‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 78 sur 112 · FRANCE, ROUMANIE ET AUTRICHE · texte numérisé non relu

FRANCE, ROUMANIE ET AUTRICHE

9 juillet 1913.

La Triple -Entente est bien mal récompensée de son impassibilité en présence des événements balkaniques. Tandis qu'elle affirme le principe de non-intervention et son désir de ne point opposer un des grands groupements européens à l'autre, on l'accuse à Vienne d'avoir suscité la crise actuelle. C'est la Russie et la France que la presse austro-hongroise rend responsables de la mobilisation roumaine. On ne parvient toujours pas au Ballhausplatz à croire que la nation roumaine est résolue à suivre une politique roumaine. L'habitude de considérer comme des colonies les Slavies de la monarchie et comme des protectorats les États balkaniques limitrophes trouble à ce point l'esprit de nos confrères des deux côtés de la Leitha qu'ils veulent absolument Voir l'influence de puissances étrangères dans les décisions de leurs voisins du Sud. Pourtant;

durant toute la première crise bulgare -roumaine, qui se termina par la cession de Silistrie, les gouvernements et les publicistes russes et français ne cessèrent de recommander à Bucarest la conciliation. A ce même moment, le Cabinet de Vienne jouait double jeu, feignant de soutenir ostensiblement les demandes roumaines et travaillant discrètement à les réduire au minimum. Il voulait en même temps retenir la Roumanie dans son orbite et s'attacher la Bulgarie sur laquelle il comptait pour mater la Serbie. Et voilà qu'aujourd'uui la Nouvelle Presse libre et consorts nous reprochent d'avoir excité le chauvinisme roumain !

Hélas ! notre rôle à Bucarest est depuis longtemps d'une extrême disrcétion. Nous ne saurions nous flatter d'y exercer une influence décisive en aucun sens. Par contre, la diplomatie austro-allemande y a été longtemps toute puissante. Elle s'étalait sans retenue. MM. d'Aehrenthal et de Kiderlen-Waechter, quand ils étaient ministres à Bucarest^ traitaient les ministres roumains comme de petits garçons. En vérité, c'eût été plutôt à nous de nous plaindre. Mais la Nouvelle Presse libre ne se souvient de rien, même de Thistoire. Dans son égarem.ent, elle remonte au xvii^ siècle pour accuser le Roi Très Chrétien et la Fille aînée de l'Église d'avoir soutenu les Turcs devant Vienne. Nous nous serions plutôt attendus à des remerciements pour le précieux concours des contingents de Louis XIV à la bataille de Saint- Gothard sur la Raab en 1664. C'est grâce à l'aide de ces troupes françaises, dont la tenue étonnait le grandvizir, que MontecucuUi vainquit les Ottomans. Vingt ans plus tard, il est vrai, les Français ne figuraient point parmi les troupes qui firent lever le siège de Vienne. Mais ils n'étaient point non plus dans le camp opposé. Ils s'étaient abstenus simplement, et la Nouvelle Presse libre ne s'en étonnerait point si elle se rappelait les procédés des Im-

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périaux à l'égard de la France dans l'intervalle. Louis XIV avait été trop mal récompensé de son premier secours pour en fournir un second. On sait aussi comment la Cour de Vienne, sauvée par les Polonais de Sobieski, traita la Pologne.

La presse viennoise n'est pas plus heureuse dans ses polémiques à l'occasion des Balkans que dans ses appréciations historiques. Elle attire fâcheusement l'attention sur des faits qu'il serait de son intérêt de tenir dans l'ombre. Si la Bulgarie ne s'était point sentie soutenue par le gouvernement de Vienne, elle n'eût peut-être pas commis l'acte que l'histoire jugera plus sévèrement encore que les contemporains, quel que soit d'ailleurs le résultat de la guerre. En face d'une situation nouvelle où se trouvait en jeu l'équilibre balkanique, et par suite l'équilibre européen, la France et la Russie ont dû nécessairement se préoccuper des conséquences. Leur sympathie va naturellement à la Roumanie qui défend son indépendance. Il n'a été besoin d'aucune excitation pour faire comprendre aux Roumains que toutes leurs destinées étaient en cause. Que le eomte Berchtold conseille sincèrement aux Bulgares de conclure avec les Serbes et les Grecs une transaction équitable, et l'Orient rentrera promptement dans l'ordre. j

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