du 13 mars 19L2.

En Serbie et en Bulgarie, l'intérêt supérieur de l'État commande donc d'accepter sans réserves l'arbitrage intégral de l'empereur Nicolas, sous quelque forme qu'il se produise, et de clore dès aujourd'hui les polémiques irritantes de presse. Quelle que soit la répartition de territoires fixée par l'arbitre, elle vaudra mieux pour tous les intéressés qu'une rupture suivie d'un conflit. A quel danger ne serait pas exposé l'État balkanique vainqueur de ses frères slaves! A quelles coalitions ne serait-il point en butte et combien précaires seraient ses acquisitions! Enfin, il faut toujours se rappeler que la Roumanie, instruite par l'expérience, bien armée et bien outillée, avec une armée toute fraîche, ambitieuse de cueillir elle aussi des lauriers, est prête à

intervenir en \Tie de ne pas laisser rompre l'équilibre dans les Balkans. Intérêt, équité, parenté de race et prudence s'unissent pour inviter les alliés balkaniques à rester uniset à régler leurs différends à l'amiable.

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