‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 100 sur 134 · L'ACCORD FRANCO-ALLEMAND · texte numérisé non relu

L'ACCORD FRANCO-ALLEMAND

LES COMMENTAIRES DE LA PRESSE ÉTRANGÈRE. — LA PORTÉE DE l'accord. — SON INFLUENCE EN ANGLETERRE.

II février 1909.

A très peu d'exceptions près, la presse étrangère manifeste une sincère satisfaction de la conclusion de l'accord franco-allemand. Les journaux anglais, qui commentent en même temps le voyage des souverains anglais à Berlin, saluent l'événement comme le signe d'une détente générale. Les organes les plus importants de l'opinion des grands pays expriment une opinion analogue. Plusieurs donnent même un peu trop carrière à leur imagination. Ils croient devoir signaler la déclaration du 9 février comme l'introduction de conventions ou d'arrangements d'une plus vaste portée. Il importe de prévenir des erreurs à ce sujet. Comme nous l'avons dit avanthier, l'accord est exclusivement marocain. Il n'a été précédé, il n'est accompagné d'aucun engagement d'aucune sorte sur un autre terrain. Il laisse à la France, comme à l'Allemagne, une entière liberté d'action dans toutes les autres questions sans exception. Il met fin à un conflit spécial gros de périls. Il transforme en émulation amicale en matière économique la rivalité politique des deux pays dans l'empire chérifien. C'est beaucou{>. Mais c'est tout. Dans l'ordre international, l'importance de l'accord

réside surtout dans sa répercussion sur les relations angloallemandes. Le ministre actuel des Affaires étrangères d'Angleterre, Sir E. Grey, alors dans l'opposition, disait en octobre 1905, dans un discours prononcé à la Cité : « La condition de l'amélioration des rapports publics entre l'Allemagne et nous est que les rapports de l'Allemagne avec la France soient loyaux et bons aussi dans toutes les matières qui sont l'objet de l'entente franco anglaise. » Le Times rappelle que, devenu chef du Foreign- Office, sir E. Grey s'est conformé à cette ligne de conduite et a toujours parlé dans le même sens. La loyauté et la fermeté du gouvernement britannique dans l'application de l'Entente cordiale ont certainement contribué à l'heureux résultat qui vient d'être obtenu. La stérilité de la politique de chicane au Maroc est apparue aux yeux des Allemands les plus férus de patriotisme. Maintenant que le Cabinet de Berlin a renoncé à cette politique aussi dangereuse que vaine, un des principaux sujets de désaccord entre l'Allemagne et l'Angleterre est également supprimé. C'est le second résultat de la déclaration du 9 février. Il n'en faut pas chercher d'autres.

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LA CRISE ORIENTALE

CONTRE-PROPOSITION TURQUE. — RJÊPONSE RUSSE. — DECLA- RATIONS DE M. PiCHON A UN JOURNALISTE ITALIEN.

12 février 1909.

LA combinaison russe se présente- aujourd'hui "sous une nouvelle forme. Quand elle a été soumise pour la première fois au Cabinet ottoman, nous avions supposé qu'elle consistait à offrir à la Porte, en guise de l'indemnité bulgare, un nombre d'annuités de l'indemnité de guerre russe suffisant pour permettre à la Turquie de contracter un emprunt destiné à lui fournir immédiatement les 120 ou 125 millions réclamés finalement à la Bulgarie. On a su plus tard que la proposition russe originale n'allait pas jusque-là, et c'est ce qui expliquait l'hésitation de la Porte. Elle se bornait à offrir à celle-ci les 82 millions que la Bulgarie se résignait à payer, plus un certain nombre d'annuités pour parfaire la différence avec 100 millions, somme dont on supposait que le Cabinet de Constantinople finirait par se contenter.

