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LA LIBERATION DU MONTENEGRO

Abolition des restrictions de l'article 29 du traité de Berlin

4 avril 1909.

LA réunion d'une Conférence des représentants des puissances signataires du traité de Berlin devient de moins en moins probable. Ses anciens adversaires ne s'y opposent plus avec la même énergie qu'autrefois ; mais ses anciens partisans ne la désirent plus avec la même ardeur. Dès lors que la procédure des accords séparés a fini par prévaloir, personne ne se préoccupe plus beaucoup de faire solennellement enregistrer des actes tout préparés. Le droit des gens y perdra. Un fâcheux précèdent aura été créé. Toutefois, les chancelleries sont si lasses des négociations scabreuses engagées depuis six mois, les diplomates ressentent si peu d'envie d'échanger des vues autour d'un tapis vert, que, d'un consentement tacite, on continue de procéder par chapitres à la liquidation de l'affaire orientale. Le chapitre bosniaque est effectivement clos. L'assentiment des puissances est dès maintenant acquis à la demande officielle de reconnaissance de l'extension des droits de souveraineté de l'empereur François-Joseph sur la Bosnie et l'Herzégovine. Le chapitre bulgare reste ouvert, à notre vif regret ; mais il ne s'agit que de s'entendre sur des détails. Le chapitre cré-

tois n'est pas encore commencé ; il réserve des émotions auxquelles tout le monde n'est pas préparé et qu'on préfère ajourner à un mom.ent où les esprits seront plus calmes. C'est aujourd'hui le tour du Monténégro.

Depuis le mois d'octobre, les gouvernements serbe et monténégrin avaient lié leurs intérêts. Le danger commun les avait réunis. Les rancunes amassées à la suite du misérable procès des bombes se sont évanouies. Le roi Pierre et le prince Nicolas marchent fraternellement d'accord. Il est donc naturel que le conflit austro-monténégrin soit réglé aussitôt après le conflit austro-serbe. Si Belgrade a cédé, Cettigné ne peut plus tenir. D'ailleurs, la résignation est incomparablement plus aisée pour la Tchernagore que pour la nation sœur. Celle-ci ne reçoit aucune compensation ; elle doit se replier sur elle-même en mettant sa seule confiance dans l'avenir. Au contraire, le Monténégro est assuré maintenant de sortir, non pas plus grand, mais plus libre, de la crise orientale. Il semble bien que, dans les entrevues de M. Tittoni avec le baron d'Aehrenthal et M. de Schœn, cet automne, à Salzbourg et à Berchtesgaden, l'abolition des restrictions de l'article 29 du traité de Berlin ait été promise au ministre des Aff'aires étrangères d'Italie pour prix de son acquiescement aux plans austro-hongrois. C'est cette promesse qui permit à M. Tittoni de déclarer à Carate, puis à Monte citorio, que les intérêts italiens avaient été pris en sérieuse considération par les alliés du roi Victor-Emmanuel, et qu'ils étaient entièrement sauvegardés. Le jour est venu de tenir parole. Dans l'interv^alle, les deux bons alliés ont bien essayé de tenter la pauvreté du prince Nicolas et de le mettre dans une cage dorée sous la garde du Habsbourg. Mais M. de Pilgrim-Baltazzi, l'envoyé de l'empereur Guillaume à Cettigné, a vainement déployé toutes ses

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