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LA NOTE SERBE

naire qu'un Etat invite, sous peine de rupture et de guerre, un autre Etat qui ne lui réclame rien à négocier avec lui. La presse austro-hongroise s'est constamment efforcée de déplacer la question et de jeter la confusion dans les esprits. Elle raisonnait comme si la Serbie posait des conditions à Vienne, émettait des revendications injurieuses, et menaçait la paix de l'Europe. Avec la même constance, nous -avons rétabli la vérité des faits. Le public est aujourd'hui à même de juger. Il devient évident pour les personnes les moins clairvoyantes que la négociation séparée désirée avec tant d'âpreté au Ballplatz avait uniquement pour but d'arracher au roi Pierre des concessions d'ordre politique dont des avantages économiques — réels ou illusoires — auraient été le prix. Puisque la Serbie ne demande pas même ces avantages économiques dont on a fait si grand bruit, il n'y a plus de prétexte de négociations. Pressentant ce qui allait arriver après la remise de la note serbe, le baron d'Aehrenthal a voulu prendre les devants en chargeant le comte Forgach de la mission que l'on sait. Il a fait savoir que le traité de commerce austro-serbe déjà ratifié à Belgrade iie serait pas présenté à la ratification des Parlements de Vienne et de Pest, et que le modus Vivendi actuel cesserait le 31 mars si de nouvelles conversations n^avaient pas lieu auparavant entre Vienne et Belgrade. En même temps il a donné à entendre qu'il se montrerait très facile en matière économique. Mais la ratification du traité de commerce signé entre les deux pays avant l'ouverture de la crise orientale est une question purement austro-serbe, qui ne doit pas être mêlée à la question internationale soulevée par l'annexion de la Bosnie-Herzégovine. Le gouvernement serbe est entièrement maître de la traiter à part, s'il le juge convenable. En cette affaire, il n'a aucun tort de son côté puisqu'il a

fait ratifier, en temps opportun, le traité par laSkoupchtina. Dès lors que l'autre partie contractante lui déclare que ce traité sera considéré comme nul et non avenu, il reprend sa liberté d'action. Il faudrait une rare impudence pour l'incriminer de ne pas mordre à l'hameçon du comte Forgach.

Enfin, la Serbie considère que la question de Bosnie- Herzégovine est européenne et qu'il appartient aux puissances signataires du traité de Berlin de régler tout ce qui concerne la nouvelle rédaction de l'article 25 de ce traité, relatif au régime des deux provinces annexées. Elle confie sa cause, sans réserve, à la sagesse et à la justice des puissances. Cette confiance ne doit pas être trompée. La Serbie vient de donner un exemple mémorable de modération. Aux pires menaces, malgré l'émotion légitime d'un peuple poussé systématiquement à l'exaspération, elle répond par un geste d'une correction et d'une dignité parfaites. La parole est maintenant au baron d'Aehrenthal.

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MÉCONTENTEMENT DU BARON d'aEHRENTHAL. — L'APPRÉCIA- TION DU « FREMDENBLATT ».

12 mars 1909.

LA note serbe a été accueillie à Vienne avec mauvaise humeur. Le baron d^Aehrenthal, en recevant le document des mains de M. Simitch, n'a pas caché au ministre de Serbie qu'il n'était pas satisfait. Il a insisté, paraît-il, pour que le Cabinet de Belgrade fît une prompte réponse à la démarche du comte Forgach. C'est donc qu'il ne considère pas la note du 10 mars comme une réponse et qu'il persiste dans son désir d'explications directes. On pouvait s'y attendre. Il s'est mis en tête de faire céder la Serbie. Il s'exaspère à l'idée que ce petit Etat peut tenir en échec sa politique. Il est encouragé dans son obstination par les officiers, une partie du monde de la Cour, les fonctionnaires et la société féodale. Le monde des affaires, au contraire, la bourgeoisie, le grand public, n'ont pas été galvanisés par la grande politique. Ils se montrent très tièdes et appellent de tous leurs vœux une solution pacifique. Il n'est pas possible qu'à la longue la partie saine, tranquille, laborieuse de la population ne fasse pas prévaloir ses désirs sur ceux des ambitieux.

Silebarond'Aehrenthal exige absolument une réponse à la démarche du comte Forgach, on aurait tort de lui

refuser cette satisfaction. M. Milovanovitch trouvera sans peine les formules commandées par les circonstances. Il n'hésitera pas à renouveler les assurances pacifiques contenues dans sa note du 10 février. Il se déclarera prêt à un désarmement simultané. En ce qui concerne la Bosnie- Herzégovine, il pourra se référer purement et simplement à la note, en employant peut-être des expressions légèrement adoflcies. Quant aux négociations directes relatives aux questions économiques, il dira que ce n'est pas à lui à en prendre l'initiative : il regrettera que le traité de commerce signé l'an dernier n'ait pas été ratifié en Autriche-Hongrie et attendra, pour reprendre la conversation, que le Cabinet de Vienne lui ait fait connaître les nouvelles bases sur lesquelles il entend traiter. Si le baron d'Aehrenthal est vraiment disposé à faire à sa voisine des concessions économiques qui n'aient pas de contre-partie politique inadmissible, ce sera l'occasion de le dire. Mais la prétention d'obliger la Serbie à solliciter des concessions est exorbitante. Le retrait du projet de traité de commerce austro-serbe de l'ordre du jour des Chambres autrichienne et hongroise est un procédé d'intimidation auquel un pays soucieux de sa dignité ne peut pas répondre par de nouvelles avances.

Parmi les longs extraits des journaux étrangers, nous ne signalerons ici que le passage où le Fremdenblatt, après une critique plutôt sévère de la note du 10 mars, consent pourtant à y voir « une trace de la bonne volonté du gouvernement serbe ». Que le baron d'Aehrenthal montre aussi de son côté un peu de cette bonne volonté, et le conflit déplorable qui énerve l'Europe depuis six mois pourra enfin s'acheminer vers une solution équitable.

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LA CRISE ORIENTALE

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