‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 77 sur 112 · RUPTURE DES NÉGOCIATIONS BULGARO-ROUMAINES · texte numérisé non relu

RUPTURE DES NÉGOCIATIONS BULGARO-ROUMAINES

8 juillet 1913.

Aucun événement militaire de première importance n'est signalé aujourd'hui. Mais les nouvelles de Vienne et de Sofia relatives à une série de succès bulgares ne sont pas confirmées. Non seulement elles sont démenties catégoriquement par les gouvernements serbe et grec ; mais il résulte d'informations concordantes et précises que l'armée grecque s'est emparée de plusieurs positions dominantes au nord et à l'est de Salonique et que les troupes serbes, après avoir repris les positions enlevées par surprise le 30 juin, ont refoulé les Bulgares sensiblement au delà de leurs lignes antérieures. Les Grecs ont pris Kilkich et Doiran ; les Serbes se sont emparés de Kotchana. Les Bulgares n'occupent plus un seul point de la rive droite du Vardar. Dans ces conditions, on se demande ce qu'attend le Cabinet de Sofia pour traiter. Une victoire décisive ? Mais, en quoi la victoire espérée sera-t-elle décisive ? Une défaite serbe ou grecque sûr le théâtre actuel de la guerre ne trancherait nullement la question des territoires contestés. Il faudrait au moins deux autres victoires, l'une sur la rive droite du Vardar, l'autre dans les environs de Salonique, pour mettre les Bulgares en possession des régions qu'ils revendiquent. De plus, la Roumanie va dans quelques jours être en mesure d'entrer en ligne. Enfin la Turquie semble décidée à ne point laisser passer l'occasion d'imposer à son vainqueur d'hier une réduction des sacrifices

Stipulés dans le traité de Londres — *non encore ratifié. Les Bulgares ont toujours eu dans leur propre force une confiance illimitée. Ce sentiment, enraciné au plus profond d'eux-mêmes, leur a permis d'accomplir de grandes choses. Mais il leur a fait négliger les occasions les plus favorables pour traiter avec la Turquie et il vient de leur faire commettre des fautes inexcusables. Il risque aujourd'hui de ruiner leur avenir. Si le gouvernement bulgare n'est point aveuglé par l'entêtement, il doit traiter maintenant. Et, suivant nous, on lui rendra service, à lui et à ses anciens alliés, en l'engageant amicalement à s'incliner devant les événements. Il agirait plus sagement en négociant un arrangement qu'en cherchant à se disculper de la misérable fourberie des 29 et 30 juin. Les arguments qu'il invoque à sa décharge sont pitoyables. Ils se retournent contre lui. L'esprit de chicane invétéré s'y révèle à chaque phrase. D'ailleurs il éclate dans toute l'attitude de la diplomatie bulgare depuis des mois. Il y a quinze jours encore, à un moment où les ménagements envers la Roumanie s'imposaient, les plénipotentiaires bulgares à la Commission chargée de la délimitation du rayon de trois kilomètres de terrain cédé à la Roumanie autour de Silistrie par la convention de Saint-Pétersbourg recouraient à tous les subterfuges afin de réduire l'étendue de cette insignifiante cession. La Commission a dû se séparer sans avoir rien conclu. A ce degré, la rouerie devient singulièrement dangereuse.

Si l'on désire se rendre compte des véritables motifs des Bulgares pour entrer sans retard en possession des territoires macédoniens contestés, on lira avec fruit le nouvel ouvrage de Balkanicus, Les Serbes et les Bidgùres dans la Guerre balkanique. On y trouvera une série de lettres authentiques, bien intéressantes, d'agents bulgares

LA GUERRE INTERBALKANIQUE 297

€n Macédoine. Par exemple, ce passage d'une lettre du II janvier 191 3 : « Autant que nous le pouvons, nous parlons au peuple et nous l'encourageons, mais avec effroi ; de jour en jour, tous attendent l'armée bulgare. Venez le plus tôt possible, car tous se serbisent. Ceux mêmes qui étaient les plus grands Bulgares sont Serbes maintenant. » évidemment, le gouvernement bulgare, qui fonde ses prétentions sur l'ethnographie et l'attachement présumé des populations, était intimement si peu convaincu de la solidité de cet attachement qu'il avait hâte d'incruster par les armes la foi bulgare dans le pays qu'il convoitait.

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