LA SITUATION DIPLOMATIQUE
5 juillet 1913.
D'après les nouvelles des dernières 24 heures, la situation militaire ne semble point sensiblement modifiée dans les Balkans. Les Serbes et les Grecs affirment qu'ils ont prononcé leur contre-o^ensive et remporté de nouveaux succès. Suivant des télégrammes d'origine viennoise, les Bulgares auraient gagné une grande bataille. Le temps seul permettra de contrôler l'exactitude de ces nouvelles. Toutefois, si l'on se reporte aux événements de l'automne dernier et à leurs commentaires viennois qui ont atteint le plus haut degré de fantaisie, on ressent une défiance instinctive devant les récits de la Reichspost. Par contre, des informations authentiques et des documents révélateurs confirment nos appréciations d 'avant-hier sur le plan d'attaque bulgare. L'attaque simultanée de tout le front gréco-serbe a été minutieusement combinée. Elle a été exécutée en violation des prescriptions les plus sacrées du droit des gens — si l'on peut encore dire qu'il reste quelque chose de sacré dans le droit des gens. Comme l'annonçait l'Organisation intérieure bulgare dans sa déclaration du 16-29 "^^^ ^9^3 ^^^ nous avons signalée dans les Débats du 23 juin, les Bulgares n'ont point hésité « à se servir de tous les moyens à leur portée sans tenir compte ni de la convention de Genève, ni de toute autre convention internationale ». Ils ont fait la solitude où ils ont passé. L'histoire parlera des atrocités bulgares de 191 3 comme de celles de 1876, mais pas dans le même sens. Voilà où s'est laissé
mener le Cabinet de Sofia sous l'influence des comitadjis macédoniens. II est temps, dans l'intérêt de la Bulgarie et pour le respect de l'humanité, que le roi Ferdinand ressaississe l'autorité.
Les circonstances sont aujourd'hui telles que les puissances des deux grands groupements européens peuvent s'employer également au rétablissement de la paix sans créer de dissentiments entre elles La presse viennoise ellemême engage la Bulgarie à faire des sacrifices En efïet, il est de l'intérêt évident de l 'Autriche-Hongrie que la Bulgarie ne s'expose point à être complètement battue et que la Roumanie en reste à la menace sans franchir le Danube. Il serait suprêmement imprudent de la part du Ballhausplatz d'encourager le Cabinet de Sofia dans l'intransigeance. Si même les troupes bulgares venaient à reprendre l'avantage sur les Serbes et les Grecs, ce serait une médiocre consolation pour Vienne, car les troupes roumaines mobilisées entreraient immédiatement en ligne. Il en résulterait une nouvelle et plus pénible épreuve pour la diplomatie austro-hongroise. En effet, suiz;ant toute vraisemblance, l'Autriche-Hongrie serait hors d'état d'intervenir militairement, car son intervention provoquerait iné- ^vitablement celle de la Russie et une conflagration où la Roumanie — la Turquie aussi probablement — serait dans le camp opposé. Ce déplacement de forces exposerait la Double monarchie à des risques mortels. Par voie de conséquence, l'Allemagne doit aussi engager la Bulgarie à la conciliation et à subir dans une certaine mesure la juste peine de ses fautes. L'instant est donc propice pour préparer sinon une réconciliation, du moins un arrangement général balkanique. Seulement, il s'agit de le saisir, au lieu de considérer les événements avec un détachement philosophique. Si jamais les diplomates
LA GUERRE INTERBALKANIOUE 289
ont eu l'occasion de faire œuvre utile, c'est aujourd'hui. Nous avons dit hier dans quel sens leur action devrait s'exercer.