DÉSARROI DE LA PRESSE. — GRAVITÉ DE LA SITUATION
14 mars 1909,
UN ancien ministre des Affaires étrangères, qui est aussi académicien, résume ce matin la situation extérieure dans les deux phrases suivantes : « Quand -aura-t-on fini de nous tympaniser avec cette affaire des Balkans... Pourquoi réunir les diplomates si on n'a d'autres intentions que de les voir se manger le nez ? » On ne saurait traduire de façon plus saisissante l'opinion de la foule, troublée dans ses petites habitudes par des événements qui se passent loin d'elle et qui ne semblent pas la toucher directement. L'agneau se débat dans la gueule du loup ? Que le loup se hâte donc de le manger et qu'on n'entende plus ces cris! La curée finie, on ira remercier le loup d'avoir fait enfin cesser ce tapage qui nous assourdissait.
Voilà bien, en effet, les dispositions d'esprit sur lesquelles le baron d'Aehrenthal a compté pour mener à bien son opération balkanique. Il essaye d'étouffer un peuple qui cherche seulement à vivre, le peuple échappe à 4 'étreinte et appelle au secours, les voisins s'assemblent et regardent. En présence de ces spectateurs, l'étranglement devient une affaire délicate. « Rentrez donc chez vous, chers
voisins, dit l'exécuteur. Je ne veux aucun mal à ce bon ami. Je l'ai embrassé un peu trop tort, voilà tout. Laisseznous à nos effusions. » Mais la plupart des spectateurs ne veulent pas être persuadés. Le baron d'Aehrenthal fait le geste de les chasser. S'en iront-ils } Quoiqu'en pense l'éminent écrivain que nous venons de citer, la question mérite réflexion. Les voisins qui ne sont pas décidés à tout sacrifier à leur tranquillité du moment, et qui pensent aussi à la tranquillité du lendemain, se disent que, s'ils laissent s'accomplir l'opération, le jour du fâcheux tête à tête viendra peut-être pour eux. Et ce jour-là, il n'y aura plus personne pour accourir à leurs cris. Le plus prudent serait donc d'empêcher l'exécution quand on est encore assez nombreux pour réussir. Nous n'avons jamais pensé (( que le sort du monde peut se régler par des échanges de paroles et un flux de salive ». Mais nous croyons fermement qu'une parole dite à propos, du ton qui convient, peut être efficace.
Jusqu'ici, personne n'a dit cette parole. Si elle avait été prononcée comme il fallait au début de la crise, les gens amoureux de leur repos n'auraient probablement plus de sujet d'inquiétude. On a préféré biaiser, tâtonner. Certaines consciences étaient lourdes. On ne s'est pas senti le courage de prendre nettement position. C'était reculer pour mieux sauter. Il faut maintenant se décider. Le baron d'Aehrenthal pose clairement la question : le laissera-t-on mater la Serbie à laquelle il offre, en manière de cadeau, le lacet destiné à la faire tenir tranquille, ou bien les puissances signataires du traité de Berlin couvriront-elles de leur protection la Serbie, qui leur confie ses intérêts sans réserve ? Si certaines puissances sont liées par des pactes secrets, qu'elles ne jouent pas plus longtemps une comédie indécente. Si elles ont les mains
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libres, qu'elles le fassent voir. Le succès appartient à ceux qui savent prendre parti. Le moment des décisions est venu. L'Autriche-Hongrie annonce qu'elle va mobiliser à la fin de ce mois. Ce n'est vraisemblablement qu'une menace. Mais si la mobilisation générale avait réellement lieu, les difficultés d'une solution pacifique seraient décuplées. On recommence à parler d'incidents de frontière. En dépit des ordres extrêmement stricts donnés aux troupes serbes d'éviter toute collision avec les troupes austro-hongroises massées sur la frontière, il sera impossible d'empêcher un accident si les patrouilles austro-hongroises poussent, comme elles l'ont déjà fait, des pointes sur le territoire serbe. Si des soldats de Sa Majesté apostolique sont tués dans une de ces rencontres, qu'arrivera-t-il } Le prétexte de la « correction » réclamée depuis si longtemps par les journaux militaires de Vienne sera trouvé. On ne se battra plus à coups de notes et de protocoles. Les flots de sang succéderont aux « flux de salive ». On peut maintenant les empêcher de couler en déclarant que la Serbie, tant qu'elle reste pacifique et correcte, est sous la protection des puissances. L'envoi d'un ultimatum à Belgrade en ce moment serait une provocation. Personne n'est en droit d'exiger du gouvernement serbe qu'il reconnaisse l'accord austro-turc — non encore ratifié à Constantinople, d'ailleurs — conclu en dehors de lui, et que les autres puissances se sont formellement réservé d'approuver en Conférence.
