LA CRISE TURQUE
REMANIEMENT MINISTÉRIEL A CONSTANT INOPLE. — DÉMISSION d'HiLMI PACHA. — SITUATION TROUBLÉE.
13 février 1909.
L'horizon politique en Orient est [k peine éclairai d'un côté qu'il s'assombrit de l'autre. Alors que les négociations austro-hongroises et turco-bulgares, tout en rencontrant encore des difficultés, semblent en bonne voie, c'est à Constantinople même que le péril renaît. Une crise ministérielle, dont les conséquences peuvent être extrêmement graves, vient d'y éclater. De sa propre autorité, sans consulter ses collègues, le grand-vizir a remplacé les ministres de la guerre et de la marine. Abdurrhaman Effendi, ministre de l'instruction publique, est également parti. Mais il avait donné sa démission et la nomination de Zia Pacha, ancien ambassadeur à Rome, au poste qu'il quitte n'a pas d'importance particulière. Au contraire, dans les circonstances actuelles, la destitution déguisée des titulaires des portefeuilles de la guerre et de la marine, sans l'assentiment du Conseil des ministres, contrairement aux vœux évidents du comité Union et Progrès et d'autres groupes politiques, a un caractère vraiment inquiétant. Les dépêches de Constantinople sont assez confuses. Il est encore difficile de se faire une opinion exacte sur la situation. On ne peut s'empêcher, tou-
tefois, de concevoir des craintes sur l'issue de la crise. Le procédé de Kiamil Pacha a été sévèrement critiqué par les plus considérables de ses collègues. Le plus important des membres du Cabinet, Hussein Hilmi Pacha Fancien inspecteur général ottoman en Macédoine, homme de grand talent et de caractère éprouvé, en qui presque tout le monde voyait un futur grand- vizir, a donné sa démission. Il a été suivi dans sa retraite par les ministres de la justice et des finances et le président du Conseil d'Etat. Un homme comme lui n'a pas pris une pareille décision sans les plus sérieux motifs. On parle bien d'un complot contre le sultan qui devait être exécuté vendredi pendant le sélamlik, et qu'il fallait déjouer. Mais rien n'empêchait Kiamil Pacha de se concerter avec ses collègues, notamment avec le ministre de l'intérieur. Supposait-il donc celui-ci d'accord avec les conjurés ? Ou bien a-t-il saisi le premier prétexte venu pour se débarrasser de la tutelle des hommes du comité Union et Progrès r Il sera interpellé aujourd'hui même à ce sujet, à la Chambre des Députés. Le bruit court qu'il refusera d'assister à la séance. Il aurait le plus grand tort. S'il avait de bonnes raisons de remanier son Cabinet, s'il a voulu effectivement concentrer dans ses mains le gouvernement dont un comité occulte désirait peut-être s'emparer, il faut qu'il s'explique nettement. S'il se tait et prétend gouverner sans présenter de justification de ses actes les plus graves, c'est le retour pur et simple à l'ancien régime. Quand Saïd Pacha, à l'aurore du nouveau régime, a prétendu retenir pour le sultan le droit de nommer directement les ministres de la guerre et de la marine, il a dû céder immédiatement la place. Tous les Jeunes-Turcs avaient compris qu'un gouvernement où les détenteurs de la force armée ne dépendraient ni du président du