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LA BULGARIE BATTUE DEMANDE LA MÉDIATION DE LA RUSSIE

10 juillet 1913.

La Bulgarie avoue sa défaite. Elle a demandé l'intervention de la Russie. En même temps, pour la première fois depuis le commencement de la guerre interbalkanique, les

organes officieux austro-hongrois cessent d'ei registrer des succès bulgares, issus de la collaboration de leurs rédacteurs avec le Pressbureau. Enfin le comte Berchtold fait dire partout qu'il ne tolérera pas la rupture de l'équilibre balkanique au détriment de la Bulgarie. De toute évidence, les Cabinets de Vienne et de Sofia ne conservent plus d'espoir dans la chance des armes pour mater la Serbie. L'un et l'autre ne cherchent plus qu'à se tirer du mauvais cas où ils se sont mis. Comme nous avons constamment recherché l'apaisement, nous aiderons certainement les Bulgares à conclure une paix honorable et nous joindrons volontiers nos efforts à ceux de la Russie. Mais une condition préalable doit être nettement stipulée.

D'après les dépêches, le gouvernement bulgare se déclarerait prêt à traiter avec ses anciens alliés sur la base du traité du 13 mars 191 2. Nous ne pouvons croire à pareille prétention. La Bulgarie a déchiré ce traité et commis contre ses alliés une agression injustifiable. Elle leur a fait la guerre. En vain allègue-t-on aujourd'hui que le général Savof, auteur de l'agression, a été relevé de son commandement et que les troupes bulgares ont reçu l'ordre de se retirer. Le général Savof a été remplacé parce qu'il n'a pas réussi, et les troupes bulgares se retirent parce qu'elles sont battues. Il ne s'agit donc plus du traité du 13 mars 191 2, ni de tout autre arrangement antérieur à la guerre. Comme nous l'avons dirdès le lendemain de l'attaque bulgare, ni le peuple serbe, ni le peuple grec n'admettraient un seul instant que leur gouvernement conclût la paix sur les bases proposées antérieurement. Ils auraient raison, et le gouvernement étranger qui essayerait de peser sur eux afin de les déterminer à céder aurait tort. Ni le Cabinet de Pétersbourg, ni ceux de Paris et de Londres ne peuvent se charger de transmettre à Belgrade et à Athènes des pro-

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positions aussi blessantes qu'iniques. Si la Bulgarie, prise aujourd'hui par sa faute dans l'étau, désire bénéficier de l'intervention d'une grande puissance, elle doit absolument cesser de ruser et accepter d'emblée une répartition des territoires conquis sur là Turquie conforme aux intérêts légitimes de la Serbie et de la Grèce. Elle doit déclarer qu'elle renonce sans restriction à la rive droite du Vardar, à la région de Salonique jusqu'au golfe d'Orfano et à la Strouma, et au triangle Egri-Palanka, Uskub, Kuprulu.

Ces concessions seraient fort modérées et il est à craindre que les vainqueurs les tiennent pour insuffisantes. Mais elles constituent la condition préliminaire de toute médiation, de tout armistice. D'après certaines dépêches de Pétersbourg, d'apparence officieuse, le gouvernement russe se bornerait pour l'instant à « travailler énergiquement à faire accepter à Sofia l'idée d'une frontière commune serbogrecque en Macédoine ». Il est excellent de travailler « énergiquement » en ce sens. Mais il y a mieux à faire : c'est de déclarer à la Bulgarie qu'on n'interviendra pas en sa faveur tant qu'elle n'aura pas accepté par écrit, sans arrièrepensée, les lignes-frontières principales indiquées plus haut. Le moment pour organiser un équilibre stable en Orient est décisif. Qu'on ne parle donc pas d'arbitrage, ni de Commissions, ni de solutions provisoires! Plus tard, quand des grandes lignes suffisamment précises auront été formellement acceptées de part et d'autre, on pourra confier à des arbitres ou à des Commissions le soin de régler des questions de détail. Maintenant il faut trancher dans le vif. C'est dans l'intérêt même de la Bulgarie ; à moins de miracle, plus elle attendra, plus elle perdra. Déjà les côtes de la mer Egée entre le golfe d'Orfano et le golfe de Cavalla sont bombardées par les Grecs. Quand ceux-ci seront

installés dans ces pays essentiellement grecs, qui les en fera partir ?

Si les Bulgares avaient écouté les conseils de leurs véritables amis, ils n'auraient pas compromis leur honneur national et leur prestige militaire, et se seraient épargné des pertes cruelles. Leur présomption et les conseils de Vienne leur coûtent cher. S'ils continuent de s'y abandonner ou s'ils tergiversent, ils payeront encore plus cher. ,

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