‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 7 sur 112 · LA DICTATURE DE L UNION ET PROGRES · texte numérisé non relu

LA DICTATURE DE L UNION ET PROGRES

27 janvier 1913.

Il commence à arriver de Constantinople des nouvelles sousti^aites à la censure des révolutionnaires. Elles confirment ce qu'il était facile de deviner à travers les télégrammes arrangés par la nouvelle administration. Le renversement du Cabinet Kiamil Pacha n'a pas été causé par

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un soulèvement d'opinion contre ses prétendues défaillances patriotiques, ni même par un mouvement militaire. Il est l'œuvre de conspirateurs dirigés par Enver Bey, Talaat Bey et les membres les plus ardents de l'Union et Progrès. Plusieurs jours même avant qu'on pût savoir dans quel sens se prononcerait le Grand Conseil convoqué au palais de Dolma-Bagtché, les conspirateurs avaient pris leurs mesures pour exécuter leur coup, et ils l'ont exécuté avant que se fût produite la moindre protestation populaire contre la décision de l'assemblée. Ils ont pris leurs dispositions de manière à isoler complètement les membres du Cabinet réunis en Conseil, et ils ont commencé par assassiner Nazim Pacha, dont ils redoutaient justement le prestige dans l'armée. Kiamil Pacha a signé sa démission devant le revolver d'Enver Bey. Les conspirateurs étaient si peu sûrs du sentiment populaire, qu'ils se vantaient de représenter, qu'ils ont fait ensevelir à la hâte le corps à peine refroidi de Nazim Pacha. Si, comme on l'a télégraphié, Enver Bey suivait le convoi du malheureux ministre de la guerre, c'était sans doute pour en imposer par sa présence à ceux qui auraient voulu riianifester en faveur de sa victime. De tous les officiers généraux ottomans, Nazim Pacha était celui qui avait montré le plus de courage, de désintéressement, de perspicacité politique et de fidélité aux idées de juillet 1908. Il était par là-même désigné aux coups des ambitieux sans scrupules.

Les hommes qui se sont emparés du pouvoir ne constituent pas un véritable gouvernement. Ils n'ont même pas réussi à former un ministère, car tous les jours on cite des noms différents pour les détenteurs des divers portefeuilles. La signature du rescrit nommant Mahmoud Chevket Pacha grand-vizir a été arrachée par la menace au sultan comme l'avait été celle de la démission de Kiamil Pacha. Il y a du

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sang sur tous ces papiers d'où les conspirateurs tirent leur autorité. Aucun personnage honorable ne semble avoir encore consenti à se charger du ministère des affaires étrangères. A l'hsure actuelle, il est aussi dangereux de refuser que d'accepter. Dans ces conditions, les gouvernements étrangers sont tenus d'observer la plus grande réserve à l'égard du nouveau Cabinet. Ils ne sauraient, sans compromettre les intérêts de leur pays et leur dignité, nouer des rapports de confiance avec les auteurs et les complices des assassinats de jeudi. Surtout ils doivent leur refuser tout concours, toute aide quelconque de nature à leur permettre d'affermir un pouvoir précaire. Tandis que Nazim Pacha et ses officiers d'ordonnance étaient tués à la Sublime Porte, les associés d'Enver Bey restés dans les capitales européennes préparaient des emprunts. Un d'eux est en ce moment à Paris. Il demande à nos financiers l'argent nécessaire pour continuer la guerre et faire vivre le comité de Salut public de Constantinople. Les capitalistes français doivent être avertis qu'en consentant dans les circonstances actuelles les prêts sollicités ils commettraient un crime contre la civilisation. Il ne sera permis de conclure des arrangements financiers qu'avec un gouvernement ottoman qui aura adhéré aux conditions stipulées dans la note identique des six grandes puissances remise le 17 janvier à la Porte et acceptée le 22 janvier par le Grand Divan.

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