LA PAIX PROBABLE
CONCLUSION DES NEGOCIATIONS AI^GLAISES A VIENNE. — l'abrogation de L'ARTTCLE 25 DU TRAITÉ DE BERLIN.
^ 29 mars 1909.
LES chances de paix semblent enfin prévaloir sur celles de guerre. A la suite des entretiens qui ont eu lieu hier entre SirFairfax Cartwright et le baron d'Aehrenthal, puis entre ce dernier et Tempereur François-Joseph, Tentente s'est établie sur les termes de la note que les puissances conseilleront à la Serbie d'adresser à TAutriçhe. Dès hier, les ministres de France et d'Angleterre à Belgrade ont communiqué à M. Milovanovitch la teneur du projet de note élaboré par Sir Edward Grey, d'accord avec M. Pichon. Mais c'est aujourd'hui seulement, après l'acceptation formelle du gouvernement autrichien, que la démarche officielle sera faite à Belgrade. Il en a été ainsi décidé hier soir, après que le baron d'Aehrenthal eut rendu compte à l 'empereur-roi des résultats de son dernier entretien avec l'ambassadeur d'Angleterre. La chancellerie du Ballplatz a fait publier à ce sujet le communiqué suivant :
A la suite des ouvertures faites par V ambassadeur d^ Angleterre au baron d'Aehrenthal relativement à la démarche des puissances à Belgrade, une entente parfaite s'est établie
entre V Autriche-Hongrie et les puissances qui donneront demain lundi à la Serbie, par leurs représentants à Belgrade, le conseil de faire à Vienne des déclarations arrêtées par r Autriche-Hongrie et les autres puissances, en réponse à la note envoyée par le gouvernement impérial et royal le 14 mars.
De plus, une entente parfaite a été conclue avec les puissances pour V abrogation de V article 25 du traite de Berlin. Une demande, dans ce sens, du Cabinet de Vienne aux autres puissances aura lieu ces jours prochains.
On le voit, la reconnaissance de Tannexion de la Bosnie- Herzégovine et le différend austro-serbe n'ont pas été séparés. Conformément aux désirs très nets des Cabinets de Londres et de Paris, les deux questions restent liées. L'Autriche reçoit satisfaction en ce sens que la Serbie devra lui renouveler, dans des termes occluant toute équivoque, son intention de reconnaître les faits accomplis, de ne pas s'immiscer dans les affaires bosniaques et detremettre son armée sur le pied normal du temps de paix. Cela fait, le gouvernement austro-hongrois demandera aux puissances signataires du traité de Berlin d'adhérer à l'abrogation de l'article 25 du traité. L'apaisement du conflit austro-serbe précédera donc la reconnaissance de l'annexion. On peut craindre, il est vrai, que les relations entre Vienne et Belgrade recommencent à se tendre quand la reconnaissance sera un fait acquis. Mais, quoique rien n'ait été spécifié à cet égard, il y a tout lieu de croire que Sir Fairfax Cartwright s'est assuré, dans ses entretiens d'hier, de la bonne foi du Cabinet de Vienne. Si, par déférence pour les puissances et dans l'intérêt de la paix> la Serbie consent à la démarche extrêmement pénible qu'on lui recommande aujourd'hui, elle sera en droit de
compter sur l'appui de ces mêmes puissances pour faire respecter son indépendance. A défaut d'engagement précis, l'obligation morale ne saurait se discuter.
En ce qui concerne l'article 25 du traité de Berlin, nous ne comprenons pas bien l'expression contenue dans le communiqué du Ballplatz. Cet article confère à l 'Autriche-Hongrie le droit d'occuper et d'administrer les provinces ottomanes de Bosnie et d'Herzégovine, ainsi que de tenir garnison et d'avoir des routes militaires et commerciales dans le sandjak de Novi-Bazar. Le communiqué porte qu'il sera abrogé. On aurait plutôt pensé qu'il devait être modifié conformément aux clauses du nouvel accord austro-turc, de façon qu'il conservât le caractère de titre européen. Mais, sans doute de peur que la rédaction du texte modifié devienne l'occasion de nouvelles difficultés, le Cabinet de Vienne préfère substituer au titre européen incorporé dans le traité un titre turc approuvé séparément par les autres parties contractantes. C'est un nouveau signe que le baron d'Aehrenthal est hostile en principe à la réunion d'une Conférence.
Les grandes puissances sont donc aujourd'hui d'accord sur le point capital des négociations orientales. Cela ne veut pas dire que tout danger a disparu. La question serbe proprement dite reste posée. Elle se présente sous différents aspects. En premier lieu, le gouvernement serbe doit prendre, aujourd'hui même, une résolution capitale. Il doit décider s'il peut, sans forfaire à l'honneur et à ses engagements vis-à-vis du pays, consentir à la démarche proposée. Si la formule du projet de note de Sir Edward Grey est bien conforme à ce que nous savons, si elle est expurgée des termes humiliants que le baron d'Aehrenthal voulait y insérer, nous croyons que le Cabinet Novakovitch peut l'accepter. C'est une douloureuse
extrémité. Nous aurions désiré que la Serbie n'y fût pas acculée. Elle ne méritait certes pas qu'on lui imposât ce sacrifice. Mais, en somme, ce n'est qu'un sacrifice d'amourpropre. Il aura pour contre-partie la garantie morale des puissances. C'est bien quelque chose. On se plaît maintenant à répéter la vieille phrase bien connue : il n'y a plus d'Europe! Rien n'est plus faux. Si les événements ont pris ces jours derniers la tournure que nous leur Toyons aujourd'hui, c'est précisément que des hommes responsables ont oublié, cet automne, qu'il y avait une Europe. Si M. Isvolsky ne s'était pas laissé entraîner par le baron d'Aehrenthal, à Buchlau, à des compromissions occulttes, il n'aurait pas eu à répondre à un ultimatum de Berlin.
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DISCOURS DU PRINCE DE BULOW AU ReICHSTAG. — EXPLICATIONS