Les historiens oublient l'histoire. L'Europe, « tympanisée » par l'aflFaire des duchés, laissa faire M. de Bismarck. Après le Schleswig-Holstein, il y eut Sadowa ; après Sadowa, il y eut Sedan.
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RÉPONSE DE LA SERBIE A LA NOTE FORGACH. — LA GRANDE POLITIQUE ET LE PARTI MILITAIRE A ViENNE.
15 mars 1909.
LA réponse du gouvernement serbe à la note du comte Forgach a dû être remise aujourd'hui au baron d'Aehrenthal par M. Simitch. Le texte en a été rédigé, après délibération en ^Conseil des ministres, par M. Protitch, ministre des finances. Le comte Forgach en a déjà 'reçu copie. Aucune communication n'a encore été faite [aux gouvernements étrangers et à- la presse ; mais, d'après des informations de source digne de foi, voici quel serait le sens de la réponse :
Le gouvernement serbe sépare nettement la question de la Bosnie-Herzégovine des questions économiques. En ce qui concerne la première, il se réfère seulement aux déclarations contenues dans sa note du 10 mars. Quant aux secondes il exprime le désir que le traite de commerce déjà ratifié par la Skoupchtina soit soumis aux Parlements de Vienne et de Pest, ou que le gouvernement austrohongrois lui fasse part des modifications qu'il aurait l'intention d'y introduire. Dans le cas où ni l'une ni l'autre de ces alternatives ne serait acceptée, la Serbie serait dis-
posée à régler les rapports commerciaux entre les deux pays conformément au traitement de la nation la plus favorisée. Toute la réponse est conçue dans les termes les plus conciliants ; elle affirme de nouveau l'intention du gouvernement du roi Pierre d'entretenir des relations normales et amicales avec la grande monarchie voisine.
Il est naturellement impossible de dire aujourd'hui quel accueil ce document a reçu à Vienne. Mais tout fait supposer, malheureusement, que le gouvernement austrohongrois est d'avance décidé à trouver insuffisante toute réponse qui ne constituerait pas une soumission. Les dépêches que nous publions plus loin ne laissent guère de doute à ce sujet. On exige, à Vienne, que la Serbie déclare reconnaître les faits accomplis en Bosnie-Herzégovine sans faire aucune allusion à la Conférence européenne. Non seulement on lui dénie le droit de demander des compensations à la puissance annexante — ce qu'elle s'est bien gardée de faire, — mais on considérerait comme un casus helli l'acceptation de concessions territoriales consenties à l'amiable par une tierce puissance. Le baron d'Aehrenthal vise par là l'hypothèse où la Turquie croirait devoir, dans son intérêt bien entendu, donner des facilités spéciales à la Serbie dans une partie du sandjak de Novi-Bazar Si l'on ajoute à cela qu'il prétend empêcher que des transports d'armes et de munitions à destination de la Serbie passent par le territoire ottoman, on peut se rendre compte de la façon dont on entend au Ballplatz respecter l'indépendance serbe. Il serait interdit à la Serbie de communiquer avec l'Adriatique autrement que par le territoire austro-hongrois et de recevoir, en tout temps, d'autres canons, fusils, approvisionnements de guerre de toute sorte, que ceux qu'il plairait à Vienne de lui fournir. Avec ou sans traité secret, on voit où le
baron d'Aehrenthal veut en venir. Si le roi Pierre et ses ministres refusent de se plier à l'obéissance dégradante autrefois acceptée d'un cœur léger par le roi Milan, on les ligottera. Les négociations qui se poursuivent depuis plusieurs mois auront au moins eu pour effet de faire apparaître en plein jour la véritable politique inaugurée au mois d'octobre. A Vienne et à Pest, on ne parle que de mobilisation, le bruit circule qu'on imprime déjà les affiches de convocation des réserves. Les militaires veulent leur guerre, et, avec eux, tous les fervents de la grande politique. Ils croient la Russie affaiblie, l'Europe lâche et divisée. Ils tiennent à profiter de l'occasion.
