‹ L'Europe au jour le jour (volume 2)Chapitre 87 sur 112 · L OBSTINATION BULGARE · texte numérisé non relu

L OBSTINATION BULGARE

20 juillet 191 3

Le Cabinet Radoslavof-Ghénadief a fait parvenir dans les capitales européennes des assurances conformes aux sentiments présumés des différents Cabinets. Pour l'instant, il se préoccupe de ne froisser aucune puissance. Il rassure Pétersbourg sur le caractère du nouveau gouvernement et il recherche l'appui de Vienne. Il se déclare disposé à conclure la paix et il continue la guerre. Il tient avant tout à gagner du temps. Il espère toujours un revirement roumain, une défaillance russe ou une audace autrichienne. Que ce soit là sa propre politique ou celle des stamboulovistes maîtres de l'armée, qu'il suive son inspiration ou qu'il subisse la volonté des intransigeants, peu importe ; le résultat est le même. Les grandes puissances ne sauraient entretenir aucune illusion à ce sujet. Le général Savof, redevenu généralissime, concentre toutes les troupes bulgares disponibles entre Kustendil et Sofia et néglige totalement l'armée roumaine et l'armée turque. De même que M. Danef persistait à ne pas rappeler de Bucarest

M. Kalinkof à qui M. Majoresco dut envoyer ses passeports, de même l'état-major bulgare affecte d'ignorer la présence des troupes du roi Charles sur la route de Sofia. De même encore, il laisse Andrinople et la Thrace sans défenseurs. On compte sur l'Europe pour arrêter les Ottomans et l'on se flatte toujours de séduire les Roumains. Mais on conserve aux Grecs et aux Serbes une rancune féroce. On subordonne tout à l'action préparée contre eux. On attend d'une victoire sur eux la réparation de tous les malheurs. Tel est le plan du général Savof. MM. Radoslavof et Ghénadief l'approuvent ou y adhèrent. C'est à la lumière de ces observations qu'il convient de lire toutes les informations d'origine bulgare.

Dans ces conditions, on se demande s'il ne serait pas préférable que la marche de l'armée roumaine fût légèrement accélérée. Dès lors que le gouvernement bulgare interprète comme des faiblesses les égards qu'on lui témoigne et qu'il prétend utiliser pour les opérations de guerre le répit qu'on lui laisse pour les négociations de paix, il serait sage de le tirer d'erreur le plus tôt possible. Tout le monde y gagnerait, même la Bulgarie. Les pêcheurs en eau trouble seraient seuls à être déçus, et ce serait tant mieux.

Page 1