LES SOUVERAINS ANGLAIS A BERLIN
En ce qui concerne la politique générale, tous les amis des solutions pacifiques trouveront dans le voyage d'aujourd'hui un nouveau motif de satisfaction. Ils ne doivent pas toutefois fonder de vastes espoirs sur ses résultats. S'ils s'abandonnaient à cette illusion, la Gazette de V Allemagne du Nord les ramènerait à la réalité. Pour atteindre le but qu'on se propose, disait hier l'organe de la chancellerie impériale, pour resserrer entre les deux peuples une amitié fondée sur une appréciation exacte de leur valeur réciproque, « il faudra encore un courageux travail d'éclaircissement )). Ce travail vient de commencer. Mais il demande "du temps. Les toasts prononcés hier au château royal de Berlin ne disent guère autre chose. Guillaume II a exprimé à ses hôtes' la conviction que leur visite (( contribuera à réaliser les vœux » que forme le peuple allemand. Edouard VII a répondu que son voyage « a pour objet de resserrer les liens qui unissent les deux pays et de contribuer à maintenir la paix universelle vers laquelle tendent tous ses efforts ». Tout le reste n'est que phrases de circonstances sans aucune portée politique.
Une seule conclusion certaine se dégage donc du séjour des souverains anglais chez les souverains allemands : leur volonté commune de maintenir la paix. On ne pouvait guère douter de cette intention chez Guillaume «*II , dont l'intérêt le plus évident est de ne pas jeter l'Allemagne dans une aventure. Mais les détracteurs professionnels d'Edouard VII avaient mis tout leur art, depuis l'ouverture de la crise orientale, à le représenter fomentant la discorde, préparant sournoisement la guerre. Sous peine d'achever de se couvrir de ridicule, ils devront maintenant, même à Vienne, cesser leur campagne. La sincérité des intentions d'Edouard VII ne peut pas décemment être mise en doute. Celle de son gouvernement
saute aux yeux ; le Cabinet libéral au pouvoir pourrait plutôt être taxé de pacifisme. Enfin la satisfaction témoignée à Londres à la nouvelle de la conclusion de l'accord franco-allemand sur le Maroc est un autre gage des sentiments de la nation britannique. Il est inexact qu'Edouard VII et ses ministres se soient entremis entre Paris et Berlin pour faire aboutir la négociation marocaine, mais ils la suivaient avec un intérêt sympathique, et ils ont accueilli son succès avec joie. La signature de la déclaration du 9 février contribuera certainement, dans une large mesure, à rehausser le caractère pacifique et conciliant des entretiens actuels d'Edouard VII avec Guillaume II.
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