LA BULGARIE ACCULÉE
I4'juillet i9i3.
Durant ces deux derniers jours, aucune grande opération^militaire n'a été signalée dans les Balkans. Contrairement à ce qu'on^était en droit de supposer d'après les informations venues du théâtre de la guerre, il semble qu'on ne projette plus d'aucun côté une grande action. Dans un esprit de prudence militaire et de prévoyance politique, le gouvernement serbe ne désire point pousser ses avantages et tenter la marche sur Sofia. Conformément à leurs intentions premières, souvent exposées ici, les Roumains se bornent à sai,sir au sud-ouest de la Dobroudja le gage qu'ils réclamaient déjà devant la conférence de Saint-Pétersbourg. Ils ne paraissent pas séduits non plus par la marche sur Sofia. Les Grecs occupent hâtivement les territoires qu'ils se proposent d'annexer ; mais ils n'y rencontrent plus de résistance sérieuse. Enfin, à en croire des télégrammes de Sofia, le gouvernement bulgare aurait donné l'ordre à ses troupes d'observer la défensive. Si cela est exact, la concentration de troupes bulgares entre la capitale et la frontière orientale de la Serbie n'aurait point pour objet la préparation d'une vigoureuse contre-attaque. Cela prouverait aussi que l'influence des Macédoniens et des Stamboulovistes est en baisse à Sofia et que l'on y a renoncé, provisoirement du moins, à organiser un comité de Salut public chargé de lutter jusqu'à la dernière extrémité.
Dans ces conditions, les négociations ont des chances
sérieuses d'aboutir si elles sont menées rondement. M. Venizélos est parti pour Nich où il rejoindra M. Pachitch et le général Putnik ; M. Majoresco, président du Conseil roumain, est également prêt à partir pour Nich ou Belgrade. Les représentants monténégrins sont entièrement d'accord avec leurs collègues serbes. Il suffirait donc que la Bulgarie envoyât aussi un plénipotentiaire pour que l'armistice fût signé sur-le-champ. Elle assure officieuse- ■ ment qu'elle est disposée à renoncer à toute prétention sur les territoires actuellement occupés militairement par ses adversaires. Ceux-ci n'exigent pas davantage pour l'instant. On pourrait donc, si l'on est de bonne foi, signer immédiatement les préliminaires de paix, condition préalable de la conclusion de l'armistice. Plus on attendra, plus les^ nouveaux coalisés occuperont de territoires et plus la Bulgarie aura de peine à limiter ses pertes. Sans doute, il doit en coûter à M. Danef de reparaître en vaincu parmi ses anciens alliés qu'il avait pris l'habitude de traiter un peu cavalièrement. Mais c'est le sort de tous les vaincus, éprouvé au cours des siècles par toutes les nations. Ce n'est point un déshonneur. M. Danef ferait même un beau geste, qui ne le diminuerait nullement, en venant franchement s'asseoir à côté de MM. Pachitch, Venizélos et Majoresco. On ne se livrerait de part et d'autre à aucun reproche, on procéderait à la répartition de territoires indiquée par les événements militaires, et l'on se séparerait en se promettant de clore l'ère des récriminations pour se consacrer au travail de réparation également urgent dans toute la péninsule.
Jusqu'ici, probablement por.r des raisons de politique intérieure, afin de rejeter sur autrui la responsabilité des sacrifices inéluctables, le Cabinet de Sofia a préféré recourir à la médiation russe. Cette médiation peut être fort