‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 68 sur 112 · ACCEPTATION DE L ARBITRAGE PAR LE CABINET DANEF · texte numérisé non relu

ACCEPTATION DE L ARBITRAGE PAR LE CABINET DANEF

24 juin 1913.

Il semble que l'on approche du dénouement. Le gouvernement bulgare a pris hier une décision propre à le hâter. Dans un Conseil tenu sous la présidence du roi Ferdinand, il a décidé de notifier au gouvernement russe qu'il accepte Gauvain. — t. V. 17

l'arbitrage du tsar dans son différend avec la Serbie et qu'il désii^e vivement que la sentence arbitrale soit rendue à bref délai. Il n'a formulé aucune réserve expresse sur la portée ni sur les conditions de l'arbitrage ; il s'est borné à exprimer l'espoir que la sentence serait rendue conformément aux stipulations du traité du 13 mars 191 2. En même temps, il aurait envoyé à Pétersbourg un mémoire où il expose en détail la thèse bulgare.

Cette décision tient à plusieurs causes. Comme les autres États balkaniques, la Bulgarie est lasse de l'incertitude actuelle. Mais, plus peut-être que la Serbie et la Grèce, elle est épuisée par l'immense effort militaire et financier soutenu depuis neuf mois. Son armée est très éprouvée et, malgré les proclamations enflammées de l'Organisation intérieure, n'est point unanime dans l'envie de brusquer les alliés. Elle aspire à un prompt règlement de la querelle ; les paysans veulent regagner leurs champs. Financièrement, la situation du Trésor bulgare est très embarrassée, les payements intérieurs s'effectuent difficilement. Tout dernièrement, par une faveur qui ne saurait se renouveler sans constituer une violation de l'égalité de traitement visà-vis des autres alliés, la Bulgarie a obtenu à Paris un prêt important dont l'urgence était extrême. Une situation économique aussi tendue ne peut se prolonger indéfiniment. Au point de vue diplomatique, les préoccupations ne sont pas moins grandes. La Grèce tient à ce que la question de répartition des territoires conquis soit réglée promptement et elle le déclare en termes catégoriques. Dans une note qu'on lira plus loin, le ministre des affaires étrangères grec réclame un arbitrage général visant l'ensemble des contestations entre tous les alliés. Fort sagement il insiste sur le fait que les quatre États, ayant fait la guerre en commun, doivent procéder en commun à la répartition

des territoires cédés en bloc par la Turquie aux vainqueurs, a La Bulgarie, dit-il, ne saurait prétendre que le partage est une affaire qu'elle seule peut régler avec chacun des alliés séparément, » Cela équivaudrait, en effet, à prétendre à l'hégémonie dans la Ligue balkanique. Or, à aucun prix, aucun des autres alliés ne veut reconnaître ni dans le présent, ni dans l'avenir, pareille hégémonie, et c'est parce que des velléités de prépondérance se dessinent à Sofia que la Grèce et la Serbie s'efforcent de prendre des précautions. Quand on examine d'un peu près les diverses péripéties de la dernière crise orientale, on est obligé d'admettre , que ces précautions sont justifiées. Si elles avaient été prises au cours de la guerre, au moment où par le fait de la Bulgarie l'objet et les conditions de l'alliance furent modifiées, les différends actuels n'existeraient pas.

De son côté, la Roumanie réserve sa pleine liberté d'action et chacun sait que cette action s'exercera en vue du maintien de l'équilibre balkanique, contre toute tentative de prépondérance. Hier, à Caracal, M. Take Jonesco, ministre de l'intérieur et principal personnage du Cabinet roumain, dont l'influence s'est constamment exercée en faveur des solutions pacifiques depuis son retour au pouvoir, a déclaré qu'il n'était point partisan de la paix à tout prix. « S'il s'agissait, a-t-il dit, d'une question d'honneur ou d'intérêt vital dans le présent ou l'avenir, je ne serais pas le dernier à demander à la nation des sacrifices d'argent et de sang ». Il convient de rapprocher ce langage du passage suivant du message de clôture adressé le 2 juin par le roi Charles au Parlement roumain :aLes crédits exceptionnellement élevés que vous avez votés pour l'armée ont mis cette institution, puissant bouclier de la patrie dans le présent et garantie de ses légitimes aspirations dans l'avenir, en état de correspondre mieux encore à la confiance illimitée

que le pays a toujours eue en ses soldats. » Enfin les journaux officieux de Bucarest disent tous que le gouvernement est décidé, au cas où la guerre se rallumerait dans les Balkans, à prendre immédiatement des mesures militaires ; on est prêt à lancer les ordres de mobilisation. La Roumanie ne veut plus être exposée, après une nouvelle guerre, à discuter en tête-à-tête avec le vainqueur les conditions d'un nouvel équilibre balkanique.

Ainsi, à l'intérieur et à l'extérieur, de pressantes raisons engagent la Bulgarie à régler à l'amiable ses contestations avec ses alliés.

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