L'occasion ? Ne serait-ce pas plutôt celle de bouleverser r Autriche-Hongrie, de la jeter dans des aventures d'où, elle sortirait disloquée, démembrée } Dans l'intérêt de r Autriche-Hongrie elle-même, de l'équilibre européen^ de la paix générale et de la justice, il importe que les puissances fassent sans retard comprendre amicalement aux ministres de l'empereur -roi que c'est Vienne maintenant qui doit entrer dans la voie de la conciliation.
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LA PRESSE AUTRICHIENNE AMEUTEE CONTRE LA SERBIE. — MOBILISATION PARTIELLE AUTRICHIENNE. — LA SOLIDARITÉ ALLEMANDE.
17 mars 1909.
PLUS la Serbie se montre conciliante, plus l' Autriche- Hongrie est intransigeante. C'est l'application du système inauguré par le baron d'Aehrenthal au mois d'octobre. Nous en voyons aujourd'hui le développement logique. Les nouvelles de Vienne et de Pest confirmées par celles de Berlin ne laissent plus aucun doute à ce sujet. Fidèle à la ligne de conduite qu'il s'est tracée à l'origine de la crise déchaînée par lui, le gouvernement austro-hongrois observe officiellement une attitude, correcte ; il affecte une modération apparente. Mais, en fait, il prend toutes les mesures pour envahir brusquement le petit royaume voisin le jour qui lui paraîtra favorable. En attendant, il ameute toute sa presse contre la Serbie. Il stimule l'indignation publique contre la conduite « éhontée » du Cabinet de Belgrade : décidément, l'agneau est devenu enragé, il faut en finir.
Il semble certain que la mobilisation de plusieurs corps d'armée austro-hongrois, en dehors de ceux qui occupent déjà les provinces annexées et les régions frontières, a commencé ces jours-ci. Les réservistes ont reçu les feuilles
d'appel individuelles, les affiches sont imprimées, tout le matériel de transport est prêt. Sur la côte monténégrine, on a même passé aux actes. Depuis le 13 mars, des bâtiments de guerre légers, torpilleurs et avisos, font des manœuvres en rade et des exercices de débarquement sur le territoire de Spizza, à quelques centaines de mètres de la frontière de la principauté, devant la population d'Antivari, dont l'émotion va naturellement en croissant. Le prince Nicolas a dû procéder d'urgence à la mobilisation d'une demi-division pour parer à un coup de main ; il en a aussitôt avisé l'empereur François Joseph. Ainsi, sans que ni la Serbie, ni le Monténégro aient fourni le moindre prétexte, au moment même où le gouvernement serbe affirme de nouveau son intention d'entretenir des relations amicales avec la monarchie dualiste et proteste qu'il ne lui réclame rien, l'Autriche se dispose ostensiblement à se ruer sur ces deux Etats. Comme ils se sont gardés de commettre les imprudences qu'elle escomptait, elle renouvelle ses provocations. Pour la galerie, toutefois, on continue les négociations. Un Conseil de la Couronne s'est réuni hier, à Vienne, sous la présidence de l'empereur-roi. On y a pris des résolutions décisives. Elles ne sont pas encore connues. Mais il y a lieu de supposer, comme nous le disions hier et avant-hier, que le Cabinet de Vienne va envoyer à celui de Belgrade une nouvelle note le sommant de déclarer catégoriquement que la Serbie ne présentera, ni ne fera présenter, directement ou indirectement, aucune réclamation relative à la Bosnie- Herzégovine, et qu'elle ouvrira sans retard, à Vienne, des négociations séparées sur les questions économiques. La note exigerait également le renvoi immédiat des réservistes.
