LA SITUATION DIPLOMATIQUE
7 juillet 19 13.
Commencée il y a huit jours par l'attaque perfide des Bulgares, la guerre est aujourd'hui déclarée officiellement entre les anciens alliés. Les missions diplomatiques sont rappelées et des notes de rupture ont été échangées. Sauf la Roumanie, qui r. signifié son intention d'intervenir militairement, les autres puissances observeront la neutralité, ou du moins elles affirment actuellement leur intent* on de l'observer. Mais le respect des règles de la neutralité n'exclut nullement l'action diplomatique, nous l'avons montré hier et avant-hier. Cette opinion semble avoir gagné du terrain depuis deux jours. A Sofia même, où l'on se rend enfin
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compte de la gravité de la situation, on n'est pas loin de désirer l'intervention diplomatique des grandes puissances. Seulement on ne conçoit peut-être pas partout cette intervention d'une façon pratique. Par exemple, on parle de l'arbitrage des grandes puissances pour la répartition des territoires contestées. Or, à l'heure actuelle, il ne peut plus ^tre question d'arbitrage. Il n'existe plus de base pour un arbitrage. La guerre étant déclarée, il ne peut plus s'agir que de médiation. Les grandes puissances n'ont plus qualité pour réclamer le rôle d'arbitres, et les belligérants ne se résoudront certainement pas à le leur confier. La solution de la querelle a été remise au sort des armes ; le dieu des batailles décidera. Toutefois l'action des puissances peut s'exercer de manière à préparer une solution assurant le maintien de l'équilibre balkanique. C'est ici que le concours de la Roumanie peut être extrêmement précieux.
La Roumanie ne recherche ni un accroissement de territoire, ni une occasion de se battre. Elle veut garantir pour l'avenir son indépendance et cette indépendanc dépend de l'équilibre balkanique. Elle ne désire donc point se jeter sur la Bulgarie et aller à Sofia lui arracher des concessions. Mais, instruite par l'expérience et convaincue que le gouvernement bulgare, âpre et retors, ne renoncera à ses ambitions que sous la contrainte matérielle, elle a mobilisé pour être en mesure d'engager avec Sofia une conversation décisive. Son rôle est tout indiqué. Avant de donner l'ordre à ses troupes d'entrer en territoire bulgare, et sans subordonner ses actes à l'état des opérations militaires entre les belligérants, la Roumanie dira probablement à la Bulgarie : « Je n'admets point que vous dépassiez dans la péninsule telle et telle limite ; êtes-vous disposée à signer sur ces bases un projet de partage avec vos anciens alliés et à conformer immédiatement vos actes à cette acceptation
de principe ? Si vous répondez oui, nos troupes ne fran-^ chiront point votre frontière et l'on procédera sans retard à la signature d'un projet de partage. Si vous répondez non, ou si vous donnez une réponse dilatoire, ou si les mouvements de vos troupes ne correspondent point à vos déclarations officielles, nous procéderons dès le lendemain à la saisie des gages que nous jugeons indispensables. » Ce langage, appuyé par deux ou trois centaines de mille hommes massés le long du Danube, produirait vraisemblablement l'effet désiré.
C'est donc à Bucarest qu'est le nœud de la situation diplomatique. C'est là que, de concert avec les représentants des États désintéressés, le règlement de la querelle balkanique doit être élaboré. Mais il n'y a pas un instant à perdre. Les gouvernements sincèrement soucieux de prévenir l'extension de la. guerre et de préserver l'équilibre doivent s'entendre immédiatement. Une des bases de l'accord doit nécessairement être la fixation de la ligne du Vardar, entre Kuprulu et Guevguéli, comme frontière entre la Bulgarie, la Serbie et la Grèce. Certes les chances de la guerre réservent de grandes surprises. Mais en toute sincérité nous pensons que l'intérêt bien entendu de la Bulgarie lui commande de se rallier à cette combinaison. Elle conserverait ainsi tout ce qu'elle a conquis et tout ce qu'elle occupe. Si elle refuse ou tergiverse, elle risque de perdre à la fois le bassin de la Brégalnitza, une partie des côtes<<le la mer Egée, la rive gauche de l'Ergène et les territoires situés au sud de la Dobroudja. En comparaison de ces risques, que vaut l'espoir d'annexer Monastir et Ochrida ?
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