‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 128 sur 134 · LIQUIDATION DE L*AFFAIRE BOSNIAQUE. — UN ARTICLE DU 6 TIMES · texte numérisé non relu

LIQUIDATION DE L*AFFAIRE BOSNIAQUE. — UN ARTICLE DU 6 TIMES

28 mars 1909.

SUIVANT toutes les probabilités, la grande décision sera prise aujourd'hui. Hier soir, Sir Fairfax Cartwright a reçu de^ Sir Edward Grey des instructions définitives. Ce matin, il a dû avoir avec le^ baron d'Aehrenthal l'entretien d'où sortira la paix ou la guerre. Le Cabinet de Londres, d'accord avec celui de Paris, est allé jusqu'à l'extrême limite des concessions. On ne connaît pas encore la teneur exacte de la formule proposée au Cabinet de Vienne. Mais nous pouvons assurer qu'elle est de nature à donner entièrement satisfaction à celui-ci, s'il n'a pas pour seuls guides l'ambition et la mauvaise foi. La reconnaissance de l'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine — qui n'était plus contestée en fait par personne depuis la conclusion de l'accord austro-turc — est garantie dans des conditions normales. Il est stipulé que la Serbie déclarera s'abstenir de tout acte de nature à troubler la domination austro-hongroise dans les deux provinces annexées. Quant au désarmement, la Serbie ne fera aucune difficulté d'y procéder dès qu'elle sera rassurée sur les intentions du gouvernement de Vienne. D'après les dernières dépêches, elle aurait même déjà

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décidé de renvoyer la plupart des réservistes dans leurs foyers. On se demande ce que le baron d'Aehrenthal pourrait exiger de plus. S'il s'obstine à maintenir dans la formule en discussion les expressions humiliantes qu'il y avait insérées, ce sera évidemment soit pour rendre l'entente impossible, soit pour provoquer en Serbie une révolution qui lui procurerait un nouveau prétexte d'intervention. Il faut attendre jusqu'à demain pour être fixé (').

(*) Le Times consacre à ce qu'il appelle « le coup de main diplomatique de l'Allemagne » un article dans lequel on croit voir une inspiration officielle.

« Ce que la Russie a été forcée de faire n'est pas une raison suffisante pour que V Angleterre ou la France qui est toujours y nous le voyons avec satisfactiony résolue à agir d'accord avec nouSy donnent un blanc-seing à F Autriche-Hongrie. Il y a longtemps que la Grande-Bretagne a fait part de son intention de reconnaître le nouvel état de choses en Bosnie-Herzégovine comme un des éléments d'un règlement général des affaires d'Orier\,t donnant une sanction internationale aux modifications apportées au traité' de Berlin. Mais cette reconnaissance doit évidemment suivre et non précéder un arrangement entre V Autriche-Hongrie et la Serbie destiné à protéger cette dernière contre une violence inutile. Quoi qu'il puisse en être, en ce qui concerne la Russie^ un refus de la Grande-Bretagne et de la France dé)consentir, par implication, aux demandes austro-hongroises qui, dans leur opinion, dépassent les bornes de V équité et de l'opportunité, ne saurait donner lieu à des malentendus ou à des espérances exagérées à Belgrade ; car les Serbes savent très bien que les puissances occidentales ne veulent ni ne peuvent leur donner d'aide matérielle. Ce que les gouvernements français et anglais ont à considérer en ce moment, c'est ce qu'ils doivent, dans les circonstances actuelles, à leur dignité aussi bien qu'aux droits du plus petit, comme peut-être au moins méritant des Etats indépendants, à un traitement international convenable. Rien de ce que nous pourrons faire ou ne pas faire ne changera le fait que pour éviter un sort pire encore (s'il en est temps) , la Serbie devra passer sous les fourches caudines.

» La situation qu'a à envisager l'Europe affecte bien d'autres choses que le sort de la Serbie. Nous espérons qu'elle ne signifie pas la destruction permanente de l'équilibre européen ; mais elle signifie que, pour le moment, l'Allemagne l'a mis en danger en jetant dans la balance le poids de son épée, et cela non dans une querelle oii elle est directement intéressée, mais afin de prouver au monde en général et à la Russie en particulier, qu'avec son assentiment et son appui les traités peuvent être violés impunément et les petits Etats écrasés et que, sans son assentiment et son appui,la diplomatie pacifique des autres Etats est condamnée à l'impuissance stérile. .

» L'attitude qu'il lui a plu de prendre peut momentanément donner une apparence extérieure de paix, mais elle ne peut contribuer à une paix permanente. En effet, l'histoire enseigne qu'aucune puissance qui s'est arrogé

le droit de dominer l'Europe et d'imposer sa volonté car la force seule n'a jamais amené et assuré la paix. La Russie a été forcée pur la nécessité de se soumettre pour le moment à la volonté de V Allemagne y et nous ne discuterons pas la sagesse du lourd sacrifice qu'elle a fait et qu'elle peut encore avoir à faire pour éviter V effusion de sang. Mais une puissance fier e y avec les ressources dont dispose la Russie^ n'oublie pas facilement ses traditiom, pas plus qu'elle ne pardonne à ceux qui l'ont forcée à y renorwer momentanément. Le monde slave non plus n'oubliera ni ne pardonnera. Même les puissances qui ne sont pas directement intéressées ne peuvent ignorer Vaffronqui leur est infligé au moment où, par les méthodes ordinaires de la diplomatie, elles poursuivaient le même but que l'Allemagne se vantait d'avoir atteint en montrant le gantelet de fer . »

Le Times termine en disant que, pour les Anglais au moins, la morale de cet incident est qu*il ne faut pas laisser afiiblir la marine anglaise qui, plus d'une fois, est intervenue entre l'Europe et des puissances continentales qui voulaient lui imposer leur volonté.

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