On sait que Kiamil Pacha a répondu à M. Isvolsky p:.r une contre-proposition ayant pour objet la liquidation totale de l'indemnité de guerre russe. Il évaluait à moins de 200 millions, payés comptant, les 74 annuités de 8 millions à verser, en déduisait l'indemnité réclamée à la Bulgarie, et proposait de payer le reste au gouverne-

ment russe. Les revenus affectés au payement des annuités devenant ainsi libres, la Porte aurait pu les donner comme gages d'un grand emprunt qui eût fourni les disponibilités nécessaires au Trésor ottoman. Le ministre des Affaires étrangères russe a remis, avant-hier, à l'ambassadeur de Turquie à Pétersbourg, la réponse de son Gouvernement. Il en a fait publier une analyse dont voici le texte :

Le gouvernement russe a fait bon accueil à la proposition turque dans laquelle il voit Vexpression de son assentiment en principe au projet russe ^ préparant ainsi le terrain pour le règlement définitif de la question.

Le gouvernement russe, animé de sentiments cordiaux envers la Turquie, se déclare disposé en principe à accepter Vidée turque de la simultanéité de la liquidation de V indemnité de guerre due par la Turquie à la Russie, pourvu naturellement que les droits de la Russie et ses intérêts soient adéquatement garantis.

Mais, ajoute la note, la nécessité pressante du moment est de trouver les moyens immédiats de contenter la Turquie pour les pertes qu^elle a subies du fait de la Bulgarie.

Toutes les puissances expriment leurs sympathies pour le projet russe, et il leur serait difficile d'admettre qu'on fixât à plus de 120 ou 125 millions le chiffre de la compensation pécuniaire.

D'un autre coté, étant donné l'état actuel du 7narché financier, un emprunt bidgare ne saurait être effectué qu'à des conditions très onéreuses, et entraînerait de longs délais.

Or, la proposition russe donne satisfaction aux deux parties, et permet à la Turquie de réaliser immédiatement l'indemnité qui lui est due.

Le gouvernement russe, en conséquence, sans rejeter le

LA CRISE ORIENTALE

principe de la liquidation totale de V indemnité de guerre, propose une fois de plus au gouvernement turc d'examiner le projet financier russe sur la base d'une somme de 120 à 125 millions de francs, somme comprenant Vindemnité à payer par la Bulgarie du fait de la cession rouméliote des chemins de fer orientaux, et d'étudier sans délai, de concert avec la Russie, les moyens de l'exécution immédiate de l'opération financière en question.

Cette réponse est empreinte du plus grand esprit de conciliation. Elle préconise, en somme, la ccmbinaison que nous avions exposée au début. Comme l'a déclaré M. Zinovief (^) à Tun de nos confrères de Constantinople, la Russie s'inspire en cette affaire de l'unique souci de consolider la paix dans les Balkans. Elle ne nourrit aucune arrière-pensée, ne fait aucun calcul d'intérêt personnel. Elle est, d'ailleurs, en la circonstance, appuyée par la France, l'Angleterre et l'Italie. Dans le conflit turco-bulgare, comme dans la crise orientale en général, le Cabinet de Rome a toujours marché d'accord avec ceux de Paris, de Londres et de Pétersbourg. Contrairement aux bruits de dissentiments qu'a fait naître une polémique de presse, cet accord n'a jamais cessé de subsister, notamment entre Paris et Rome. Les deux gouvernements ont préconisé les mêmes solutions, ont fait les mêmes démarches, ont eu le même objectif, se sont concertés en vue de la même action. AL Pichon lui-même l'a déclaré dans les termes les plus précis au correspondant d'un journal italien. En se félicitant de cette entente, notre ministre des Affaires étrangères, dont l'amitié pour l'Italie ne peut être suspectée de tiédeur, a tenu à ajouter qu'il serait le dernier

(1) Ambassadeur de Russie à Constantinople.

à vouloir dissocier la politique française de la politique italienne, qu'il considérerait cette éventualité comnie un des plus grands malheurs qui pussent se produire dans la politique européenne et qu'en aucun cas il ne voudrait assumer la responsabilité d'une pareille folie. Cette déclaration doit pleinement rassurer les personnes qui auraient pu craindre de voir la France et l'Italie se séparer sur le terrain oriental.

Toutes les puissances, du reste, celles de la Triple Alliance comme celles de la'Triple Entente, sont actuellement d'avis qu'il convient d'unir leurs efforts pour rétablir le calme en Orient et faire prévaloir des solutions équitables pour tous les intéressés. La nouvelle note russe a donc toutes les chances d'être bien accueillie par tous les Cabinets. Le nouvel examen qu'elle propose ne peut manquer d'aboutir à un arrangement satisfaisant.

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