LA QUESTION DU DANUBE
PROJET DE REORGANISATION DU REGIME POLITIQUE DU DANUBE. LA COMMISSION EUROPÉENNE DU DANUBE.
13 octobre 1908.
LE résutat des négociations en cours au sujet de la réunion d'une Conférence est encore mal connu. Tout ce qu'on en peut dire pour l'instant, c'est que des efforts sont tentés — ou esquissés — pour permettre à l 'Autriche- Hongrie et à l'Allemagne de sortir sans dommage de la situation scabreuse où elles se trouvent en ce moment à Constantinople. Ferons-nous toujours le jeu des rivaux qui guettent l'occasion de ruiner notre influence en Orient ? Nous comptons fermement que le gouvernement se gardera de se laisser prendre à certains mirages.
En attendant que la situation se dessine plus clairement de ce côté, nous pouvons parler aujourd'hui d'un projet, d'ordre plus spécial, dont le baron d'Aehrenthal a fait part aux Délégations. Il s'agit de la réorganisation du régime politique du Danube. Le ministre des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie a déclaré qu'il comptait profiter du renouvellement des pouvoirs de la Commission européenne du Danube pour proposer d'admettre dans cette Assemblée des représentants de là Serbie et de la Bulgarie, et pour reprendre les anciens projets de régularisation du grand fleuve des Portes de Fer à Braila. C'est là une sug-
gestion des plus intéressantes. Le baron d'Aehrenthal a dit qu'il partageait à ce point de vue les mêmes vues « que notre grande amie la Roumanie ». Si la Roumanie est d'accord, îa réorganisation projetée est sans doute une des satisfactions qu'elle est appelée à recueillir dans les "remaniements balkaniques. Jusqu'ici, c'était sa résistance — d'ailleurs légitime — qui avait empêché de mettre à exécution la convention relative aux règlements de navigation, de police fluviale et de surveillance entre Braila et les Portes de Fer. Une autre satisfaction consisterait probablement dans la revision de l'article 52 du traité de Berlin. Cet article stipule que « afin d'accroître les garanties assurées à la liberté de navigation sur le Danube, reconnue comme étant d'intérêt européen, les hautes parties contractantes décident que toutes les forteresses et fortifications qui se trouvent sur le parcours du fleuve, depuis les Portes de Fer jusqu'à ses embouchures, seront rasées et qu'il n'en sera pas élevé de nouvelles ». Les journaux de Bucarest parlent déjà ouvertement du droit de la Roumanie de poser la question et de son intention de le faire dans le cas où l'on procéderait à une revision du traité de Berlin. La Bulgarie et la Serbie auraient le même intérêt que la. Roumanie à obtenir leur liberté d'action sur ce point. Toutefois, cet intérêt est plus illusoire que réel. L'abrogation de l'interdiction contenue dans l'article 52 aurait pour inévitable conséquence la construction de forteresses sur les deux rives du Danube. Personne ne voudrait laisser le voisin prendre les devants. Ce serait une occasion de dépenses et une source de mésintelligences. La satisfaction d'amourpropre pourrait coûter très cher.
Quant à la Commission européenne du Danube,c'est peut-être la création internationale la plus curieuse et la plus utile du xix® siècle. Instituée par le traité de Paris,