La Serbie a fait preuve jusqu'ici de trop de modération
pour céder à la tentation de répondre comme un grand Etat serait moralement tenu de le faire. Elle puisera, dans la volonté de réserver ses destinées pour un meilleur avenir la patience nécessaire. D'accord, sans doute, avec les représentants des puissances occidentales et de la Russie à Belgrade, elle donnera de nouvelles assurances de ses intentions pacifiques. Peut-être même, avec l'assentiment de ces puissances — qui serait une garantie — ira-t-elle jusqu'à consentir à un désarmement partiel. Mais elle ne peut, ni ne doit prendre d'engagement qui touche aux droits de l'Europe de sanctionner les modifications apportées au traité de Berlin. Une sommation qui porterait sur ces droits, viserait non seulement la Serbie, mais toutes les puissances signataires du traité. Celles-ci oublient trop, depuis l'ouverture de la crise, qu'il s'agit aussi d'elles dans toute cette affaire.
L'Allemagne ne l'oublie pas. On s'est beaucoup demandé dans ces derniers temps à quels mobiles elle obéissait en appuyant l 'Autriche-Hongrie. L'explication est aussi simple que naturelle. Elle soutient son alliée. Peu importe que le pacte d'alliance ne l'oblige pas strictement à marcher. Elle sent, elle sait que, dans cette sorte de circonstances, les alliés sont solidaires. La Gazette de V Allemagne du Nord et la Post le disent clairement aujourd'hui En prêtant tout son concours officiel au baron d'Aehrenthal, le prince de Bûlow se comporte, non seulement en brillant second ; il fait sentir aussi à son ambitieux collègue que, sans l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie serait impuissante. Il renoue l'alliance en y attachant plus solidement l'allié. Il est bien fâcheux que tout le monde n'ait pas eu, en France, une vision aussi nette de nos intérêts nationaux, et qu'on ait pris pour une affaire purement serbe un conflit essentiellement européen. Tant que les
hostilités ne sont pas déclarées, il est encore possible de se concerter pour prévenir une catastrophe. Si ardents, si dénués, de scrupules que soient les partisans de la grande politique autrichienne, ils reculeront devant les responsabilités d'une agression absolument .injustifiée. Mais il faut leur faire apparaître ces responsabilités dans toute leur étendue. L'empereur François-Joseph sait très bien qu'il n'entre dans l'intention d'aucune puissance de froisser son amour-propre, de porter atteinte au prestige et aux intérêts de la monarchie, de revenir sur les faits accomplis. Il peut, sans le moindre inconvénient, se montrer équitable vis-à-vis de la Serbie. Qu'il retienne donc ses ministres sur une pente fatale! En ce moment, on en est réduit à se demander si l' Autriche-Hongrie est gouvernée par des hommes civilisés.
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LA MOBILISATION AUTRICHIENNE. — UN ARTICLE DU COMTE KOLOWRAT DANS LE « NEUES WIENER TAGBLATT ».
i8 mars 1909.
LA mobilisation autrichienne continue. Quoique les journaux de Vienne et de Pest observent à ce sujet la consigne du silence, les préparatifs d'une opération aussi complexe ne peuvent passer inaperçus. On suppose que la mobilisation portera sur quatre ou cinq corps d'armée et qu'elle sera achevée le 23 mars. Ce serait précisément la date où la Serbie serait mise en demeure de céder. En effet, d'après les dernières nouvelles, le comte Forgach remettrait lundi prochain à M. Milovanovitch la nouvelle note austro-hongroise. Cette note serait presque immédiatement suivie d'une circulaire aux puissances, dans laquelle le baron d'Aehrenthal exposerait se politique orientale. La Serbie et l'Europe se trouveraient ainsi en face d'une sommation, appuyée par une armée prête à marcher.
