GEORGES DE SERBIE
i^'^ avril 1909.
LA journée d'hier laissera dans l'histoire du peuple serbe le souvenir d'une des plus douloureuses épreuves qu'il ait traversées. Devant les impérieuses sommations de l'Autriche, appuyées par plusieurs corps d'armée sur le pied de guerre, le gouvernement du roi Pierre s'est résigné à faire à Vienne les déclarations qu'on exigeait de lui. M. Simitch a remis au baron d'Aehrenthal, sans aucune modification, la note dont la rédaction avait été si péniblement élaborée par Sir Fairfax Cartwright de concert avec ses collègues de. France et de Russie. Réunie pour recevoir communication de cette note et écouter les explications du ministre des Affaires étrangères, la Skoupchtina n'a fait entendre aucune protestation. Prête à sacrifier jusqu'au dernier homme pour la défense du pays si le gouvernement avait jugé la résistance nécessaire, elle s'est inclinée silencieusement devant la nécessité d'accepter l'inévitable. Pendant cette mémorable séance, l'émotion devait être aussi grande chez les ministres que chez les députés. Il faut remercier les uns etles autres d'avoir comprimé leur cœur pour céder aux
inspirations de la raison. Ils ont bien mérité de la paix. L'Europe devra se le rappeler.
La remise d'une seconde note au baron d'Aehrenthal, alors que la première aurait pu certainement être considérée comme satisfaisante, constitue pour la Serbie une profonde blessure d'amour-propre. Mais, en somme, nous l'avons déjà dit, elle n'est que cela. C'est pourquoi elle était superflue et dangereuse. Les moyens employés pour l'obtenir sont hors de toute proportion avec les résultats acquis. A la réflexion, les Serbes reconnaîtront qu'ils ne sortent pas de cette grande crise aussi vaincus qu'on pourrait croire. En conseillant dans les termes les plus amicaux et les plus pressants à M. 'Milovanovitch de se prêter à la démarche dont dépendait la paix, [les représentants des puissances à Belgrade lui ont donné des garanties dont il a dû comprendre toute l'importance. Ils lui ont déclaré que le baron d'Aehrenthal avait donné aux ambassadeurs des puissances à Vienne, « les assurances les plus formelles que, si la Serbie désarmait, l'Autriche-Hongrie n'avait point l'intention d'attenter à son indépendance, à son libre développem.ent, à sa sécurité ou à l'intégrité de son territoire ». C'était là l'essentiel. Dans ridée des partisans de la grande politique, l'annexion de la Bosnie-Herzégovine n'était qu'une préface. Le langage de la presse austro -hongroise, les conversations avec les hommes politiques, les mesures militaires prises depuis six mois, ne laissaient aucun doute à ce sujet. A Vienne et à Pest, on escomptait ime imprudence de la Serbie. On multipliait les provocations et les fausses nouvelles. On guettait l'occasion de se jeter sur la proie convoitée. Grâce au tact, à la longanimité, au sens politique du Cabinet Novakovitch-Milovanovitch, ces manœuvres ont manqué leur effet. L'ultimatum Forgach