‹ L'Europe au jour le jour (volume 3)Chapitre 132 sur 134 · LA RESIGNATION DE LA SERBIE · texte numérisé non relu

LA RESIGNATION DE LA SERBIE

était une suprême tentative pour déchaîner un conflit dont on attendait de grandes choses. Le dépit manifeste qui éclate aujourd'hui dans certains journaux et dans les cercles militaires de la monarchie dualiste donne l'idée de l'ardeur des espérances couvées depuis l'automne. Laissons donc le baron d'Aehrenthal jouir de son grand succès diplomatique ; à ses lauriers se mêlent des épines. Les amis de la Serbie se consoleront en pensant que l'indépendance de cette vaillante petite nation est, en fait, désormais placée sous la garantie des puissances.

Toutefois, il convient de veiller encore. Les brouillons déçus tenteront sans doute encore des retours offensifs. Les voici déjà qui mettent en circulation le bruit de l'abdication du roi Pierre. Ils insinuent que l'Angleterre voudrait remplacer les Karageorgevitch par des princes anglais. Ils proposent eux-mêmes un prince allemand, comme si le trône de Belgrade était vacant. La renonciation du prince Georges leur semble un admirable moyen de déconsidérer la dynastie actuelle. Ces machinations doivent être démasquées. La décision que le prince Georges a prise spontanément, en pleine indépendance d'esprit, de renoncer à ses droits à la couronne ne met en aucune façon la dynastie en péril. Ce jeune prince, sur lequel certaines feuilles de Pest et de Vienne déversaient périodiquement d'abominables calomnies, est doué d'un tempérament impulsif qui lui a valu de graves ennuis et qui a mis plusieurs fois le gouvernement dans l'embarras. D'un patriotisme exalté, il s'était identifié avec le parti de la résistance. Le dénouement de la crise l'a jeté dans des perplexités qu'on comprendra. L'affaire du domestique blessé et mort à l'hôpital — assez vieille déjà — n'a été vraisemblablement qu'une coïncidence ou un prétexte. Le prince Georges a dû se convaincre que pendant la

période de recueillement qui s'ouvrait pour son pays, il serait un obstacle, peut-être un danger. Il n'était pas l'homme de la situation. Il a préféré laisser à son frère, le prince Alexandre, d'un caractère moins ardent et plus pondéré, la couronne et la responsabilité des destinées de la Serbie. La dynastie n'est pas ébranlée par sa renonciation. Elle en est plutôt affermie. C'est ce qui explique la déconvenue de ses ennemis. Ils croyaient atteindre toute la dynastie dans la personne de l'héritier du trône. Avec le prince Alexandre, ils n'ont aucune prise. Alors ils se retournent d'un autre côté.

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