Si l'on s'en tenait aux explications officielles du Ballplatz, il y aurait des motifs de croire à une solution pacifique. En effet, on y assure que l 'Autriche-Hongrie est disposée à prendre part à la Conférence projetée, si celle-ci délibère seulement sur les avantages d'ordre international qu'il y aurait lieu d'accorder à la Serbie, tels que
le chemin de fer Danube-Adriatique et la représentation de la Serbie à la Commission du Danube, à l'exclusion des questions économiques austro-serbes. Or, le Cabinet de Belgrade' a déjà déclaré qu'il ne sollicitait, ni directement, ni indirectement, aucune concession économique de la grande monarchie voisine. Il s'est borné à exprimer le désir que les relations économiques entre les deux pays soient établies sur la base du projet de traité de commerce déjà signé par les deux parties et ratifié par la Skoupchtina. Il est certainement prêt à renouveler ces déclarations, d'une façon plus explicite encore, s'il en est'^rié. Les représentants de la France, de la Russie et de l'Angleterre viennent, paraît-il, d'être chargés par leurs gouvernements d'insister près de M. Milovanovitch pour qu'il entre autant que possible dans les vues de son impitoyable adversaire et qu'il donne, dans sa réponse à la nouvelle 1 ote qui va lui être remise par le comte Forgach, des explications allant jusqu'aux extrêmes limites de la conciliation. Par déférence pour les puissances et par souci de ses grandes responsabilités, le Cabinet Novakovitch ira très probablement jusque-là. Mais, si l'Autriche est décidée d'avance à considérer comme insuffisantes toutes les explications, toutes les assurances, ces tentatives de conciliation sont vouées à l'insuccès si elles n'ont pas pour contre-partie la garantie des puissances contre une agression.
On ne saurait envisager cette hypothèse trop tôt ni trop sérieusement. Bien des fois déjà nous avons relevé les marques des véritables desseins des partisans de la grande politique autrichienne. Nous en indiquerons une nouvelle aujourd'hui. Elle est prise, non dans une feuille technique ou dans un journal de second ordre, mais dans un des principaux organes de la presse politique viennoise. Dans
son numéro du 12 mars, le Neues Wiener Taghlatt a publié un article du conate Léopold Kolowrat, député au Reichsrath, qui jette sur la question austro-serbe un jour caractéristique. D'après Fauteur, la Bosnie, l'Herzégovine, la Dalmatie, la Croatie et la Serbie, tout en appartenant encore à des Etats différents, sont destinées à former tôt ou tard un tout coordonné.
La Transleithaîîie y pas plus que la Cisleithanie, ne peut souffrir à ses portes une puissance slave qui lui soit égale ou supérieure. Les provinces serbo-croates doivent , au contraire y constituer un territoire économique commun. Nous désirons tous jouer un rôle prépojtdérant dans ces pays ; nous y parviendrons en préparant d'un commun accord Vincorporation du nouveau royaume serbo-croate — c'est-à-dire de la Bosnie-Herzégovine y de la Croatie^ de la Dalmatie et de la Serbie — en cherchant à V incorporer dans le domaine douanier commun de la monarchie et wus un monarque commun. Nous tirerons la conséquence directe de cette incorporation en accordant à cette nouvelle partie constituante de la monarchie une représentation autonome y un organisme constitutionnel et législatif qui agira d'une manière indépendante dans son domaine propre, et d'accord avec l'Autriche et avec la Hongrie en ce qui regardera la question de l'armée et celle de la représentation à l'étranger. Le dualisme fêtera ainsi son triomphe dans le trialisme.
Aujourd'hui la Hongrie et l'Autriche ont une dernière fois l'occasion de ne pas se laisser surprendre par les événementSy mais de les devancer y au contraire. Les événements leur imposent le trialisme. Une main et une volonté fermes nous sont nécessaires pour accomplir cette œuvre. Espérons que nous les possédons.
Npus accusera-t-on encore de parti-pris ? Niera-t-on plus longtemps la réalité du plan que nous avons signalé dès le mois d'octobre ? Il s'agit seulement de savoir si ce plan doit être exécuté par le fer et par le feu, ou si l'énergie des puissances intéressées à l'équilibre européen le fera rentrer dans les cartons du Ballplatz. Le trialisme rêvé par les ambitieux de Vienne et de Pest n'est, au fond, qu'un plan de démembrement de la monarchie austrohongroise. Les Autrichiens clairvoyants animés d'un patriotisme vraiment national devraient enfin le reconnaître. En assurant la paix aujourd'hui, ils assureraient en même temps l'avenir de leur propre pays.
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LES NEGOCIATIONS ORIENTALES